Serial entrepreneur… hippique !

Courses - International - Élevage / 06.05.2022

Serial entrepreneur… hippique !

Récemment, le haras familial a brillé avec State of Rest, lauréat du Prix Ganay (Gr1). Jack Cantillon, c’est un peu le "Elon Musk" des courses. Mais en plus jeune et en version irlandaise ! Ce trentenaire a une idée à la minute… de la syndication à l’étalonnage, en passant par les paris sportifs.

Par Adrien Cugnasse

Le cauchemar de tous les parents de diplômés, c’est de voir un jour leur fils venir leur dire qu’il quitte son job pour lancer une start-up. Or c’est exactement ce que Jack Cantillon a fait, alors qu’il était avocat dans un grand cabinet international : « J’ai quand même été très soutenu par mes proches et en particulier ma compagne, Gráinne Hawkes, qui travaille à Bruxelles pour la Commission européenne. Je ne vais pas vous dire qu’elle était ravie, mais en tout cas elle m’a soutenu dans mon projet… comme mes parents ! En lançant l’application de paris sportif Herd, j’ai l’impression de produire quelque chose de nouveau… et c’est un sentiment très particulier, même si j’ai adoré être avocat. » Jack Cantillon a hérité de la carrure de rugbyman de son père, un sport qu’il a pratiqué avec passion, alors que son gabarit n’était pas franchement adapté à l’équitation. Il poursuit : « J’aime tous les sports, des courses au golf ! » Pour en revenir à Herd, son appli, il explique : « C’est une plateforme de prédictions de résultats sportifs où des amis peuvent s’affronter sans avoir à miser de l’argent. La créativité est aux commandes. On peut parier sur le nombre de buts avant l’arrivée d’un ami au pub. Ces prédictions peuvent être ensuite partagées dans les groupes d’amis digitaux, sur WhatsApp par exemple. Les paris sportifs vont beaucoup évoluer dans les années à venir. Et Herd est une première étape pour les nouveaux venus dans cet univers. Ce sont les marques et les événements qui nous payent pour créer de l’engagement autour de leurs fans. C’est une autre manière de communiquer et de mettre en avant les connaissances des passionnés. Et cela permet aux gens venus de l’univers des jeux en ligne de s’impliquer dans les événements sportifs… dont les courses font partie. C’est aussi une bonne manière de faire découvrir les courses aux personnes qui aiment le rugby, le football, le golf... et inversement » Au mois d’avril, Herd a annoncé dans la presse irlandaise avoir levé 600.000 € euros, avec un engagement supplémentaire de 400.000 €. Une autre levée de fonds aura lieu cette année. L’Irlandais conclut : « Les courses ont un bel avenir. Et de nombreux challenges à relever. Notamment celui des paris hippiques et des revenus de la filière. Par ailleurs, la question de bien-être animal est essentielle. Sur ce point, je suis très optimiste car les chevaux de course ont une belle vie. Enfin, je crois beaucoup à l’augmentation de la présence du sport hippique dans les médias digitaux. Il faut que plus de jeunes se prennent au jeu. Chaque utilisateur de Twitter, TikTok, Instagram qui publie sur le galop est important. Notre nouvelle audience viendra aussi de là… »

Une grande famille de courses. Hippiquement parlant, Jack Cantillon ne sort pas de nulle part. On peut même dire qu’il a un sacré pedigree hippique. Tinnakill House Stud compte les 16 juments personnelles des Cantillon, dont quatre pour l’obstacle, en plus de celles des clients. Dirigé en famille, ce haras a notamment sorti le triple lauréat de Gr1 State of Rest (Starspangledbanner). Mais aussi Casamento (Shamardal), lauréat du Racing Post Trophy (Gr1), Stellar Mass (Sea the Stars), placé du Derby d’Irlande (Gr1) et étalon au haras des Châtaigniers, Alexander Goldrun (Gold Away), multiple gagnante de Gr1, dont la Hong Kong Cup, les Nassau Stakes, les Pretty Polly Stakes, le Prix de l'Opéra… ainsi que Red Evie (Intikhab), lauréate des Lockinge Stakes (Gr1) face aux mâles et des Matron Stakes (Gr1), avant de produire Found (Galileo) pour Coolmore.

Au sujet de sa propre généalogie, Jack Cantillon détaille : « Mon père, Dermot, ne vient pas d’une famille impliquée dans les courses. Sa carrière professionnelle a débuté dans l’univers médical. Et il a rencontré ma mère, Meta, au Kentucky, dans les années 1980. Elle a exercé en tant que vétérinaire spécialisée dans la reproduction pour le cheikh Mohammed Al Maktoum et a grandi à l’Irish National Stud, que mon grand-père maternel, Michael Osborne, dirigeait. » Par ailleurs, les époux Cantillon ont occupé d’importants mandats au sein des institutions hippiques irlandaises. Avec un tel pedigree, Jack Cantillon aurait dû partir en chasse d’un "gros client" de classe internationale… comme de coutume dans notre univers. Mais ce n’est pourtant pas le chemin qu’il a choisi d’emprunter. Il en effet préféré parier sur l’élargissement de la base de l’audience de notre sport.

