Rudy Nerbonne, nouvel entraîneur de l’écurie Al Shahania au Qatar

13.04.2022

Rudy Nerbonne, nouvel entraîneur de l’écurie Al Shahania au Qatar

Après quatre années comme assistant, Rudy Nerbonne a pris les rênes de l’écurie Al Shahania. Avec déjà 6 gagnants pour 15 partants seulement (au 30 novembre) au Qatar, le Français vit un rêve éveillé. Tout en ayant bien conscience de la chance d’évoluer dans l'une des plus prestigieuses écuries qataries et des responsabilités qui lui incombent. 

JDG Arabians. – Vous connaissez un bon début de saison…

Rudy Nerbonne. – C’est vrai, il n’y a pour l’instant que du positif.

 

Vous venez de passer quatre années comme assistant au sein de cette même écurie d’Al Shahania. Comment jugez-vous cette période ?

J’ai eu en effet quatre très belles années comme assistant de Julian Smart, qui est l’un des meilleurs entraîneurs de pur-sang arabes. Nous avons eu beaucoup de succès et ce fut un apprentissage très enrichissant. J’ai appris énormément de choses. Mais surtout j’ai découvert et appris à aimer les pur-sang arabes.

 

C’est-à-dire ? 

C’est une race que je ne connaissais pas du tout avant d’arriver au Qatar. On s’attache très vite au pur-sang arabe car il est très intelligent, avec beaucoup de caractère. C’est également une très bonne école pour un professionnel car il faut être très doué pour les entraîner. Il faut faire beaucoup de cas par cas avec eux, les entraîner différemment, du fait du caractère de chacun. C’est moins mécanique qu’un pur-sang anglais.

 

Quel a été votre parcours jusqu’à votre arrivée à Doha ?

Je suis passé par l’Afasec avec l’objectif de monter en course. J’ai travaillé comme apprenti chez Rupert Pritchard-Gordon où j’ai monté une vingtaine de courses. Et j’ai fait mon premier gagnant à Strasbourg en septembre 2008, en selle sur le 2ans Santo Thomas (Chichicastenango). De là, l’histoire est simple. J’étais trop lourd pour monter en course et j’ai fait un stage dans l’écurie d’obstacles de Robert Collet. Mais j’ai très rapidement senti que cela ne marcherait pas. À 18 ans, j’ai donc pris la décision de partir à Dubaï. 

 

Une décision sans doute pas facile à prendre ?

Oui, c’est toujours compliqué de partir de chez soi à cet âge. Mais je suis arrivé à Jebel Ali dans l’écurie de Dhruba Selvaratnam, qui a pris soin de moi et m’a appris l’anglais. J’y suis resté quatre ans, comme cavalier d’entraînement, pour l’écurie du cheikh Ahmed bin Rashid Al Maktoum. Il n’y avait que des pur-sang anglais là-bas. 

 

Direction ensuite les États-Unis ?

Oui, j’avais envie de voir quelque chose de plus grand encore et je suis arrivé chez Christophe Clément. Ce fut vraiment ma première école. 

 

Un moment clé de votre apprentissage ?

Christophe m’a appris énormément. Dans ma façon de voir les choses aujourd’hui, il m’a beaucoup influencé. C’est aux États-Unis que j’ai pour la première fois commencé à penser devenir entraîneur. Christophe m’a donné l’envie de continuer sur cette voie car il est vraiment passionné. Il donne tout pour ses chevaux comme pour les gens qui travaillent avec lui.

 

Très vite, il vous a donné des responsabilités.

La première année, je montais déjà de très bons chevaux pour lui. Je suis ensuite devenu pupil assistant pendant un an. Puis assistant. La dernière année, je voyageais avec tous les chevaux. Et j’avais un barn à gérer à Keeneland pendant le meeting. Il m’a fait grandir. Et il a très vite cru en moi, me mettant le pied à l’étrier pour devenir entraîneur. 

 

Quand on regarde votre parcours, on voit que vous avez très vite fait le choix de quitter la France. Pourquoi ?

