Le PMH : la parole à nos grands témoins

Autres informations / 23.04.2022

Le PMH : la parole à nos grands témoins

Le PMH : la parole à nos grands témoins

Ce soir, pour la seconde partie de notre dossier sur le maillage des hippodromes français, nous avons donné la parole à des personnalités qui connaissent bien la province française… et australienne.

Inspirons-nous de l’Australie !

Carl di Iorio (Racing.com) est un journaliste hippique bien connu en Australie. Le pays est connu pour son libéralisme... mais également pour être un modèle à suivre en matière de courses. Or il a la particularité d’avoir énormément d’hippodromes de campagne – comme la France. Lisez : le retour d’expérience est étonnant !

Un maillage géographique comparable

« Il y a beaucoup d’hippodromes dans la campagne australienne. Un peu comme en France donc. Si vous reprenez l’histoire du pays, lorsque les immigrants ont créé les petites villes et les villages d’Australie, ils ont bâti une église, une poste, un terrain de cricket… et un hippodrome. Et la plupart du temps, ces champs de courses ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Certains ont fermé. Mais si l’on prend le seul État de Victoria, on y trouve encore pas moins de soixante-dix hippodromes. Dans cette foule de champs de courses répartis dans tout le pays, beaucoup courent cinq fois ou moins par an. C’est notamment le cas de ceux qui n’accueillent que des courses pour amateurs, mais pas uniquement. »

Fermer les PMH ? Pas très productif…

« Comme en France, ces hippodromes ruraux ne produisent pas beaucoup de revenus liés aux paris hippiques. Il y a donc eu un mouvement centralisateur qui a poussé à la fermeture de certaines pistes de campagne. Or, avec le recul, il s’est avéré que cela n’a pas produit les économies attendues. Ou du moins des économies moins importantes que celles qui étaient annoncées. C’est en partie lié au fait que ces hippodromes ruraux ont des coûts de fonctionnements très faibles grâce au bénévolat des équipes notamment. En outre, le terrain, souvent mis à disposition par la municipalité, n’a pas de valeur foncière particulière, car sa seule destination possible, ce sont les courses. »

Petits hippodromes : un vrai vecteur de recrutement

« D’une manière générale, les paris hippiques se portent très bien en Australie, même si l’inflation et le coronavirus ont un peu érodé leur dynamique. La filière est donc capable de supporter les coûts que représentent les petits champs de courses.

Les autorités hippiques australiennes y voient un intérêt du point de vue du recrutement. Les gens qui travaillent dans les écuries viennent de la campagne. Si vous voulez du personnel, il faut que les gens soient facilement en contact avec le sport un peu partout dans les zones rurales. Le milieu urbain, qui rassemble les hippodromes de prestige, fournit proportionnellement peu de main-d’œuvre à la filière. »

Faut-il interdire les PMH aux écuries mammouth ?

« Les allocations des petits hippodromes sont substantielles (si l’on excepte les courses réservées aux amateurs). Les grandes écuries envoient donc des chevaux pour les décrocher. Mais cela pose des problèmes. Car les plus grandes peuvent avoir un effectif total de 500 à 600 chevaux par an. S’ils gardent autant de chevaux à l’entraînement, c’est parce qu’ils visent aussi les petites courses de campagne. Or ce n’est pas nécessairement l’objectif de ces modestes épreuves que d’accueillir ce type de professionnels. Le débat est donc de savoir s’il faut limiter le nombre de chevaux par entraîneur en Australie. C’est une discussion qui dure depuis longtemps dans le paysage hippique australien. Faut-il limiter à 200 ? 300 ? Difficile à dire. En tout cas, au mois de janvier, l’association de Ciaron Maher et David Eustace est repartie de la Gold Coast Yearling sale avec 5 % du book 1 du catalogue. Soit environ 39 chevaux. Cela met hors circuit beaucoup de petites écuries. »

Un enjeu : l’avenir de l’obstacle

« Désormais, en Australie, l’obstacle est une activité très restreinte. La discipline a une visibilité limitée à dix ans, concernant son avenir. C’est devenu un sujet politique qui dépend beaucoup de l’orientation des dirigeants des courses du moment et des élus de l’État à la même période. Il y a vingt ans, personne n’aurait imaginé que l’obstacle pourrait être en danger dans l’État de Victoria. Désormais, sa disparition est une possibilité. Pourtant, il y a un public, avec environ 15.000 spectateurs lors du festival de Warrnambool. Mais c’est purement pour l’amour du sport. Il n’y a pas d’argent, pas de sponsor, pas de profit en vue… ce qui fragilise l’avenir de la discipline. »

Du mieux sur le sujet des animalistes

« D’une certaine manière, les choses se sont stabilisées en ce qui concerne les attaques animalistes contre le sport hippique en général. Nous avons appris à vivre avec. Si elles ont été aussi virulentes, c’est aussi parce qu’en Australie, il y a six heures de galop à la télévision le samedi sur les grandes chaînes. Les courses sont très visibles et cela a aussi des conséquences moins positives. Car dans ce cas, vous touchez aussi les gens qui sont contre votre sport. »

Avec les acteurs en régions

Les courses locales sont leur quotidien. Nous leur avons donné la parole.

