Quel cachet !

International / 09.05.2022

Quel cachet !

Si vous tapez Highclere sur Google, vous ne tomberez pas en priorité sur le site d’Highclere Racing ni d’ailleurs sur la pouliche de Sa Majesté la reine d’Angleterre qui remporta le Diane avant de briller au haras. Vous tomberez sur un splendide château, dont le syndicat et la pouliche royale portent le nom : Highclere Castle. La demeure est désormais bien connue, presque une star : c’est là-bas qu’a été tourné l’excellente série – et désormais film – Downton Abbey. Croyez-nous sur parole : les aventures de la famille Crawley et de tous leurs employés ont un vrai potentiel addictif et la grande Maggie Smith est un véritable trésor.

Highclere Castle appartient à la famille d’Harry Herbert, président et manager d’Highclere Racing. L’entité fête ses trente ans en 2022 et a déjà eu un beau cadeau d’anniversaire avec la victoire de Cachet (Aclaim) dans les 1.000 Guinées de Newmarket (Gr1). Dimanche, cette demoiselle de fer tente le doublé classique dans l’Emirates Poule d’Essai des Pouliches (Gr1).

Par Anne-Louise Échevin

Jour de Galop. – Cachet a couru huit fois à 2ans, pris la cinquième place des Albany Stakes (Gr3) à Royal Ascot pour sa deuxième sortie, pris la quatrième place des Breeders’ Cup Filly Turf Stakes (Gr1) à la fin de la saison… Et cette année, elle a gagné les Guinées en menant à un rythme effréné. Elle est au départ, dimanche, de la Poule d’Essai. Quel est son secret ?

Harry Herbert. – Elle est très dure ! Ce n’est pas vraiment une surprise : nous l’avons vue la saison dernière, où elle a beaucoup couru. Mais, de 2ans à 3ans, elle a encore franchi un cap. Elle a pris de la force et de la maturité. Elle a beaucoup plus de force cette année. George [Boughey, ndlr] a fait le choix d’aller vers la Poule d’Essai des Pouliches. Nous ne sommes pas intervenus sur le sujet : juste après les Guinées, elle a tout mangé, son attitude est excellente depuis. Il m’a envoyé une vidéo de Cachet ce matin et elle est absolument splendide ! Tous les signaux sur son bien-être sont positifs, elle a l’air en grande forme, il fait beau à Paris et les conditions de course dimanche devraient donc lui plaire, tout comme le parcours. James [Doyle, ndlr] est disponible pour lui être associé. Nous avons de l’espoir pour réaliser un doublé de Guinées. Il y a encore du temps avant d’aller à Royal Ascot [pour les Coronation Stakes, ndlr], alors pourquoi ne pas tenter la Poule d’Essai si la forme est là ? Cette épreuve devrait lui plaire : il y aura de la concurrence mais elle a gagné des Guinées relevées et envoie des signaux positifs à son entraîneur. Son bien-être est notre priorité.

En plus du physique, il faut avoir un sacré mental…

Elle n’est vraiment pas commune, de ce côté-là… Elle est incroyablement détendue, calme, son tempérament est absolument remarquable. Nous avons une chance incroyable d’avoir une pouliche comme elle. Quand nous l’avons vue au printemps, alors qu’elle commençait à fleurir, nous avons remarqué à quel point elle avait évolué : ce n’était plus la même pouliche qu’à 2ans. Vraiment, c’était spectaculaire. Ses travaux du matin étaient excellents, vraiment. Peut-être ne sommes-nous pas objectifs mais nous avons eu le sentiment, avant les 1.000 Guinées, qu’elle était beaucoup trop délaissée ! Elle venait en plus de gagner facilement les Nell Gwyn Stakes (Gr3). Pour nous, elle était un peu oubliée… Cachet a beaucoup de vitesse de base et sait la maintenir, c’est sa force. Elle est splendide : elle a été jugée comme la mieux présentée dans les 1.000 Guinées et ce n’est pas une question de nattes mais de physique ! Elle était aussi le pick of the paddock. Et ce n’est pas une surprise : en la voyant dans le rond et au pré-rond, elle se détachait vraiment du reste, physiquement et dans son attitude ! Elle sort du lot.

Combien de personnes sont associées sur Cachet ?

