LE PMH,  ATOUT OU CONTRAINTE ?

Courses / 17.06.2022

LE PMH, ATOUT OU CONTRAINTE ?

Avec 235 sites, la France possède (de loin) le plus grand réseau d’hippodromes d’Europe. Dix-huit courent uniquement au galop, 92 uniquement au trot et 125 sont pluridisciplinaires. La France compte-t-elle trop d’hippodromes ? Le sujet divise régulièrement la communauté hippique française.

Pour certains, ce sont des dizaines de millions d’euros par an – d’allocations et de subventions – qui disparaissent tous les ans dans les campagnes françaises. Mais aussi des hippodromes qui posent parfois des problèmes de sécurité.

Pour d’autres, les hippodromes de campagne, c’est l’identité même du galop français. Ce sont ses racines et sa force, car c’est là que naissent les vocations de propriétaire, d’éleveur et de cavalier d’entraînement… Soit autant de catégories qui doivent faire l’objet d’un effort permanent de recrutement. Sous cet angle, le maillage est un investissement plus qu’une charge.  

Ce soir, partie 1/2 : Le PMH, comment ça marche ?

Demain, partie 2/2 : Nos grands témoins, en France et en Australie

Le PMH : combien ça coûte, à quoi ça sert et qui y court ?

Ce soir, pour la première partie de notre dossier sur le maillage des hippodromes français, nous avons donné la parole à la FNCH et au Groupe Carrus.

En 2019, le Pari mutuel hippodrome (PMH) représentait 50 millions d’enjeux sur les champs de courses régionaux et 45,4 sur les parisiens. Une portion de ces enjeux (environ 5 M€) revient à la filière après le retour aux parieurs (environ 85 %) et le prélèvement de l’État (environ 5 %).

En face de ces 5 millions de recette, plus de 30 millions (10,85 M€ de subventions et 20 M€ d’allocations) sont distribués au galop aux 166 sociétés de courses n’ayant pas d’activité nationale. Six fois plus. Donc sur le plan purement comptable, ces épreuves coûtent plus cher que ce qu’elles rapportent. En sus, le PMH représente 2,2 millions d’entrées annuelles (chiffres 2019, avant Covid). Et, au cours du dernier semestre, les flux du Live PMH ont généré 254.000 vues sur Equidia Régions.

On le sait, quand on confie un cheval à un entraîneur, le premier objectif est de gagner. C’est donc sans surprise que beaucoup de grands entraîneurs utilisent les PMH pour faire triompher leurs éléments plus limités, tant la victoire est importante pour un propriétaire… même sur un "petit" hippodrome. Sur les cinq dernières années, par exemple, Jean-Claude Rouget a été trois fois tête de liste par les victoires en PMH (213 succès de 2017 à 2019). Parmi les grandes écuries, Henri-Alex Pantall et Jérôme Reynier apparaissent également très souvent dans le top 5 de ce classement. Et, avec 109 succès en trois saisons, c’est une casaque classique, celle de Gérard Augustin-Normand, qui domine chez les propriétaires. Dans le top 5, on trouve aussi à plusieurs reprises Godolphin, Son Altesse l’Aga Khan, Jean-Claude Seroul ou encore l’écurie Wertheimer & Frère.

Chez les sauteurs, Guillaume Macaire (avec Hector de Lageneste depuis janvier 2021) domine sans partage le PMH depuis cinq ans… devant François Nicolle et Arnaud Chaillé-Chaillé. Les grandes casaques de la discipline sont tout aussi présentes dans ce top 5 : la famille Papot, Simon Munir, le haras de Saint-Voir, Magalen Bryant… Liste non exhaustive.

Les têtes de liste des entraîneurs de plat dans les PMH (avant Covid *)

En 2019

Nombre victoires

1

Sté Entr. J.-C. Rouget

59

2

Sté Entr. Fabrice Vermeulen    

35

3

Jérôme Reynier              

27

4

Henri-Alex Pantall          

26

5

Jennifer Bia               

25

En 2018

Nombre victoires

1

Sté Entr. J.-C. Rouget

73

2

Henri-Alex Pantall          

48

3

Christophe Escuder          

44

4

Sté Entr. Alain Couétil 

42

5

Sté Entr. Joël Boisnard

42

 

En 2017

Nombre victoires

1

Sté Entr. J.-C. Rouget

81

2

Henri-Alex Pantall

78

3

Sté Entr. Fabrice Vermeulen    

41

4

Sté Entr. Alain Couétil 

40

5

Sté Entr. Joel Boisnard

37

* Le Covid ayant bouleversé les réunions PMH, nous n’incluons pas les classements 2020 et 2021.