David Aelion : « Essentiel sur le plan politique… et hippique »

Responsable du programme régional et des régions à France Galop

« C’est en étant présent en régions que les courses peuvent continuer à avoir des élus locaux sensibles aux problématiques que rencontre la filière. Des soutiens susceptibles d’agir au plus haut niveau. Durant le Covid, lorsqu’il a fallu transférer bon nombre de réunions d’un hippodrome à l’autre, nous avons pu voir les particularités de chacun d’entre eux. Et ainsi appréhender à quel point ils étaient utiles pour que l’ensemble fonctionne. »

François Forcioli-Conti : « Là où naissent les vocations »

Président de la Société des courses de Cagnes-sur-Mer

« Le maillage est essentiel puisque ce sont sur les hippodromes que se font les vocations de professionnels, de propriétaires ou encore de turfistes. Beaucoup plus, selon moi, que devant un écran de télévision ou un téléphone… Avec seulement un hippodrome dans les Alpes-Maritimes (Cagnes), un dans le Var (Hyères) ou encore trois dans les Bouches-du-Rhône (Borély, Vivaux et Salon), nous ne sommes pas dans le même cas de figure que d’autres régions. Toute fermeture d’hippodrome ici serait catastrophique. Nous dépendons les uns des autres. Par exemple, pour Cagnes, les chevaux entraînés à Calas représentent près de 25 % de nos partants depuis une dizaine d’années. Un chiffre très important mais qui est réparti différemment selon le plat ou l’obstacle. Pour cette dernière discipline, les chevaux entraînés hors de la région constituent la grande majorité des partants. Le fait que les courses d’obstacles de Borély ou de Hyères aient été déplacées à Nîmes n’est pas – selon moi – la cause du problème du nombre de partants en obstacle. Cela remonte à beaucoup plus longtemps. »

Philippe Foucher : « Là où les disciplines se rencontrent »

Directeur de la Fédération des courses Anjou-Maine – Centre Ouest

« Si l’essence même des hippodromes de régions est de courir le dimanche, l’autre élément important est le fait d’organiser des réunions pluridisciplinaires où l’ensemble de la communauté des courses peut être représentée. L’organisation des premiums en plein milieu de semaine a bien sûr un peu dépouillé nos hippodromes, mais je constate qu’il y a une tendance à nous réattribuer ces réunions le week-end. Dans notre Fédération, un seul hippodrome a fermé ces dernières années. Il s’agit de Seiches-sur-le-Loir, en 2018. Le conseil départemental, à qui appartenait le terrain, a décidé de le vendre et pour cela, il fallait que les courses s’arrêtent. Mais ces dernières ont été redistribuées à d’autres hippodromes. Le principal souci que nous connaissons concerne le calendrier. Si, par exemple, aucune course de Galop n’a lieu au mois de janvier, nous montons jusqu’à quatorze réunions au mois de mai, des réunions pour la plupart PMH et que nous devons placer dans le calendrier transmis par France Galop, LeTrot et le PMU. Les présidents de Sociétés de courses sont à l’écoute des problématiques, notamment celles liées au #Raceandcare où on incite, par exemple, les Sociétés à courir davantage en automne et hiver en obstacle qu’en été. »

Jean-Baptiste Andreani : « Les fermetures ont une conséquence directe sur l’élevage »

Membre du comité de France Galop, président de la Fédération et du conseil régional du Galop de Corse ainsi que de la Société de courses de Prunelli

« En Corse, en un peu plus de vingt-cinq ans, nous sommes passés de vingt-cinq à quatre hippodromes… Sachant qu’il y a deux ans, par solidarité envers les premiums, nous avons aussi supprimé une réunion par société… La situation est donc très particulière sur notre territoire. Or c’est l’un de ceux, avec les Antilles, où l’on joue le plus. Les raisons évoquées pour la fermeture des hippodromes sont économiques et relatives à la sécurité. Mais aussi du fait qu’il y avait une trop forte concentration de champs de courses à certains endroits. La conséquence de tout cela est l’arrêt pur et simple de certains éleveurs et donc la perte de notre élevage local, ce que nous essayons de relancer depuis quelque temps. Les petites Sociétés sont la vitrine des courses et il ne faudra pas que d’autres hippodromes corses viennent à fermer. Les politiques corses, qui viennent chaque été sur nos champs de courses, verraient ça d’un très mauvais œil. »

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