L’art du croisement. Durant le premier confinement, Jack Cantillon a lancé une série tout à fait remarquable sous le titre "Art of the Mating". Avec l’aide de certaines des personnalités hippiques irlandaises de premier plan, il a publié gratuitement ces tutoriels (toujours disponibles) sur YouTube. Jeudi matin, nous l’avons donc interrogé sur le croisement qui a donné State of Rest ! Et il nous a expliqué : « Mes parents ont acheté la deuxième mère, Monaassabaat (Zizal), aux États-Unis, alors qu’elle était pleine de Repose (Quiet American), future mère de State of Rest. Monaassabaat était une jument à problème – notamment un seul ovaire – mais elle était black type et c’est quelque chose d’essentiel pour nous. C’est même une priorité. Et puis Quiet American (Fappiano) a été un père de mère de premier plan. Au moment de faire saillir sa fille, Repose, l’idée de mon père était de choisir Starspangledbanner (Choisir). Nos jeunes juments vont à des étalons confirmés. Et celui-ci est un reproducteur que nous estimons tous beaucoup, tout étant abordable financièrement. » State of Rest est passé deux fois en vente – en tant que foal et yearling – avant d’arriver chez Joseph O’Brien. Un entraîneur au sujet duquel Jack Cantillon confie : « C’est un professionnel qui fait preuve d’un grand courage dans ses engagements. Et cela permet de comprendre pourquoi le cheval a gagné un Gr1 sur trois continents différents… en attendant la Tattersalls Gold Cup (Gr1) ! Il a bien mis en avant le fait que nous élevons des chevaux sains et solides. »

Les syndicats. Avec Syndicates Racing, Jack Cantillon a lancé sa propre écurie de groupe, faisant notamment courir Cabaret Queen (King’s Theatre), placée de Groupe puis partie à la saillie de Cokoriko (Robin des Champs) après le dernier Grand National de Liverpool. Grangee (King’s Theatre) est lauréate du Coolmore N.H. Sires Kew Gardens Irish EBF Mares INHF (Gr2). Mise Le Meas (New Bay) s’est classée quatrième des Athasi Stakes (Gr3)… Elle regarde vers Royal Ascot, tout comme Golden Mayflower (Golden Horn) qui se prépare pour les Ribblesdale Stakes (Gr2). Jack Cantillon poursuit : « Tout a commencé le jour où j’ai acheté Guard of Honour (Galileo) pour 6.000 Gns. J’ai publié l’information sur Twitter en disant qu’il allait chez Willie Mullins et que des parts étaient à vendre. J’ai eu pas mal de réponses. Surtout de gens prêts à investir quelques centaines d’euros. L’idée a donc fait son chemin. Et j’ai donc proposé des syndications sur la base de quelques centaines d’euros la part… Notre écurie de groupe a trouvé son public, à cheval entre plat et obstacle. Elle est plus accessible que les syndicats historiques où il faut débourser des milliers d’euros. Et il n’y a pas la dilution des écuries qui comptent des milliers de membres. Récemment, nous avons acheté et resyndiqué une part d’un cheval qui court en Australie. Par ailleurs, nous avons syndiqué des poulinières pour soutenir notre étalon, Fifty Stars (Sea the Stars). Le but du jeu, c’est de prendre du bon temps, de rencontrer des gens et de faire découvrir les courses. Et pour être tout à fait honnête, je n’ai pas vraiment gagné d’argent avec toutes ces syndications. C’est plus une manière de faire grandir un réseau. Et c’est la même chose avec The Art of Mating… et j’ai d’ailleurs recruté de nouveaux clients grâce à ces tutoriels ! On m’a proposé plusieurs sponsorings pour ces vidéos. Mais j’ai décliné ces propositions. Peut-être suis-je un peu à côté de la plaque ! Mais surtout, j’aime bien l’idée d’avoir une certaine indépendance, un peu de liberté… »

Les étalons. L’Irlande est certainement l’un des pays au monde où il est le plus difficile de lancer des étalons. Pas facile de vivre à l’ombre de Coolmore, Darley, Shadwell, Ballylinch, Tally Ho, Yeomanstown… Jack Cantillon est pourtant allé dénicher en Australie Fifty Stars (Sea the Stars), quadruple lauréat de Groupe en plat. Très bon marcheur, c'est le frère de Whiskey Sour (Jeremy), lauréat du Future Champions Novice Hurdle (Gr1). Le jeune homme ne manque pas d'idées en termes de communication. Pour tous les visiteurs qui sont venus voir Fifty Stars à Sunny Hill Stud, il avait prévu en cadeau un kit de préparation de whiskey sour… le cocktail alcoolisé. Il est aussi impliqué dans la carrière de Far Above (Farhh), qui fait la monte à Starfield Stud. Jack Cantillon explique : « Je ne vais pas vous dire que c’est facile, mais il faut bien tenter sa chance ! Far Above est un super cheval qui n’a pas eu l’opportunité de devenir un gagnant de Gr1. Mais je crois que les gens sont sensibles à la différence, à l’alternative… à condition d’être bien tarifée. » La communication décalée, voire dégantée, autour de ces deux sires détonne avec les habitudes très policées de notre microcosme : « Après le whiskey sour de Fifty Stars, nous avons proposé un pack de bière aux couleurs de Far Above ! Notre com’ se veut originale et digitale aussi. Far Above a eu 142 juments en première année… cela nous donne du courage pour continuer. Tout le monde se prend trop au sérieux. Or on peut faire les choses sérieusement… tout ayant de l’humour. L’élevage et les courses, c’est une passion. Il faut que les gens prennent du plaisir. Micheal Orlandi et moi-même sommes sur la même ligne. »

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