Arqana appuie sur l'accélérateur

Institution / Ventes / 17.06.2022

Arqana appuie sur l'accélérateur

Six ans après le lancement du Critérium de la Vente d’Octobre – réservé aux chevaux vendus lors de cette vente –, Arqana revisite le concept et pousse la logique plus loin en créant les Arqana Series. De quoi s’agit-il ? De cinq courses à Deauville et Longchamp, avec un montant total d’allocations garanti de 1,2 million d’euros. La première édition de ces épreuves se déroulera dès 2023. Elles seront ouvertes aux chevaux présentés lors des ventes de l’agence deauvillaise (ventes de yearlings 2022, breeze up 2023, et foals pour les éditions à venir).

Arqana a souhaité s’adresser à différents profils de chevaux, et donc à un panel de propriétaires le plus large possible… Ainsi, dès 2023, quatre courses seront proposées aux 2ans : trois à Deauville le jeudi précédant la vente d’août, dont deux pour inédits, et une le samedi du week-end de l’Arc de Triomphe. Et, dès 2024, une course pour 3ans se courra également à Deauville – toujours le jeudi précédant la grande vente estivale de sélection.

Tout cela suscite bien des questions. Nous en avons retenu trois. Qui va payer ? Pourquoi lancer un tel programme maintenant ? Quelles leçons tirer des expériences similaires tentées à l’étranger ?

LA question : qui va payer ?

L’allocation minimale de 1,2 million d’euros est garantie : elle peut dépasser cette enveloppe. Le PDG d’Arqana, Éric Hoyeau, dessine les contours du financement de ce programme de courses : « Arqana apporte une contribution majeure et fait d’ailleurs converger vers ce projet tous ses efforts de sponsoring. Et cette contribution est garantie. Le reste sera apporté par des contributions mesurées de la part des vendeurs (lors de l’inscription des chevaux) et des acheteurs (lors de l’achat du cheval et via les engagements). Par ailleurs, un pourcentage de l’allocation est destiné au vendeur. Le montant de 1,2 million d’euros est calculé sur la base d’une hypothèse prudente, l’objectif est de le dépasser. »

Le système doit donc être gagnant-gagnant. De bon augure pour motiver l’ensemble de la sociosphère.

Pourquoi Arqana lance-t-il ce programme maintenant ?

Les objectifs sont multiples. Éric Hoyeau : « Ce programme vise à soutenir les courses et l’élevage français, tout en stimulant le propriétariat, et à favoriser la multipropriété. Ce genre de courses insuffle un esprit fédérateur qui colle bien avec le propriétariat multiple. On veut aussi créer une vraie synergie avec le meeting d’août et insuffler une nouvelle dimension événementielle à la vente d’août. Et, bien sûr, il s’agit aussi de s’inscrire dans la tendance forte des auction races. Ces courses prennent différentes formes selon les pays. Il peut s’agir de bonus, de courses uniques ou carrément d’un programme comme celui établi par Magic Millions en Australie. C’est vers ce modèle que nous avons souhaité nous diriger, convaincus que l’intérêt d’un programme de plusieurs courses était de s’adresser au panel le plus large possible, aussi bien pour les chevaux que pour les propriétaires. Nous vivons dans un marché concurrentiel, aussi bien dans la constitution d’un catalogue que pour générer de la demande. Arqana doit innover sans cesse pour rester dans la course ! »

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Les points clés à retenir

- Quatre courses pour 2ans dès 2023 : trois en août à Deauville, une le samedi de l’Arc

- Une course pour 3ans en 2024 : en août à Deauville

- 1,2 million d’euros d’allocations garantis

- Qualifiés : les chevaux présentés lors des ventes d’août, septembre, octobre et novembre 2022 et lors de la breeze up 2023.

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Une tendance lourde dans les grands pays d’élevage

Les auction races prennent différentes formes selon les pays et les agences de vente. Cela peut aller de l’attribution d’un bonus pour une victoire dans un maiden jusqu’à la course millionnaire… Il y en a pour tous les goûts.

Australie : Magic Millions, huit courses à sept chiffres

Le samedi 14 janvier 2023, la réunion de Magic Millions en Australie proposera huit courses millionnaires, dont une réservée aux chevaux de 3ans et plus appartenant à des syndicats de vingt associés ou plus, et une pour les 2ans inédits dotée de 500.000 AU$ (336.700 €). Les allocations distribuées seront de 11,75 millions de dollars australiens (7,91 M€). Ces courses sont réservées aux chevaux achetés lors des différentes ventes de la compagnie. Le prix à payer pour engager un yearling dans toutes les courses et tout au long de sa carrière est de 5.500 AU$ (3.700 €). En plus de la réunion de janvier, le calendrier propose treize autres courses pour plus de 2,35 millions.

Inglis et sa triple couronne

Inglis, l’autre grande maison de vente australienne, propose moins de courses mais les yearlings vendus en 2022 ont droit à 7,55 millions (5,08 M€) et sont qualifiés pour un super bonus, nommé Inglis Triple Crown, qui propose 6 millions (4,04 M€). Pour le décrocher, il faut qu’un 2ans remporte l’Inglis Banner ou l’Inglis Nursery comme première étape, puis l’Inglis Millennium et enfin les Sires Produce Stakes (Gr1), sponsorisés par la maison, mais ouverts à tous les 2ans d’Australie. C’est difficile car les deux premières étapes sont en tout début de saison (fin octobre et début décembre), la deuxième en février et la dernière en avril.

