De Lyon à la Hongrie, Décision passe de l’ombre à la lumière

International / 10.05.2022

De Lyon à la Hongrie, Décision passe de l’ombre à la lumière

Samedi à Parilly, Cœur Macen a remporté le Prix Bedel (L) dans le style d’une pouliche de Groupe. En attendant le Prix Corrida (Gr2, 24/05), son succès lyonnais met en lumière sa mère, Décision, une poulinière qui a connu un week-end peu ordinaire.

Par Adrien Cugnasse

L’histoire de Cœur Macen (Siyouni), bien avant son achat à réclamer, c’est avant tout celle de sa mère. Une poulinière comme il y en a des centaines dans le catalogue des ventes européennes. Cette Décision (Kentucky Dynamite), nous avons tous probablement survolé sa page de catalogue en décembre 2019… sans nous arrêter dessus. Pourquoi ? Bien que lauréate à 2ans pour ses débuts – sur 1.000m à Wissembourg –, elle a terminé sa carrière en valeur 29. Son premier produit avait eu besoin de 19 courses pour ouvrir son palmarès. Par ailleurs, il fallait remonter à la deuxième génération de son pedigree pour retrouver du black type en plat. Et enfin, son père, Kentucky Dynamite (Kingmambo), était en plein "bad buzz" à ce moment-là. Logiquement, ladite Décision a fait tomber le marteau à 11.000 €, alors qu’elle était pleine d’Anodin (Anabaa). Et c’est là que la magie opère. Car l’élevage, c’est aussi une histoire d’intuition. Vincent Rimaud explique : « Au moment où le haras du Quesnay a vendu Décision, sa fille, Cœur Macen, était une 2ans inédite chez Frédéric Rossi. Sur la foi de ses bons travaux, Jacques Rossi et Criquette Head l’ont rachetée. J’ai toujours beaucoup aimé cette jument car elle donnait vraiment de beaux chevaux. Ils m’ont proposé d’être d’être coéleveur des produits suivants… et nous avons un yearling par Anodin (Anabaa) qui est vraiment réussi. »

Ce qu’il s’est passé ensuite. Cœur Macen a finalement mis du temps à se révéler. Beaucoup de temps même. Car c’est près de trois ans plus tard qu’elle a décroché du caractère gras, dévoilant progressivement son véritable potentiel. Les Siyouni ne sont pas forcément tous faciles. Et les Kentucky Dynamite étaient d’ailleurs eux-mêmes très souvent vraiment compliqués. Ils sont nombreux, dans sa production, ceux qui ont eu besoin d’un changement d’air pour vraiment s’assagir (et devenir black type). Le meilleur exemple étant probablement Wireless (Kentucky Dynamite), redevenu un cheval de stakes en découvrant le calme bucolique de la République tchèque, lui qui avait tourné au vinaigre en France. Au moment de la conception de Cœur Macen, Siyouni faisait la monte à 30.000 €. Un vrai budget pour une poulinière n’ayant pas la page de catalogue vraiment commerciale. Vincent Rimaud poursuit : « Décision produisait très beau. Et nous avons voulu lui offrir une belle saillie. Par ailleurs, nous reproduisions à cette occasion un croisement éprouvé. » On connaît la réussite de Pivotal (Polar Falcon) sur Mr. Prospector (Raise a Native). Par extension, la rencontre de Siyouni – par Pivotal – sur les juments portant le sang de Kingmambo (fils de Mr. Prospector et père de Kentucky Dynamite) semble suivre le même chemin. En témoigne les gagnants de Groupe Ervedya (Siyouni), Siyoushake (Siyouni), Sacred Life (Siyouni), Aylmerton (Siyouni)…

La nouvelle Tour to Paris ? Décision a connu un week-end d’autant plus beau que sa fille Dariya (Anodin) a gagné les 1.000 Guinées hongroises "en tirant dessus". Je vous vois déjà lever les yeux au ciel. Certes, la Hongrie, ce n’est pas exactement le sommet de la sélection au galop. Mais pourtant, quand un cheval est bon, on ne connaît pas ses limites. Ainsi, un autre élève du Quesnay, Tour to Paris (Fuissé) était un champion hongrois avant son retour en France où il a remporté le Prix du Gros-Chêne (Gr2). Dariya connaîtra-elle le même destin ? Difficile à dire. En tout cas, elle est invaincue en quatre sorties et elle semble meilleure à chaque course. Espérons que son entourage tentera sa chance en Europe de l’Ouest ! Vincent Rimaud conclut : « J’ai une pensée pour le regretté Chris Richner, lui qui avait déniché Tour to Paris, Dariya et tant d’autres chez Arqana. »