Les têtes de liste des propriétaires, en plat, dans les PMH (avant Covid *)

En 2019

Nombre victoires

1

Gérard Augustin-Normand     

28

2

Antoine Bardini             

28

3

Jean-Claude Seroul          

18

4

Écuries Serge Stempniak        

15

5

Sté Entr. Bruno Audouin

15

 

En 2018                                                       Nombre victoires

1

Gérard Augustin-Normand     

39

2

Antoine Bardini             

34

3

Godolphin Snc                 

23

4

Jean-Claude Seroul          

21

5

Wertheimer & Frère             

19

 

En 2017

Nombre victoires

1

Gérard Augustin-Normand     

42

2

Antoine Bardini             

28

3

S.A. Aga Khan                  

24

4

Jean-Claude Seroul          

22

5

Wertheimer & Frère             

22

* Le Covid ayant bouleversé les réunions PMH, nous n’incluons pas les classements 2020 et 2021.

Les têtes de liste des entraîneurs d’obstacle dans les PMH (avant Covid *)

En 2019

Nombre victoires

1

Sté Entr. Guillaume Macaire

92

2

François Nicolle            

76

3

Arnaud Chaillé-Chaillé      

47

4

Sté Entr. Augustin de Boisbrunet

34

5

Sté Entr. Gabriel Leenders   

33

 

En 2018

Nombre victoires

1

Sté Entr. Guillaume Macaire

134

2

François Nicolle            

99

3

Arnaud Chaillé-Chaillé      

56

4

Sté Entr Emmanuel Clayeux    

41

5

Sté Entr. Patrice Quinton    

40

 

En 2017

Nombre victoires

1

Sté Entr. Guillaume Macaire

138

2

François Nicolle            

90

3

Arnaud Chaillé-Chaillé      

57

4

Guy Cherel                  

36

5

Sté Entr Emmanuel Clayeux    

35

* Le Covid ayant bouleversé les réunions PMH, nous n’incluons pas les classements 2020 et 2021.

Les têtes de liste des propriétaires, en obstacle, dans les PMH (avant Covid *)

En 2019

Nombre victoires

1

Écurie des Dunes      

19

2

Mme Patrick Papot              

17

3

Mme Philippe Chemin            

17

4

Haras de Saint-Voir            

15

5

Pascal Journiac             

11

En 2018

Nombre victoires

1

Écurie des Dunes

31

2

Mme Philippe Chemin            

24

3

Mme Patrick Papot              

21

4

Simon Munir                 

20

5

Mme Magalen Bryant        

18

 

En 2017

Nombre victoires

1

Mme Patrick Papot              

28

2

Arnaud Chaillé-Chaillé      

23

3

Écurie des Dunes

20

4

Mme Philippe Chemin            

17

5

Haras de Saint-Voir            

15

* Le Covid ayant bouleversé les réunions PMH, nous n’incluons pas les classements 2020 et 2021.

« Les hippodromes sont la plus belle vitrine des courses et du pari hippique »

Pierre Préaud (secrétaire général de la FNCH) et Oisin Hopper (chargé de communication) nous ont donné les clés pour comprendre l’évolution du circuit PMH.

Jour de Galop. - Comment a évolué le nombre d’hippodromes ces dernières décennies ?

Pierre Préaud et Oisin Hopper. - Depuis 1970, 55 hippodromes ont fermé leurs portes, dont 35 depuis 1990. Cela représente à peu près un hippodrome par an.

Tous ceux qui ont fermé étaient des hippodromes de deuxième ou troisième catégorie. Ils avaient une activité assez restreinte, à l’exception d’Évry, qui était un hippodrome de société mère, et de Maisons-Laffitte, dont le retour des courses est à l’étude. Ces deux sites n’entrent pas dans les chiffres de fermeture précédemment cités.