L’Europe entre le Million de Goffs et les bonus

La course la plus riche d’Europe pour les 2ans est proposée le 24 septembre, sur les 1.400m du Curragh. C’est le grand retour, après treize ans d’absence, du Goffs Million, qui est réservé aux poulains proposés l’année dernière à l’Orby Sale. Le million d’euros est divisé en dix tranches : le gagnant empochera 500.000 €, le dixième 10.000 €, ce qui rembourse l’investissement du propriétaire, qui aura déboursé 4.000 € lors de l’achat du poulain, et 6.000 € à l’engagement (à payer en trois versements). Si le lauréat vient à gagner un Gr1 à 3ans, il aura droit à un bonus de 100.000 €.

Goffs avait lancé le Million en 2005, et la première édition, en 2006, fut remportée, face à 27 partants, par Miss Beatrix (Danehill Dancer), achetée 180.000 €. Vingt-trois jours plus tôt, elle s’était imposée dans les Moyglare Stud Stakes (Gr1). Son propriétaire, William Durkan, avait touché un joli chèque de 985.000 €. L’année suivante, la course fut divisé en deux, une épreuve pour les pouliches, gagnée par Lush Lashes (Galileo), qui faisait ses débuts pour Jim Bolger, et une pour les poulains, qui a vu le succès de Luck Money (Indian Ridge). Les deux avaient coûté respectivement 80.000 et 160.000 € et les allocations aux gagnants étaient de 985.000 €. Le dernier Million a eu lieu en 2009 : une course pour les sprinters sur 1.200m qui n’a pas échappé à Hannon et à son Lucky General (Hawk Wing), alors que Shakespearean (Shamardal) avait remporté celle sur 1.600m.

L’effet de la création du Goffs Million avait propulsé le marché haut de gamme irlandais à presque 60 millions d’euros en 2006 mais, en 2008, la grande crise économique a frappé l’Europe. Il fallait Houdini pour sauver les meubles, pas deux courses richement dotées ! Le chiffre d’affaires de la Goffs Orby Sale est tombé à 32,4 millions et, en 2009, quelques jours après le succès de Lucky General et de Shakespearean, à 24,4. Les yearlings vendus l’an dernier qui ont le droit de courir le Million 2022 ont généré un chiffre d’affaires de 40,5 millions.

Angleterre et Irlande, aussi pour les plus petits

Tattersalls a sa course pour les yearlings achetés à Newmarket mais elle est réservée aux juniors du book 3 et du book 4 et de la December Sale. L’allocation est cette année de 150.000 £ (175.800 €) et pour courir il faut débourser 750 £ (880 €). Les poids sont assignés sur la base du prix d’achat (ou de rachat) avec des surcharges pour les gagnants de bonnes courses. L’objectif est d’offrir une chance aux petits propriétaires, qui sont les plus touchés par le niveau très bas des allocations en Angleterre. Le même principe s’applique à la course de Tattersalls Ireland, qui propose 300.000 €, et à celle de Goffs UK, qui offre 300.000 £ (351.000 €) avec un bonus de 40.000 £ pour acheter un yearling à la vente.

Tattersalls joue la carte des bonus

Tattersalls, après avoir eu ses Millions, a choisi la politique des bonus pour ses ventes haut de gamme. Les yearlings du book 1 sont qualifiés (avec le paiement de 1.700 £) pour un bonus de 20.000 £ en cas de succès dans des maidens et des novices de Classes 2, 3 et 4 en Angleterre et des open maidens en Irlande sur la période de 26 mars au 6 novembre. Cela concerne plus de 300 courses. Le même principe est appliqué au Craven Breeze Up bonus, qui offre 15.000 £ et coûte 1.250 £ au propriétaire. Tattersalls propose aussi deux super bonus de 125.000 £ au premier junior sorti de la Craven Breeze Up, qui gagne une course pour les 2ans à Royal Ascot, et un autre de la même valeur pour le premier lauréat de Gr1, empoché l’année dernière par Native Trail (Oasis Dream).

En Allemagne, un million en dix-huit courses

En Allemagne, un pays toujours aux prises avec la faiblesse de ses allocations de base, les courses pour les chevaux achetés chez BBAG sont un soutien très important à la filière. Le Million allemand (1.104.000 €) est divisé en 18 courses, sept pour les juniors, dont une à 200.000 €, et onze pour les 3ans. Les allocations de base sont de 52.000 €. Les éleveurs payent 510 € à l’inscription aux ventes et les propriétaires payent à chaque stade des engagements (en quatre tranches), course par course. Pour courir la grosse course des 2ans, il faut compter 2.692 €, avec le dernier paiement (892 €) à la déclaration des partants. Le propriétaire d’une pouliche de 2ans qui veut engager sa représentante aux trois courses pour les femelles doit sortir 1.110 € avant les premières courses. C’est cher mais l’allocation au gagnant d’un maiden en Allemagne est de 4.200 €…