Je voulais voir d’autres pays. Ma décision a finalement été prise assez rapidement. Je vais aussi là où il y a les meilleures opportunités. Je veux être le plus compétitif possible et je savais qu’en France, ce serait compliqué.

 

Après les États-Unis, direction le Qatar…

C’était une super opportunité ! En effet, Son Altesse le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani est quelqu’un qui s’investit personnellement beaucoup dans les chevaux arabes. C’est impressionnant et fascinant de travailler pour quelqu’un d’aussi passionné. Son élevage de pur-sang arabes est vraiment son chef d’œuvre. Je ne peux que le remercier de sa confiance. Et réciproquement, je donnerai tout ce que je peux pour être le plus compétitif possible.

 

Quel cheval vous a le plus impressionné à Al Shahania ?

Ebraz (Amer) ! C’est un athlète de haut niveau. Il n’y a que la passion du cheikh Mohammed Al Thani pour créer des chevaux de ce calibre. On pourrait écrire un livre sur Ebraz, tellement ce qu’il a accompli est exceptionnel. En plus, il a cette longévité… J’espère que j’aurai la chance d’en voir un autre comme lui, même si, souvent, cela n'arrive qu'une seule fois dans sa vie.

 

On vous sent admiratif…

Ebraz a vraiment marqué tout le monde : il a gagné trois Emir’s Sword, deux Qatar International Stakes et une Qatar Arabian World Cup (Grs1 PA)… C’est juste incroyable ! Il a gagné sur toutes les distances, de 1.600m à 2.400m. Même chez les pur-sang anglais, c’est très rare de voir cela. C’est vraiment le meilleur cheval du monde. 

 

Les chevaux arabes vieillissent-ils bien ?

Oui, il faut savoir les attendre. Ce pourrait être la même chose avec les pur-sang anglais mais le business fait qu’il faut les courir.

 

Vous souvenez-vous de ce premier contact avec le pur-sang arabe, lors de votre arrivée au Qatar ?

Lorsque je suis arrivé à Doha, j’étais très concentré sur mon job. Mais les chevaux arabes sont très gentils à monter, très intelligents, et j’ai tout de suite eu une bonne relation avec eux. J’apprécie le fait d’être au milieu de ces chevaux. Il faut juste être ouvert d’esprit. Et puis, c’est un vrai plus sur mon C.V. Enfin, j’ai la chance de travailler avec les meilleurs chevaux arabes, donc c’est encore mieux. 

 

Votre début de saison est bon. Est-ce qu’un cheval sort déjà du lot ?

Je pense que Ragdan (Amer) est un cheval très plaisant [c’est un propre frère d’Assy et de Mon’nia qui a gagné le 18 novembre dernier sur 2.000m, ndlr], encore immature dans sa façon de courir mais qui va s’améliorer au fil de la saison. J’y crois beaucoup pour le Derby (Gr2 PA) – le 23 décembre prochain –, mais je ne veux pas lui mettre trop de poids sur les épaules. J’aime la façon dont il se déplace. J’aime aussi son mental. Il a tous les atouts pour être un bon cheval à l’avenir.

Vous faites confiance à Alberto Sanna pour monter les chevaux de l’écurie…

C’est le meilleur jockey. Il avait déjà monté pour nous par le passé. Il connaît très bien le cheval arabe et nous nous faisons confiance. Nous essayons de travailler en harmonie.

 

Tout se passe donc pour le mieux ?

Ce qu'il se passe est magique et j’en suis très heureux. Je tire du positif de chaque chose, même de la pression car il faut prendre les bonnes décisions. J’ai de l’expérience et j’ai donné 15 ans de ma vie pour obtenir ce qui m’arrive aujourd’hui.

Je voudrais remercier toute l’équipe de l’écurie, ainsi que celle d’Al Shahania Stud, qui me font confiance. Et réciproquement.

× Votre téléchargement est bien en cours. S’il ne se complète pas, cliquez ici.