Éric Hoyeau & Freddy Powell : « Une breeze up, c’est une question de relations humaines et de confiance »

Institution / Ventes / 11.05.2022

Éric Hoyeau & Freddy Powell : « Une breeze up, c’est une question de relations humaines et de confiance »

À partir de jeudi, les 2ans de la breeze up Arqana entrent en scène à Deauville pour leurs canters, suivis le lendemain par la vente elle-même. Éric Hoyeau et Freddy Powell ont répondu à nos questions.

Jour de Galop. – Le statisticien britannique Tom Wilson a publié une étude assez passionnante sur les breeze up européennes. Selon les deux indices d’évaluation qu’il a mis en place, c’est la vente deauvillais qui obtient les meilleurs résultats en piste sur la scène européenne. Comment Arqana a-t-elle réussi à atteindre un tel résultat ?

Éric Hoyeau & Freddy Powell. – C’est une question de relations humaines et c’est aussi une question de confiance. Nous avons pris notre bâton de pèlerin pour faire la tournée des consignors en Irlande dès les années 1990. Au fil du temps, grâce aux bonnes éditions qui se sont succédé, la confiance est née. Les préparateurs – français comme étrangers - savent qu’ils vont trouver la meilleure exposition possible pour leur cheval chez Arqana.

La confiance, c’est aussi les succès en piste et l’écoute attentive que nous apportons aux demandes des acheteurs.

Enfin, pour les deux parties, il y a une grande exigence technique. Tout particulièrement en ce qui concerne la piste. Là aussi, tout le monde a fait en sorte d’être à la hauteur des exigences des professionnels de la spécialité. Ce fut le cas à Saint-Cloud. Et c’est toujours le cas à Deauville. Depuis trois ans, la breeze up d’Arqana est le leader du segment en Europe.

Votre vente a clairement la réputation de proposer des sujets pas forcément hyper précoces…

Le recul de la date donne plus de temps pour préparer les poulains. Cela permet de venir avec des sujets parfois moins précoces. Et les conséquences sont positives. Chez Arqana, on peut présenter des chevaux dont on sait que le potentiel sera pleinement exprimé après Royal Ascot. Avec cette catégorie, pourquoi bousculer les poulains en visant une vacation mi-avril quand on peut les vendre mi-mai ? Le positionnement qualitatif de notre vacation – avec des chevaux qui se vendent bien – fait que ces 2ans sont un peu plus mis dans le coton que leurs contemporains appelés à être des ultra-précoces.

Enfin, le contexte joue pleinement son rôle. Son cadre exceptionnel, la présence des classiques… vendeurs et acheteurs veulent venir à Deauville !

En France, certaines personnes pensent que les breeze up ne les concernent pas, notamment du fait que les présentateurs sont en majorité irlandais. Que leur répondez-vous ?

Effectivement, la majorité des consignataires de la breeze up de Deauville sont originaires d’Irlande. Cependant, il ne faut pas oublier les Français qui sont actifs en tant que vendeurs. Et par ailleurs, les Irlandais sont aussi majoritaires dans les breeze up américaines et anglaises ! En Irlande, cette spécialité s’est vraiment développée, beaucoup plus qu’ailleurs, sur ce créneau. Certains sont actifs sur cinq ou six ventes par an, avec un volume de chevaux important qui leur permet de faire des comparaisons. Leurs achats sont effectués en conséquence. En France, ce n’est pas une généralité, mais on voit parfois des chevaux au pré-entraînement qui sont redirigés vers les breeze up par opportunité.

Comment bien acheter lors d’une breeze up ?

Si nous devions donner un conseil à un nouvel acheteur en ce qui concerne les breeze up, ce serait le suivant : venez en amont, passez du temps à observer les chevaux, leur comportement, parlez avec les vendeurs… Un bon cheval, ce n’est pas forcément celui qui fait un breeze extraordinaire. C’est aussi un sujet que l’on replace dans son contexte.

Les acheteurs français ont toujours tiré leur épingle du jeu à cette vacation en y dénichant régulièrement des chevaux qui ont gagné des belles épreuves ! Le dernier exemple en date, c’est Malavath (Mehmas) ! Toute vente, quel que soit l’âge des animaux, comporte une part d’incertitude. Mais les breeze up représentent un segment où le taux de réussite en compétition est par la suite très élevé. Le cliché du cheval de breeze up qui arrive en étant hystérique chez son entraîneur a vécu.

Plusieurs acteurs du marché arrivent à la conclusion suivante : les chevaux de breeze up sont sous-évalués par rapport à leur probabilité – qui est statistiquement supérieure – de réussir en course. Pourquoi ? Parce que le tri et la préparation sont faits par des hommes de chevaux de premier plan : les pinhookers. Mais aussi du fait que les sujets qui posent problème sont le plus souvent écartés en amont.

Que représentent les breeze up pour les vendeurs de yearlings français ?

La présence des pinhookers est vraiment très importante pour les éleveurs français et le marché hexagonal. Les pinhookers, ce sont 70 achats de yearlings par an à Deauville et près de trois millions d’investissements. Une moitié repasse en vente en France, la moitié à l’étranger. Par ailleurs, à de nombreuses reprises, ils sont sous-enchérisseurs et agissent donc en faveur des éleveurs français. On se rend également compte qu’ils ont été capables de voir le potentiel de chevaux qui n’étaient pas forcément les plus évidents en tant que yearlings pour les autres acheteurs. L’exposition de ces sujets dans une breeze up l’année suivante leur a permis de connaître des belles carrières en arrivant finalement dans de bonnes maisons. Là aussi, l’éleveur français qui a la mère – et les produits utérins – est bénéficiaire.

Malgré un contexte global anxiogène, les ventes, depuis le début de l'année, se tiennent plus que bien. Dans quel état d'esprit abordez-vous la breeze up ?

On voit que malgré les troubles géopolitiques, la demande en chevaux reste soutenue à travers le monde. Les chiffres sont plutôt solides. Les acheteurs de la partie haute du marché semblent pour partie imperméables à la crise. Par ailleurs, les passionnés de courses viennent d’horizons très différents. Dès lors, lorsqu’une crise survient, certains perdent de l’argent, d’autres gagnent en pouvoir d’achat. Cela explique la meilleure résistance des courses aux turbulences économiques que ce que l’on peut observer sur d’autres marchés.

Les étrangers sont très présents en ce début de semaine à Deauville. Visiblement, la France leur manquait ! C’est aussi un bel encouragement en vue du mois d’août car ils seront au rendez-vous cet été aussi…

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