Grand Steeple-Chase de Paris J-2 : Screaming Colours ou la belle histoire de la famille Durkan

Courses / 17.06.2022

Grand Steeple-Chase de Paris J-2 : Screaming Colours ou la belle histoire de la famille Durkan

Screaming Colours est l’invité surprise du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Le cheval, formé aux gros handicaps et aux Nationals, portera les espoirs d’une famille d’amoureux des courses d’obstacle. Neil Durkan, fils et assistant de William Durkan, nous a raconté un peu de l’histoire du cheval, un rookie de 11 ans, et de sa famille.

Par Anne-Louise Échevin

L’homme d’Anaglogs Daughter

L’histoire de la famille Durkan n’est pas banale et n’a pas été épargnée par les drames. Le nom de William "Bill" Durkan est associé à une formidable jument nommée Anaglogs Daughter (Above Suspicion) qui, sous la selle de Tommy Carberry, a remporté l’Arkle Trophy Challenge (Gr1) de Cheltenham en 1980… Rares sont les juments à avoir gagné l’épreuve et il aura fallu attendre Put the Kettle On (Stowaway), en 2020, pour revoir une femelle à la première place.

Bill Durkan a donc gagné un Gr1 à Cheltenham. Dans les années 1970 et 1980, à la grande époque d’Anaglogs Daughter, il était épaulé par un certain Ferdy Murphy, auparavant jockey de Paddy Mullins, qui deviendra ensuite entraîneur avec dix victoires à Cheltenham. Les spécialistes anglo-irlandais vous diront que Ferdy Murphy avait un rôle vraiment prépondérant dans la gestion de l’écurie… Peut-être, mais l’histoire est plus complexe que cela : Bill Durkan est aussi businessman. Il a fondé son entreprise, Durkan, dans le domaine de la construction immobilière et a ainsi fait fortune. L’entraîneur-entrepreneur ! Neil Durkan nous explique : « Mon père a eu sa licence d’entraîneur en 1976 : je pense qu’il est l’un des entraîneurs avec le plus de longévité en Irlande actuellement. À côté de cela, notre famille possède Durkan, une entreprise spécialisée dans la construction, et mon père entraînait des chevaux tout en gérant la société. Nous sommes une petite écurie : nous avons actuellement neuf chevaux à la maison. Mon père aime ce sport depuis longtemps et y a consacré beaucoup de son énergie : je suis ravi qu’il soit aujourd’hui récompensé de toutes ces années d’implication et de passion pour les courses d’obstacle. Cela fait 33 ans que je travaille avec lui et la plupart des membres de ma famille ont monté en course à un moment donné. C’est notamment le cas de mon frère John… »

John, de là-haut

Le 22 janvier 1998, le monde des courses en Irlande et Grande-Bretagne est sous le choc après avoir appris le décès de John Durkan, à l’âge de trente ans, des suites d’une leucémie. Une course a été nommée en son honneur : le John Durkan Memorial Chase (Gr1), qui a lieu en décembre à Punchestown. John Durkan a été un grand gentleman-rider en Irlande et en Grande-Bretagne… Mais on le connaît aussi pour avoir été l'acheteur de l’un des plus grands hurdlers de tous les temps : Istabraq (Sadler’s Wells), le représentant de J P. McManus et triple lauréat du Champion Hurdle (Gr1). John Durkan l’avait repéré : il était assistant de John Gosden, où Istabraq était entraîné pour Shadwell. Le souvenir de John est toujours présent à chaque victoire de la famille Durkan et Neil a une pensée pour lui : « J’espère que, de là-haut, il nous regarde et qu’il nous apportera un peu de chance… Pour mon père, c’est un retour à Auteuil : il faut s’en souvenir mais il a eu un partant ici en 1992… »

Le vrai steeple-chaser irlandais

Screaming Colours est ce que l’on appelle un vrai Irish chaser : comprenez un cheval doté d’une tenue à toute épreuve. Il se présentera au départ du Grand Steeple-Chase de Paris en outsider et aura pour lui sa dureté. A-t-il le niveau ? A priori, ce sera compliqué. Il reste sur une quatrième place dans l’Irish Grand National, où il n’a pas été très heureux. Auparavant, il a remporté facilement le Midlands Grand National (L). Ce sont ses deux seules sorties de l’année : il aura aussi pour lui une certaine fraîcheur.

Neil Durkan nous explique : « C’est le steeple-chaser irlandais typique, "à l’ancienne". Il a beaucoup de tenue, saute très bien… C’est un modèle imposant. Screaming Colours apprécie les terrains assouplis. Même s’il peut se sortir des pistes bonnes, il est plus efficace en terrain souple, et plus la distance est longue, mieux c’est ! Il fait beau à Paris mais nous sommes allés à Auteuil mardi pour aller voir la piste et je trouve que France Galop fait un excellent travail en ce qui concerne le terrain. J’ai marché la piste et j’en étais très content. S’il y a des orages et de la pluie d’ici à dimanche, ce sera encore mieux ! Mais s’il n’y en a pas, je pense que la piste lui conviendra. Nous sommes arrivés lundi en France. Nous souhaitions lui donner un peu de temps pour qu’il s’acclimate : que ce soit pour découvrir vos obstacles mais aussi pour qu’il s’habitue à des températures plus élevées qu’en Irlande. Nous sommes très contents de lui. »

Un jeune de 11ans

En Irlande et en Grande-Bretagne, la carrière d’un cheval d’obstacle n’est pas gérée comme en France. Screaming Colours réalise, à 11ans, la meilleure partie de sa carrière…. Il faut dire qu’il a peu couru pour son âge : « Je le décris comme un cheval de 11ans dans le corps d’un cheval de 9ans ! Il n’a couru que quatorze fois. Screaming Colours est, je crois, ce que l’on appelle une belle histoire. Il a eu une blessure qui l’a tenu écarté des pistes pendant presque deux ans. Peut-être que cela a été un mal pour un bien, je ne peux pas être affirmatif… Mais, une fois de retour, ce n’était pas le même cheval, il avait pris de la maturité et très bien évolué. »

Lorsque l’on demande à Neil Durkan la raison pour laquelle il a choisi le Grand Steeple pour un premier essai au niveau Gr1 pour Screaming Colours, il répond : « Nous avions plusieurs options et nous avons examiné le Grand Steeple-Chase de Paris, et plus précisément l’état du terrain lors des dernières éditions. Cela nous a paru être une bonne option. De ce que j’ai vu, les courses d’obstacle françaises ont tendance à aller moins vite que les nôtres : pour Screaming Colours, cela est positif car cela devrait lui laisser le temps de trouver son rythme et de bien rentrer dans sa course. Nous savons que ce ne sera pas facile. Si nous finissions dans les trois ou quatre premiers, nous serions aux anges ! »