POULES D’ESSAI J -1 : Dominik Moser ou l’audace allemande

Courses / 13.05.2022

POULES D’ESSAI J -1 : Dominik Moser ou l’audace allemande

POULES D’ESSAI J -1

Dominik Moser ou l’audace allemande

Le 21 avril, Calif (Areion) s’est classé quatrième du Prix Machado (Classe 1) de Lassaut (Almanzor) après avoir eu un parcours malheureux dans la phase finale. À ce jour, sa meilleure performance est une troisième place dans le Renate und Albrecht Woeste Zukunftsrennen (Gr3) sur 1.400m à 2ans. Très clairement, Calif sera l’un des gros outsiders de la Poule. Mais pour son entraîneur, Dominik Moser, c’est presque une habitude !

Il connaît une très belle réussite avec les chevaux "vites", ce qui est inhabituel outre-Rhin et lorsqu’il sort d’Allemagne, ses pensionnaires sont systématiquement de gros outsiders. Ainsi en 2012, lorsqu’il a envoyé Gracia Directa (Kyllachy) à York pour affronter dix anglaises dans les Summer Stakes (Gr3, 1.200m), sa cote au Tote (mutuel) était de 16/1 ! Et pourtant, pour la première tentative internationale de son mentor, la pouliche a gagné... En juillet 2019, Dominik Moser est encore une fois allé battre les anglais sur le sprint. Waldpfad (Shamardal) a en effet remporté les Hackwood Stakes (Gr3) à 36/1 ! L’Allemagne, ce n’est pas franchement le royaume des milers et des sprinters. Pour expliquer sa réussite sur ce créneau peu usité dans son pays, l’entraîneur confie : « Je travaille beaucoup la vitesse le matin. Et j’aime bien ce type de courses, car il y a moins de tactiques que dans les épreuves de tenue où un jockey malin peut faire la différence. À l’inverse, sur la ligne droite, c’est le cheval qui prime. »

Un bon jockey et un bon numéro à la corde. Concernant la tentative de Calif, Dominik Moser explique : « Nous avons bien conscience que la Poule d’Essai est l’une des meilleures courses d’Europe. Le poulain a un engagement dans les 2.000 Guinées Allemandes (Gr2). Mais nous voulons lui donner l’opportunité de montrer son vrai potentiel en le courant en France, même s’il sera bien sûr un outsider… La dernière fois à Longchamp, il a été malheureux. Mais il a tout de même nettement progressé et est encore mieux aujourd’hui. Parfois, il faut faire confiance à son cheval. C’est comme ça que je suis allé battre les anglais sur le sprint avec Gracia Directa et Waldpfad. » Au sujet de la Poule elle-même, il détaille : « Je voulais vraiment avoir Gérald Mossé. Je l’ai sollicité il y a dix jours. Nous avons monté ensemble lorsqu’il venait courir le challenge du "Golden Whip" à Baden-Baden. Certaines fois, il était devant moi. Mais parfois, c’était l’inverse ! Gérald Mossé est un jockey avec beaucoup de feeling, une main remarquable. C’est important pour Calif qui peut parfois être tendu en course. Un jockey d’expérience et un excellent numéro à la corde (le 7), c’est très important. J’ai entraîné plusieurs produits de la mère de Calif qui a vraiment un super pedigree. C’est le moins tardif. Et d’ailleurs, même s’il est prêt à courir le classique de dimanche, c’est un cheval qui va beaucoup progresser à l’avenir. Il faudra le suivre à 4ans. Son père Areion (Big Shuffle) est injustement méconnu hors d’Allemagne, car c’est un étalon remarquablement améliorateur. C’est un outcross. Mais surtout, il fait des chevaux intelligents, courageux et durs. J’ai eu une bonne de ses filles, Artistica, avec laquelle j’ai gagné une Listed sur 1.200m à Nottingham en 2017 [sa cote était de 24/1, ndlr]. Calif a un pedigree d’étalon. Désormais, il lui faut un black type international pour atteindre cet objectif. »

