En région : Antoine Gilibert, bilan d’un demi-siècle de passion

Courses / 24.06.2022

En région : Antoine Gilibert, bilan d’un demi-siècle de passion

Diminué par une opération du larynx, Antoine Gilibert nous a tout de même consacré un peu de son temps à quelques heures de l’une des réunions les plus importantes de la saison pour sa société de courses. L’occasion idéale pour cette figure emblématique des courses françaises de revenir sur quasiment un demi-siècle de passion à quelques mois de la fin de son mandat de président de Compiègne.

Jour de Galop. - Sans se tromper, on peut dire qu’il s’agit de votre dernier mandat à la tête de Compiègne ?

Antoine Gilibert. - Oui, on ne prend pas beaucoup de risques en disant cela (rires). J’aurai 80 ans au moment des prochaines élections… Et comme en théorie je suis déjà au-dessus de la limite d’âge, je passerai donc la main en 2023 après plus de trente ans au sein de la société, d’abord comme vice-président, puis comme président depuis une quinzaine d’années maintenant. Pour autant, je compte bien rester présent et apporter mon expérience à la prochaine équipe.

De quoi êtes-vous le plus fier durant toutes ces années comme président ?

En restant très humble, c’est sans doute d’avoir réussi à refaire nos pistes. C’est notre fonds de commerce aujourd’hui, tant en plat qu’en obstacle. Les professionnels sont les premiers à le dire, je n’invente rien. Nous avons par exemple une très bonne piste de plat, très sélective.

Et, pour l’obstacle, Compiègne est passé de pôle régional à pôle national en 2021. Est-ce là également un autre motif de satisfaction ?

Bien entendu, cela nous a fait très plaisir. Mais surtout, pour cette discipline, c’est le fait que le transfert des courses d’Enghien se soit bien passé qui nous rend fiers. De l’avis des professionnels, notre hippodrome prépare très bien à Auteuil et il est fréquent que nos gagnants y brillent ensuite. Ce n’était pas forcément le cas avec Enghien.

Quels sont les grands chantiers que vous comptez boucler d’ici à la fin de votre mandat ?

La priorité est de faire revenir le public sur l’hippodrome. La journée de samedi, en ce sens, sera importante. C’est une journée portes ouvertes et bien entendu cela dépend de la météo, mais, si nous pouvions accueillir entre 3.500, en cas de mauvais temps, et 5.000 ou 6.000 personnes, en cas de météo favorable, ce serait bien. Au niveau des investissements, j’espère boucler assez rapidement le dossier "écran géant". Il est en panne depuis un an et on espère que ce sera réglé à l’automne.

Le moment le plus difficile de vos années à la tête de la société restera sans doute l’affaire dite de l’hippodrome de Compiègne [en juin 2021, la Cour de cassation a définitivement clos par un non-lieu les investigations sur la cession controversée par l’État d’une parcelle de terrain et de forêt domaniale pour 2,5 millions d’euros à la société des courses de Compiègne, ndlr]. Comment avez-vous vécu cet épisode ?

Très mal. Ce fut très difficile pour moi et ma famille. Tout cela fut très médiatisé et, bien sûr, très politique. Au cours de ces nombreuses années, il y a eu aussi beaucoup de malveillance et des énormités ont été dites, comme le fait que nous avions rasé des milliers d’arbres. J’ai prouvé ma totale bonne foi et celle de la société des courses dans cette affaire.

Outre Compiègne, vous vous êtes également investi dans l’Institution, notamment comme administrateur de France Galop, mais aussi comme premier président de la Fédération des propriétaires du galop. Quel regard portez-vous sur l’évolution des courses ?

Pour la présidence de la Fédération des propriétaires du galop, qui a été créée en 2020, j’ai cédé mon poste depuis à mon ami Jean de Cheffontaines. Mais je reste sensible aux problèmes que rencontrent les courses. L’important aujourd’hui, comme je le disais plus haut pour Compiègne, est de faire revenir le public sur les hippodromes, et ce sur tout le territoire. Il faut que le monde des courses œuvre ensemble pour cela. Montrons à tout le monde notre amour des chevaux et le respect que nous avons pour eux. Voilà la priorité. Ensuite, il faut rester très attentif au sort des propriétaires et à tous les efforts qu’ils font pour maintenir les chevaux à l’entraînement. Enfin, dernier point, les courses doivent être un sport propre et être intransigeantes avec les tricheurs.

