Depuis le début…

Courses / 23.05.2022

Depuis le début…

Adeline Gombaud raconte Guillaume Macaire, dans les années 1980, à La Roche-Chalais.

Mes premiers souvenirs liés aux chevaux de course ont le goût des réveils au milieu de la nuit. Il fallait se lever avant le soleil pour être à l’heure aux galops à La Roche-Chalais, à une bonne heure de route de Royan. C’était un rendez-vous père-fille que je n’aurais manqué pour rien au monde.

Nous allions retrouver Guillaume Macaire, qui avait élu domicile dans ce village situé en Dordogne, à la limite de la Charente, la Charente-Maritime et la Gironde. C’était au milieu des années 1980. Guillaume Macaire n’avait encore gagné aucun Grand Steeple, et moi, j’avoue qu’il me faisait un peu peur. Il pouvait crier très fort quand quelque chose n’allait pas. Je ne pourrais pas décrire avec précision les écuries, encore moins les pistes. J’ai en revanche toujours en mémoire les noms des vedettes de l’époque.

Je me souviens parfaitement de la grande liste en tête de Trias, un fils de Carmarthen, dont les problèmes de jambes ont sans doute empêché de montrer sa qualité, ou les grandes oreilles de Jean Royal, le premier gagnant à Auteuil de son entraîneur. J’ai encore en tête l’arrière-main anguleuse d’Hartiche, devenu au fil des ans une redoutable machine à sauter, la tête carrossière du brave Running Boy, le bien nommé, puisqu’il a gagné jusqu’à l’âge de 11ans. Je n’ai pas oublié mon idole de jeunesse, l’anglo Chou Farci, ni évidemment le sculptural Le Printemps, qui a ensuite accompagné ma vie de cavalière et qui a fini sa vie à la maison. Il y avait aussi des chevaux de plat, et même des 2ans, comme Yon, qui avait gagné ses deux premières sorties juveniles, et sa sœur Mus’Day, que Christophe Pieux avait débutée avec 51,5 kilos !

J’ai sur mon bureau une photo de cette époque. Bien sûr elle est un peu jaunie. C’est le seul détail qui trahit son âge. Le reste n’a pas changé. Les chevaux sont nattés. Les brides en cuir en provenance d’une grande maison, le nose-band immaculé et le breast-plate blanc, comme les guêtres. « Le cheval est un animal noble, on lui doit ce respect », m’expliquait alors l’entraîneur pour justifier la présentation impeccable qu’il exigeait les jours de course.

Un peu plus tard, il est arrivé à La Palmyre. Je ne suis même pas sûre qu’il avait assez de chevaux pour remplir son ancienne cour carrée, au milieu de laquelle trônait un beau chêne entouré une pelouse impeccable. Il passait beaucoup de temps à entretenir ce bout d’herbe qu’il voulait transformer en gazon anglais. Il était encore bien loin du sommet de sa profession, mais il avait déjà cette exigence qui confinait à la maniaquerie. Il était habité par son métier. Guillaume Macaire aime les courses pour leur intemporalité. Je crois que sa grande force réside dans la même notion. Depuis ses débuts à Compiègne, puis à Maisons-Laffitte, La Roche-Chalais et enfin Royan, il n’a jamais changé de ligne de conduite. Il a simplement peaufiné sa méthode et, au fil des ans, l’a élevée au rang d’art. On lui connaît sept chefs d’œuvre, ses sept Grands Steeples. D’autres sont moins connus, cantonnés à des hippodromes champêtres. Mais je suis sûre qu’il a pris un certain plaisir à remporter l’an dernier, à Gémozac, le Prix Dhauvixen, du nom d’une jument qui a accompagné ses premiers raids à Auteuil…