La renaissance d’une casaque classique. Calif porte les couleurs de la Stall Hanse qui a connu son heure de gloire avec la victoire de Mondrian (Surumu) dans le Derby allemand (Gr1) 1989. Ce fut le début d’une belle aventure pour Michael Becher et Johann Pavenstedt, ses deux copropriétaires, car le poulain a ensuite remporté le Grosser Preis von Baden, le Grosser Preis von Berlin et deux fois l’Aral-Pokal (Grs1). Après Mondrian, Michael Becher s’est retiré du Stall Hanse, alors que Johann Pavenstedt a continué l’aventure en solitaire. La casaque est ensuite tombée dans l’oubli et elle a été relancée par le jeune Moritz Tasse – le neveu de Michael Becher – qui a eu un partant dans le Derby allemand (Gr1) 2021.

Bayside Boy ou la génération en or de Teme Valley

L’anglais Bayside Boy (New Bay) fera sa rentrée directement dans la Poule. Le poulain de Teme Valley avait gagné les Champagne Stakes (Gr2) avant de monter sur le podium des Dewhurst Stakes et des Vertem Futurity Trophy Stakes (Grs1).

Teme Valley est l’entité hippique de Jim Cockburn. Sans dépenser des sommes extravagantes, son manager Richard Ryan a réussi à dénicher de très bons chevaux. On se souvient de Gear Up (Teofilo), un yearling à 52.000 €, qui a remporté le Critérium de Saint-Cloud (Gr1) en 2020. State of Rest (Starspangledbanner), payé 60.000 Gns, a gagné trois Grs1 sur trois continents avant d’être récemment revendu comme prospect étalon à Rathbarry Stud et Newgate Farm Australia. Sa sœur, la 3ans Tranquil Lady (Australia), a gagné les Blue Wind Stakes (Gr3) dans un style qui fait d’elle l’une des favorites pour les Oaks. Elle a coûté 160.000 £. Toujours chez les 3ans, French Claim (French Fifteen), payé 36.000 £, vient de se classer troisième du Derby Trial (Gr3) de Leopardstown.

Olivier Peslier va devoir être fort inspiré ! Vendredi après-midi, Richard Ryan nous a expliqué : « Avoir tiré le numéro 14 dans les stalles, c’est forcément difficile. Mais avec Olivier Peslier, tout est possible ! Surtout, par le passé, de bons chevaux ont été capables de gagner à l’extérieur. Bayside Boy était un très bon 2ans et il a couru face à ceux qui sont devenus les meilleurs 3ans d’Europe cette année, de Native Trail (Oasis Dream) à Luxembourg (Camelot) sans avoir été toujours très heureux. Nous avons longtemps pensé à courir les 2.000 Guinées (Gr1). Après réflexion, nous avons décidé de venir en France car nous pensons que la Poule lui conviendra mieux que son équivalent anglais. Il a une certaine tenue dans son pedigree et nous avons des options intéressantes avec lui sur 2.000m pour l’avenir. Il semble aller dans tous les terrains. Tout lui va sauf le vrai lourd. »

De grandes ambitions pour 2022. Au sujet de la génération de très bons 3ans de Teme Valley, il poursuit : « French Claim va devenir un super cheval sur 2.400m ou plus. On peut penser au St Leger (Gr1), au Grand Prix de Paris (Gr1) ou au Grand Prix de Deauville (Gr2). Nous avons eu la chance de ne pas le payer très cher. Nous n’avons pas pu refuser les offres pour State of Rest, un cheval qui est meilleur de course en course. Il semble dur à battre dans la Tattersalls Gold Cup (Gr1). S’il parvient à s’imposer, il sera le premier cheval à gagner quatre Grs1 successifs sur trois continents différents. Tranquil Lady est, comme lui, une pouliche qui vient avec le temps. Avec elle, nous visons les Oaks anglaises et irlandaises (Grs1). Pour 2022, nous avons plusieurs bons 2ans. Nous essayons d’acheter des chevaux qui vont tenir au minimum 1.600m, voire 2.000m. Nous cherchons des chevaux solides et d’aplombs. Les chevaux de pure vitesse ou précocité ont des opportunités limitées à l’échelle internationale. »