Qu’est-ce que la fermeture de ces hippodromes a changé ?

Cela a notamment contraint les sociétés mères à adapter leur programme, car il a fallu reporter les courses sur d’autres sites. Toutefois, cela a aussi pu avoir un impact commercial dans le cas où il n’y avait pas d’autres hippodromes dans la région. En général, le public se déplace sur une soixantaine de kilomètres au maximum. Par exemple, il était vraiment important pour nous de garder Châteauroux car c’est le seul hippodrome de l’Indre. Sans ce site, le public de ce département ne serait plus allé aux courses. Par ailleurs, les hippodromes qui ferment nous font perdre en exposition. Les hippodromes sont la plus belle vitrine des courses et du pari hippique. En France, il y a 13.000 points de vente PMU. Mais j’ai coutume de dire qu’il y en a 13.235 ! Et seuls 235 (les hippodromes) sont le cadre d’un théâtre vivant. Les champs de courses sont le meilleur lieu pour parler de ce que nous sommes.

Quels sont les motifs de ces fermetures ?

Dans 90 % des cas, c’est en raison du non-renouvellement de l’équipe de bénévoles ou pour des questions de sécurité. Certains ont aussi fermé à cause de droits d’occupation, comme Seiche-sur-le-Loir en 2019. Concernant l’hippodrome de Dreux, il a fermé à cause de problèmes de vandalisme, étant situé un peu à l’écart en banlieue de Dreux. Il a donc fusionné avec La Ferté-Vidame.

Quels sont les critères de sécurité pouvant entraîner une fermeture ?

Par le passé, c’était surtout lié à des problèmes de parcours et notamment de virages. Parfois, faire des modifications sur des hippodromes avec une faible activité aurait été trop coûteux.

Pour qu’un site puisse perdurer en termes de sécurité, il doit respecter un cahier des charges rédigé par les sociétés mères. Il y a un niveau premium et un niveau PMH. Cela concerne le profil des pistes, les virages et la conception des obstacles. Mais aussi l’équipement de l’hippodrome en lices PVC, afin d’éviter les accidents. Il faut aussi avoir une clôture afin qu’un cheval échappé ne puisse pas sortir sur la voie publique.

Comment la Fédération nationale des courses hippiques accompagne-t-elle les sociétés de courses qui se résignent à fermer ?

Quand une société vient nous voir en nous disant qu’elle souhaite arrêter, nous faisons d’abord en sorte de trouver des solutions pour maintenir son activité. Bien sûr, si c’est pour des questions de sécurité, là, il n’y a pas de débat. En France, il y a entre 27.000 et 28.000 chevaux de course, et il faut pouvoir donner à tous une opportunité de courir, en fonction de leur niveau. Pour cela, nous avons besoin de 18.000 courses par an. Tant que les hippodromes respectent les critères de sécurité, les sociétés mères n’ont absolument pas intérêt à les fermer d’autant qu’ils sont beaucoup plus faciles à financer que des hippodromes premium [grâce au bénévolat et au moindre coût de fonctionnement en région, une course revient beaucoup moins cher à organiser en région qu’à Paris, ndlr]. Ils sont aussi stratégiques d’un point de vue commercial et attirent le public.

Et si la fermeture ne peut être évitée ?

Dans ce cas, nous accompagnons la société de courses dans la procédure administrative pour mettre fin à l’activité de l’hippodrome et, à ce moment-là, ce que nous préconisons, c’est une fusion avec un hippodrome proche, afin de transférer les actifs et les bénévoles restants. Il y a toujours moyen de transférer du matériel. C’est ce qui s’est passé avec l’hippodrome de Dreux et celui de La Ferté-Vidame, qui se nomme désormais Dreux La Ferté-Vidame. Parfois, les sociétés de courses nous font part de leurs difficultés financières pour effectuer des travaux. Dans le cas de Châteauroux par exemple, nous sommes intervenus auprès des collectivités locales et nous avons trouvé un écho favorable chez le maire. Il était important pour lui de maintenir son hippodrome. Bien qu’on n’y coure plus au galop, il y a toujours des courses de trot. L’équipe de bénévoles de cet hippodrome a également été renouvelée. Désormais, ce site est reparti et il marche très bien. Concernant Châlons-en-Champagne, nous avons mobilisé des ressources du Fonds commun pour aider à racheter le foncier de l’hippodrome, qui, pour des raisons historiques, était la propriété de l’hôpital de la ville. Châlons-en-Champagne a fusionné avec l’hippodrome de Reims mais nous avons maintenu les deux sites.

