Et si le salut venait d’Onesto

Courses / 17.06.2022

Et si le salut venait d’Onesto

Fabrice Chappet est ponctuel au rendez-vous donné par France Galop, et à 10 h 30, il est installé derrière son écran d’ordinateur pour répondre aux questions des journalistes. Après ses trois partants dans les éditions 2018 et 2019 du Derby français, il sellera deux pensionnaires cette année – alors même qu’il n’a actuellement que neuf mâles de 3ans dans son écurie : Onesto (Frankel), lauréat sensationnel du Prix Greffulhe (Gr2), et Machete (Myboycharlie), sur la brèche depuis le mois de janvier et deuxième du Prix de Guiche (Gr3) de Vadeni ** (Churchill). Deux poulains aux profils très différents, et spontanément, les questions se concentrent sur Onesto.

Par Adeline Gombaud

Onesto, des airs d’Ourasi

Onesto porte la casaque de Jean-Pierre Dubois et plusieurs des copropriétaires du poulain sont issus du monde du trot. Ce n’est donc pas un hasard si Fabrice Chappet, au moment de préciser les forces de son poulain, évoque le roi fainéant : « Onesto, c’est la force tranquille. Il a un excellent tempérament, et n’est pas sans rappeler Ourasi à certains de mes associés ! Il est très placide, très cool, mais en course, sa grande force est évidemment sa pointe de vitesse, comme vous l’avez vu dans le Greffulhe. Une pointe qu’il faut préserver, aussi Onesto se monte-t-il plutôt en attendant. L’idéal serait un numéro de corde intermédiaire : pas trop petit pour ne pas le monter contre-nature à la pointe du combat, pas trop grand pour se retrouver à faire les extérieurs. C’est un vrai cheval de bon terrain, comme l’indique son action rasante. Quand il a travaillé sur des terrains gras, ce n’était pas vraiment le même cheval. »

La cinquième course, le timing parfait

Onesto en sera dimanche à sa cinquième sortie : deux courses à 2ans, puis deux à 3ans. « Arriver sur le Jockey Club en cinquième course, c’est parfait selon moi, et cela m’a plutôt bien réussi. Intellogent avait eu le même genre de parcours avant de se classer quatrième en 2018. Deux courses à 2ans pour prendre de l’expérience, puis deux courses pour arriver au top en juin. Concernant Onesto, nous l’avons fait rentrer dans le Prix de Fontainebleau pour voir s’il pouvait lutter contre les meilleurs milers, et nous avons clairement vu qu’il lui fallait plus long. Alors plutôt que d’aller sur les 1.800m du Prix de Guiche, ce que j’ai fait avec Machete par exemple, j’ai voulu le voir sur les 2.100m du Prix Greffulhe. Et sa prestation nous a donné la confirmation que c’était sa bonne distance, comme le laissaient supposer ses origines. Il fait assurément partie des meilleurs éléments que j’ai présentés dans cette course. Le meilleur ? On le saura dimanche. Stéphane Pasquier a été emballé par son dernier travail, et moi je le trouve parfait aussi… »

Jean-Pierre Dubois, un propriétaire parfait

Onesto porte les couleurs d’une légende des courses, celles de Jean-Pierre Dubois. Outre ses innombrables succès au trot, Jean-Pierre Dubois a aussi gagné le Grand Steeple-Chase de Paris (avec Kotkiket, en association avec Daniel Wildenstein), le Saint-Alary en tant que propriétaire (Ask for the Moon), la Poule d’Essai des Poulains et le Diane en tant qu’éleveur (Olmedo et Stacelita). « Entraîner pour Jean-Pierre Dubois, ce n’est pas une pression supplémentaire. Au contraire : c’est un propriétaire formidable, qui me laisse une grande liberté de travail. On parle le même langage : il sait que tout peut arriver avec les chevaux, le meilleur comme le pire. Il était ravi quand le cheval a gagné le Greffulhe ! »

Machete, l’expérience en plus

Machete a couru deux fois à 2ans. Le poulain de Rashit Shaykhutdinov a ouvert son palmarès en février dernier, pour sa quatrième sortie, la deuxième à 3ans. Il a ensuite enlevé sa Listed, le Prix Maurice Caillault, terminé cinquième de La Force, et deuxième, à deux longueurs et demie de Vadeni, dans le Prix de Guiche. Le Qatar Prix du Jockey Club sera donc la huitième sortie du poulain. « Machete a pour lui son expérience et le fait d’être en forme. Sa deuxième place dans le Guiche est bonne : il est, certes, à deux longueurs et demie du gagnant, mais il a fini en avançant, comme un poulain qui fera les 2.100m. Il est indifférent à l’état du terrain, et si les pluies annoncées arrivent, cela ne devrait pas lui poser de problème. Il n’a pas pris le même chemin qu’Onesto mais il avait besoin de courir, d’apprendre : il a mis un peu de temps avant d’ouvrir son palmarès mais ensuite, il a tout bien fait. Et son propriétaire est ravi de le voir courir cette épreuve ! Il a tout à fait le droit d’être au départ d’une course comme celle-ci »

Des courses de chevaux avant tout

Trois entraîneurs de Chantilly – seulement – auront un ou plusieurs partants, ce qui est le cas de Fabrice Chappet dans le Jockey Club. Un épiphénomène selon le professionnel : « Le plat, à ce niveau, c’est avant tout une question de matière première. On ne peut pas dire que la valeur ajoutée du travail de l’entraîneur soit énorme, comme elle peut l’être au trot notamment ! C’est pour ça que j’aime rappeler que ce sont avant tout des courses de chevaux. Si au départ, vous n’avez pas les bons chevaux, vous ne pouvez pas avoir de partants dans cette course. Et les bons chevaux, Jean-Claude Rouget l’a prouvé depuis longtemps, peuvent s’entraîner à peu près partout : Deauville, La Teste… Chantilly ! Mais je reste persuadé qu’il n’y a pas meilleur endroit pour entraîner que Chantilly. Donc pour moi, le fait que seuls trois chevaux au départ de cette course soient entraînés à Chantilly ne remet pas tout en cause. Il y a des années comme ça… »