Speak of the Devil, le rêve éveillé d’Hervé Viallon

Courses / 09.05.2022

Speak of the Devil, le rêve éveillé d’Hervé Viallon

Samedi soir aux États-Unis, Speak of the Devil (Wootton Bassett) a survolé ses débuts américains dans les Longines Churchill Downs Distaff Turf Mile Stakes (Gr2). Son éleveur, Hervé Viallon, est bien sûr ravi d’une telle performance, lui qui n’a toujours eu qu’une poignée de poulinières.

Transporteur bien connu et installé dans la Loire (42), Hervé Viallon trouve aussi le temps d’être éleveur hors sol, ses deux juments étant actuellement stationnées au haras des Trois Rivières. Après avoir débuté avec succès au trot – où il a sorti des chevaux de Groupe comme Arca des Jacquets (Prix d’Essai, Gr1) –, Hervé Viallon a élevé avec succès en obstacle. Il a par exemple produit My Name Is Nick (Nickname), deuxième du Prix Maurice Gillois (Gr1), ou encore Kingalola (Kingsalsa), deuxième d'un Prix Dominique Sartini (L) : « Durant l’enfance, je suis allé aux courses en famille. J’avais sympathisé avec l’entraîneur de trotteurs Yvan Berger. J’étais ambulancier, puis j’ai décidé de changer d’orientation. Et j’ai donc repris la clientèle du transporteur Jean-Philippe Rivoire, qui élève des sauteurs sous l’affixe d'Olivate. J’ai acheté Moranda (Indian Rocket), la mère de Speak of the Devil, en décembre 2013, pour 50.000 €. Elle était pleine de Kendargent (Kendor) et les juments pleines de cet étalon du haras de Colleville s’étaient vendues cher cette année-là. Je revends souvent mes poulinières après quelques produits et ce fut le cas de Moranda. » En décembre 2019, le Gestüt Brümmerhof l'a acquise pour 52.000 € par l’intermédiaire de Ghislain Bozo. L’année suivante, Michel Zerolo a signé le bon à 150.000 € pour Moranda qui a donné en 2021 un foal pour Peter Brant et Paul Shanahan. Elle est promise à… Wootton Bassett (Iffraaj) !  Avant d’être vendue, Morando a donné quatre partants en France à Hervé Viallon. Trois ont gagné et c’est notamment le cas de Speak of the Devil qui a été vendue 45.000 € foal, puis 65.000 € yearling, avant de quitter la France pour 1,95 million sur la foi de sa troisième place dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1).

Un pari (payant) sur Wootton Bassett. Avec l’ex-étalon du haras d’Étreham, Hervé Viallon a aussi élevé Wootton's Colt (Wootton Bassett), lauréat du Criterium Nazionale (L) à San Siro, battant le record de la piste pour un 2ans. L’éleveur explique : « J’aime beaucoup le sang d’Iffraaj (Zafonic) et Wootton Bassett m’avait beaucoup impressionné à 2ans. Je crois vraiment à l’apport de vitesse dans un pedigree. J’ai eu trois produits de Wootton Bassett. Les trois ont gagné, deux sont black types et le troisième vient de gagner en Angleterre. J’ai aussi une de ses filles à l’élevage, Denitza (Wootton Bassett). Elle est issue de la fameuse souche Ballymacoll d’Helen Street (Troy). Denitza a été saillie par Victor Ludorum (Shamardal), un bon 2ans, pour avoir un produit avec trois fois Helen Street dans le pedigree. Sa 2ans par Kendargent est chez Jérôme Reynier pour Jean-Claude Seroul. Quand j’ai confiance en un étalon, je n’hésite pas à lui confier plusieurs juments.  Cette année, j’ai par exemple plusieurs produits d’Intello (Galileo), un bon reproducteur à mon sens. » Le rêve est aujourd’hui, bien sûr, de voir Speak of the Devil au départ d’une grande épreuve : « Si elle court une Breeders’ Cup, je ferai le voyage ! »

Pourquoi le plat ? Hervé Viallon détaille : « Au trot, on est vite enfermé dans l’utilisation des étalons syndiqués pour espérer vendre. En plat, bien sûr, il faut tenir compte du marché. Mais je crois qu’il y a plus de liberté dans les croisements grâce à un marché plus fort. Par ailleurs, à Deauville comme à Newmarket, on peut trouver des juments intéressantes à tous les tarifs. Au trot, il est vraiment très difficile de pouvoir acquérir une jument de qualité en vente publique. En ce qui concerne l’obstacle, quand on a peu de naissance, c’est difficile. Je suis assez admiratif de la réussite d’un Guy Pariente en plat. Il prend des risques, il sort des 2ans, il soutient ses étalons… et il a été deux fois tête de liste des éleveurs ! Je lui tire mon chapeau. Le travail qu’il a fait sur la souche de Speak of the Devil est, par exemple, remarquable. »