Avez-vous trouvé des solutions concernant le renouvellement des équipes bénévoles ?

Nous avons invité les sociétés à ne pas attendre pour renouveler les sociétaires. Nous sommes à un an des élections de 2023. L’ensemble des sociétés de courses vont donc renouveler leur conseil d’administration. Nous mettons en œuvre un plan d’action pour informer de la tenue des élections. Il s’agit de faire en sorte que les sociétés qui ont des difficultés, et qui craignent de manquer de bénévoles, le fassent savoir.

Nous allons réaliser des clips pour les réseaux sociaux, en expliquant ce que c’est qu’être bénévole dans une société de courses. Une équipe de bénévoles est plus compliquée à gérer qu’une équipe de salariés car le moteur du bénévolat est la passion et l’envie de contribuer à une œuvre collective. Il n’est pas facile d’en intégrer de nouveaux. Pourtant, un bénévole peut s’acquitter d’une mission sans forcément être un expert des courses. Être référent Covid ou référent sécurité par exemple, cela ne nécessite pas de connaissances particulières dans le domaine hippique. Être bénévole, c’est aussi tenir le stand des gaufres, par exemple !

Jérôme Carrus : « La prise de paris sur les hippodromes est déficitaire »

Établi depuis plus d’un siècle dans le pari hippique, le Groupe Carrus gère la totalité des prises de paris des réunions PMH. Jérôme Carrus, qui préside le groupe, a répondu à nos questions.

Jour de Galop. - Comment se finance la prise de paris sur les hippodromes PMH ?

Jérôme Carrus. - Aujourd’hui, après l’arrêt de nos concurrents, le Groupe Carrus est en situation de monopole sur la prise de paris. En 2005, alors que des confrères étaient encore en place, nous facturions 25.000 guichets au prix coûtant, contre 16.697 en 2019. Nous prélevons 0,75 % des enjeux sur les réunions organisées dans la soixantaine d’hippodromes reliés au SIC (Service informatique central, ex-Pégase), c’est-à-dire les premiums. Et 1 % pour le reste des hippodromes. Dans ce domaine de la prise de paris dans les hippodromes, nous sommes déficitaires et perdons chaque année environ 400.000 €. Pour chaque réunion, nous facturons une somme fixe de 1.400 €, à laquelle s’ajoute une facturation au prix coûtant de chaque guichet, un montant qui peut aller de 200 à 350 €. 

Comment évoluent les enjeux PMH ?

L’année 2019 a été la première – depuis 2005 – à enregistrer une augmentation des enjeux PMH (+ 4,33 % par rapport à 2018). En excluant les hippodromes dits "parisiens", nous sommes passés de 86,4 millions d’euros (en 2005) à 57,4 millions d’euros (en 2019). Ce chiffre s’explique en partie par le fait que c’est notamment durant cette période que l’Institution a procédé à l’optimisation du calendrier. C’est-à-dire en attribuant en semaine des réunions premiums à des hippodromes de région. Ces sites, qui avaient l’habitude de courir le week-end, se sont retrouvés à organiser des réunions les mardis ou jeudis matin. Sans turfistes donc. En France, nous avons probablement le maillage le plus dense au monde. Il n’y a pas d’équivalent. Dans ses interviews, Antoine Griezmann cite en permanence le fait qu’il est allé sur les hippodromes de province lorsqu’il était plus jeune…

Pourquoi n’est-il pas possible de parier sur les réunions PMH sur Internet ?

Techniquement, il serait tout à fait possible de passer toutes les réunions en jeu sur Internet. Mais le problème, c’est qu’il y aurait une masse limitée. Il faudrait donc pouvoir faire masse commune avec l’hippodrome. Cela aurait certainement un intérêt commercial de fonctionner de cette manière. Avoir six réunions proposées sur Internet ou quinze, c’est la même chose sur le plan technique.

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