Il y a 20 porteurs de part sur Cachet. C’est un groupe très sympathique avec des personnes du monde entier : Angleterre, Jersey, Bermudes, Amérique, Afrique… Ils ont beaucoup d’enthousiasme et adorent la pouliche ! Dimanche, à Longchamp, nous devrions les entendre la soutenir ! Certains ont des chevaux avec Highclere depuis un moment et sont des habitués du système. D’autres sont des nouveaux venus dans les courses : je crois que cela se passe plutôt bien pour une première, ils doivent se dire que c’est facile (rires) ! Tout le monde s’entend bien, ils se connaissent bien désormais. Quand vous avez une pouliche comme elle, qui vous offre la possibilité de voyager comme ce fut le cas l’an dernier dans la Breeders’ Cup, cela développe des amitiés. C’est merveilleux de voir l’ambiance entre eux tous. C’est la raison d’être d’Highclere. Nous avons eu beaucoup de champions au fil des années mais Cachet a été notre premier gagnant classique en Grande-Bretagne sous les couleurs bleu d’Highclere [Motivator a gagné le Derby pour le Royal Ascot Syndicate, ndlr]. C’est vraiment spécial.

Cachet est entraînée par George Boughey, âgé de 30 ans et installé depuis peu : il a eu son premier gagnant en 2019 ! Comment êtes-vous venus à lui confier des représentants d’Highclere ?

Je connais ses parents depuis longtemps (rires) ! George a été l’assistant d’Hugo Palmer. À l’époque où il entrainait Galileo Gold (Paco Boy) et où j’étais manager d’Al Shaqab Racing. George m’avait beaucoup impressionné : il était passionné, plein d’énergie, enthousiaste. Nous n’avons pas pu lui envoyer de chevaux lors de sa première année comme entraîneur : c’était un peu délicat vis-à-vis de nos porteurs de part, qui ne le connaissaient pas du tout. Cela aurait été un peu risqué. Il a cartonné lors de sa première saison et j’avais à cœur de le soutenir pour sa deuxième année d’installation. Nous avons alors eu deux chevaux chez lui qui, par le fruit du hasard, avaient des noms similaires : Cachet et Cashew (Bated Breath), une bonne pouliche qui a gagné deux courses, et ses porteurs de part se sont beaucoup amusés avec elle. Nous avons actuellement six chevaux chez George Boughey. Je crois que l’an dernier, pour seulement sa deuxième année comme entraîneur, il a réalisé quelque chose de vraiment remarquable. Et cette année, il poursuit dans la même veine : il est doué et c’est un jeune entraîneur qui sait parfaitement gérer la communication avec ses propriétaires… Vidéos, nouvelles fraîches des chevaux, photos, présence sur les réseaux sociaux… Tout ceci est vraiment important pour Highclere. George Boughey cochait toutes les cases et nous sommes heureux d’avoir plusieurs chevaux chez lui.

Highclere est l’un des plus anciens syndicats d’Europe. Pouvez-vous nous en expliquer la philosophie ?

Nous fêtons nos trente ans cette année ! Un gagnant classique est un beau cadeau. L’idée, derrière Highclere, est d’offrir une chance à nos porteurs de part d’avoir des partants au plus haut niveau. C’est la clé. John Warren, désormais associé à son fils Jake, achète les chevaux et il a un très bon œil. Nous avons eu la chance d’avoir un champion très rapidement, avec Lake Coniston (Bluebird) [gagnant de la July Cup, ndlr], puis il y a eu Tamarisk (Green Desert), Petrushka (Unfuwain) et, pour le Royal Ascot Racing Club, Motivator (Montjeu). Nous avons pu, au fil des années, être compétitifs au plus haut niveau et c’est vraiment toute la philosophie d’Highclere… Et cela sans pour autant dépenser des fortunes sur nos chevaux. Nos yearlings sont achetés pour un prix moyen d’environ 100.000 Gns, Cachet a été achetée 60.000 Gns à l’Ascot breeze up. Nous avons eu la chance d’avoir été constants dans nos achats de bons chevaux : 25 % de nos syndicats ont couru des chevaux black types depuis trente ans. Nous avons eu beaucoup de chevaux lors du meeting de Royal Ascot dont, de mémoire, 28 qui ont fini parmi les quatre premiers.

Au-delà des courses, nous avons l’impression qu’Highclere est une porte d’entrée pour des événements sociaux, dans des lieux normalement peu ouverts au public… Vous organisez par exemple des dîners au château d’Highclere ou au Jockey Club ?