Revenons à votre histoire avec les courses. Quand a-t-elle débuté ?

J’ai grandi dans les environs de Compiègne et, petit, mes parents m’emmenaient à Chantilly ou à Longchamp. J’appréciais autant les chevaux que le spectacle offert par toutes ces personnes bien habillées. L’atmosphère qui se dégageait du champ de courses était quelque chose que j’aimais beaucoup. J’ai été cavalier dans le concours hippique dans le milieu des années 1960. J’ai ensuite été cavalier d’extérieur et veneur. J’en profite pour dire que la chasse à courre est, selon moi, une très belle passion malheureusement décriée par des gens qui n’y connaissent rien. À l’âge de 46 ans, j’ai été victime d’un très grave accident et je suis resté alité pendant une année. Polytraumatisé, je ne pouvais plus monter à cheval. Mais j’ai récupéré une ou deux poulinières pur-sang, dont l’une s’appelait My Moon (Kalamoun). J’élève toujours. Avec mon ami Jean Biraben, nous devons avoir une dizaine de poulinières. J’élève également avec Pierre Talvard, du haras du Cadran.

Il y a des années, vous avez même entraîné vos élèves. Comment avez-vous fait pour apprendre ce métier sur le tard ?

Il faut savoir qu’à l’époque j’avais en plus récupéré la maison du général Decarpentry (1878-1956), un grand cavalier et éleveur en son temps. J’avais donc de la place pour mes poulinières. Comme je ne pouvais plus monter à cheval, j’ai fait le choix d’entraîner mes produits. J’ai obtenu mon permis d’entraîner et fait une piste dans la forêt de Compiègne pour exercer cette activité. Comme propriétaire, déjà à cette époque, j’avais aussi des chevaux chez Marcel Rolland. Je me rendais souvent chez lui pour apprendre les bonnes pratiques. J’entraînais donc une poignée de chevaux que j’ai présentés en course et avec qui j’ai même gagné des Quintés. Tout cela parallèlement à mon activité de chef d’entreprise. Un jour, c’est devenu trop compliqué de mener de front toutes ces activités et j’ai décidé d’arrêter d’entraîner.

Vous venez de citer Marcel Rolland. On peut dire que vous êtes resté fidèle toutes ces années à Compiègne, mais aussi à vos entraîneurs, car on pourrait également ajouter Fabrice Chappet. Comment l’expliquez-vous ?

Ce sont des personnes en qui j’ai entière confiance, dont je respecte le professionnalisme et que j’ai appris à très bien connaître au fil de ses années. Sur la grosse vingtaine de chevaux que j’ai à l’entraînement aujourd’hui, quinze sont effectivement chez Fabrice Chappet. Cinq autres sont chez Marcel Rolland.

Votre actualité est aussi la victoire jeudi soir dans le Prix Hampton (L) de votre représentant Berneuil (Lope de Vega), sur lequel vous êtes associé avec la famille Lerner. D’ailleurs, y a-t-il une victoire que vous retenez plus qu’une autre après toutes ces années ?

Pas particulièrement. Nous avons été deux fois placés de Gr1, et avec Berneuil nous avons remporté un Gr3, le Prix du Petit Couvert, à Longchamp. Mais pour moi c’est la même satisfaction que de remporter une course d’inédits par exemple. Si je devais détacher tout de même une victoire, ce serait celle de Pizzicato (Dabirsim) à Lingfield, lors de l’All-Weather Championship 2019. Toute ma famille était présente. Nous avions pris un minibus avec ma femme, mon fils et mes petits-enfants. J’ai adoré ce moment.

Antoine Gilibert : « Que cette réunion soit aussi belle qu’avant le Covid »

Neuf courses sont à l’affiche samedi sur l’hippodrome du Putois avec comme point d’orgue le Grand Prix de Compiègne (L), cinquième étape du Défi du Galop : « Nous voulons retrouver la fête et la joie que l’on a connues avant la pandémie. Avec le Défi ou le Prix de la Fondation Claude Pompidou (Hcp), c’est une très belle journée pour nous. De nombreuses animations seront proposées pour les enfants. Nous organiserons aussi deux courses de poneys avant le début de la réunion. C’est très important de faire cela car c’est ainsi que naissent les vocations. »