Nous avions l’habitude d’avoir des dîners au château d’Highclere, mais plus maintenant ! Mais nous avons en effet beaucoup d’événements organisés pour nos porteurs de parts. Nous avons beaucoup de dîners, notamment au Jockey Club Rooms de Newmarket, nous avons des loges privées sur beaucoup de grands hippodromes : par exemple, nous aurons une loge à York cette semaine, nous avons une loge à l’année à Newbury. Nous essayons de faire vivre une expérience particulière à nos porteurs de parts, faire en sorte que l’expérience soit bonne même quand vous ne tombez pas sur une Cachet. C’est le cœur de notre métier : nous sommes très fiers de notre communication.

Nous ne nous contentons pas d’envoyer un e-mail général à nos clients : nous leur parlons tout le temps, nous passons beaucoup de temps au téléphone avec eux. Nous traitons chacun de nos porteurs de part comme s’ils étaient des propriétaires individuels du cheval. Voici le but d’Highclere : faire en sorte qu’être un propriétaire unique ou un propriétaire associé soit la même chose dans la manière dont nous les gérons. Nos syndicats regroupent entre 12 et 20 porteurs de part, pas plus. Pour le premier gagnant de l’année, chacun reçoit une bonne bouteille de champagne, nos félicitations… Nous essayons d’avoir toujours plein de petites attentions envers eux, de les mettre en valeur.

D’où vient la casaque d’Highclere ?

Mon père, quand j’ai eu 18 ans, m’a transmis ses secondes couleurs : bleu clair et une toque bleu foncé en velours. Quand j’ai lancé Highclere, je voulais tout simplement que les couleurs se rapprochent des miennes et j’ai fait rajouter les brassards, tout simplement. Par chance, les couleurs étaient disponibles ! Cela reste en famille, en quelque sorte !

Pourquoi n’avez-vous plus de chevaux en France ?

Avec le Brexit et tout ce qu’il s’est passé depuis, cela nous paraissait compliqué. Mais nous avons eu beaucoup de succès en France, avec six ou sept chevaux black types entraînés par Freddy Head. Nous aimions beaucoup avoir des chevaux à Chantilly et nous espérons en avoir de nouveau l’année prochaine. C’est populaire : tout le monde aimait se rendre à Chantilly, aller au Jeu de Paume…

Vous êtes derrière l’une des plus anciennes écuries de groupe d’Europe et la multipropriété ne fait que se développer. Il y a beaucoup de débats en Angleterre sur le manque de considération envers les écuries de groupe dans l’accueil sur les hippodromes, où les porteurs de parts, parfois, ne peuvent pas accéder au rond de présentation ou des gagnants. Quel est votre regard sur cela ?

Je crois que tous les hippodromes doivent adhérer aux syndicats et écuries de groupe… Regardez ce qu’il se passe en Australie, pays leader dans la syndication des chevaux ! C’est le futur, tout simplement. Nous savons tous qu’investir dans les chevaux de course est extrêmement cher… Même si vous achetez un cheval pour 1.000 livres, il vous faudra payer les frais d’entraînement ! Je crois que le prix moyen d’un yearling en Grande-Bretagne est de 70.000 Gns… C’est beaucoup d’argent ! Les écuries de groupe ne font que se développer, les micro-parts sont un système en plein expansion, qui a eu beaucoup de succès aux États-Unis et arrive ici : MyRacehorse, par exemple, vient d’arriver en Grande-Bretagne. Tout le monde doit être conscient de cela et notamment les hippodromes : il leur faut s’adapter aux écuries de groupe, pour l’avenir. Concernant Highclere, notre système est bien en place, bien réglé, et nous n’avons pas l’intention de changer grand-chose… Vous trouverez des écuries de groupe moins cher que nous, d’autres plus cher, et nous sommes très bien sur notre segment. Nous proposons des parts allant de 4.000 £ ou 5.000 £ à 20.000 £ : chaque client peut "lire le menu" et choisir ce qui lui convient le mieux. Le yearling le plus cher que nous ayons acheté l’an dernier était de 200.000 Gns et le moins cher était de 30.000 Gns. Ensuite, nous avons une grande variété d’entraîneurs : vous pouvez avoir un cheval à Newmarket ou, si vous le préférez, dans le nord de l’Angleterre. Nous faisons appel aux meilleurs entraîneurs du pays, à vous de choisir celui qui vous plaît et à eux de comprendre nos engagements envers nos porteurs de parts : leur communication doit être exemplaire.

 

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