Girl power

Courses / 20.06.2022

Girl power

En février 2020, nous avions appelé Rachael Blackmore, jockey irlandaise qui venait de remporter deux Grs1 à Leopardstown et qui s’apprêtait à conquérir Cheltenham et le cœur de tous les passionnés d’obstacle. Elle nous disait : « Je crois que ce n’est qu’une question de temps avant que nous ne voyions une Hollie Doyle monter et gagner de très grandes courses. Elle est un jockey exceptionnel. » Rachael ne se trompait pas… Un peu plus de deux ans plus tard, c’est une Hollie Doyle classique que nous appelons…

Par Anne-Louise Echevin

En route pour Windsor

Hollie Doyle avait laissé exploser sa joie et sa rage au passage du poteau du Prix de Diane Longines (Gr1). Le petit bout de femme – 1m52 ! – s’est imposé devant quelques-uns des jockeys les plus expérimentés et respectés du monde : Gérald Mossé, 55 ans, Christophe Soumillon, 41 ans, et Olivier Peslier, 49 ans. Amusez-vous à compter le nombre de Grs1 cumulés qu’ils ont gagnés… Mais Hollie Doyle a les pieds sur terre : elle nous répond sur la route de la traditionnelle semi-nocturne du lundi du charmant hippodrome de Windsor : « Nous sommes rentrés tout de suite après la course… Ce fut assez calme : nous avons regardé la course, dîné et sommes allés au lit ! Au moment où je vous parle, je suis en route pour monter à Windsor. C’est un jour normal. Je vis les choses sur le moment et, depuis, j’ai été assez occupée. J’ai vraiment beaucoup de gratitude ! »

La course parfaite

Hollie Doyle, réputée pour sa capacité à juger les rythmes de course, a monté la course parfaite dans le Diane : profiter d’un bon numéro de corde pour rester en bonne position sans pour autant brûler toutes ses cartouches en fonçant en tête. Et Gérald Mossé, en selle sur La Parisienne (Zarak), a dû s’avouer vaincu – tout en la félicitant tout de suite au passage du poteau : « Quand La Parisienne est venue m’attaquer, cela a poussé ma pouliche. C’est finalement la première fois qu’elle a été attaquée ainsi durant une course : lors de ses précédentes victoires, elle avait gagné de loin et elle n’avait finalement jamais eu à lutter. C’était donc un petit point d’interrogation et elle a parfaitement répondu hier [lire dimanche, ndlr]. Elle est vraiment détendue, elle a un excellent caractère. Elle est partie dimanche matin en avion, elle a parfaitement géré cela. C’est assez incroyable pour une pouliche qui, finalement, a peu couru. C’est un rêve de gagner un classique. N’importe quel jockey rêve de tomber sur un cheval pouvant offrir une victoire à ce niveau et j’ai eu cette chance de tomber sur Nashwa à ce stade de ma carrière. J’ai été très agréablement surprise de la réception du public de Chantilly ! J’aurais attendu un tel accueil pour un entraîneur et un jockey français mais pas forcément pour moi. Vraiment, j’ai adoré l’accueil des spectateurs présents en France et leur enthousiasme quand j’ai récupéré le trophée : c’est aussi pour cela que c’est le meilleur moment de ma carrière. »

Quand Imad Al Sagar lui fait confiance…

Nashwa (Frankel), la gagnante du Diane, est une représentante d’Imad Al Sagar. Le propriétaire koweïtien a offert à la jeune femme un contrat de première monte en juillet 2020 : Hollie Doyle faisait déjà beaucoup parler d’elle, à grands coups de trois et de quatre et elle venait tout juste de remporter son premier Groupe : les Tattersalls Stakes (Gr2), avec Dame Malliot (Frankel)… Mais elle a franchi encore plusieurs caps depuis : un mois après avoir signé ce contrat, elle est devenue la première femme jockey à réaliser un coup de cinq, à Windsor. Au mois d’octobre 2020, elle remporte son premier Gr1, le British Champion Sprint (Gr1) pour son patron, Archie Watson.

Imad Al Sagar aurait pu chercher un jockey plus expérimenté : il a changé la vie d’Hollie Doyle. « Oui, j’ai été surprise quand il m’a proposé cela ! C’est une incroyable chance quand on est aussi jeune et, surtout, c’était vraiment un grand bonheur que l’on me voie comme un jockey capable d’être premier jockey, pas juste comme une femme jockey. Le contrat avec M. Al Sagar m’a ouvert énormément d’options : je monte pour des entraîneurs comme John Gosden, Roger Charlton… J’ai pu mieux les connaître et cela a donné un vrai envol à ma carrière, en finalement peu de temps. J’ai gagné un Gr1 en Angleterre et en France, j’ai monté dans beaucoup de pays : on rêve de cela quand on commence, évidemment, mais on ne sait pas si le rêve va se concrétiser. J’ai eu cette chance de voir les portes s’ouvrir. »

Jockey sinon rien !

Hollie Doyle a été biberonnée aux courses. Et, depuis toujours, elle n’a eu qu’une idée en tête : devenir jockey. C’était une évidence : « Mon père était jockey d’obstacle, ma mère montait des pur-sang arabes de course [à l’époque, il n’y avait pas de jockeys professionnels dans les courses de pur-sang arabes, ndlr]. J’ai donc grandi dans cet univers et ils m’ont mis le pied à l’étrier. J’ai toujours voulu être jockey, il n’y avait pas de plan B. On me disait de réfléchir, d’aller à l’école et de monter en course en tant qu’amateur mais je voulais être jockey. Et j’ai réussi fort heureusement, j’étais un désastre à l’école ! »

Hollie Doyle passe par l’école des courses de poneys : elle y rencontrera Tom Marquand, qui est lui non issu du sérail et qui deviendra son mari. Elle sera aussi cavalière, le temps de finir l’école. Mais une fois l’école finie, elle travaille pour devenir jockey professionnelle : « J’ai travaillé d’abord chez David Egan, qui m’a donné de bonnes premières bases, j’ai appris beaucoup. Puis j’ai rejoint l’écurie de Richard Hannon : il a fallu progresser vite et mon passage là-bas a rendu mon travail aujourd’hui plus facile. Je monte depuis quelques années chez Archie Watson et d’ailleurs, grâce à lui, j’ai pas mal monté en France. J’ai aussi fait un passage en Californie, à Santa Anita. J’avais 17 ou 18 ans. C’est une excellente école mais, avec le recul, je pense que j’y suis allée trop tôt dans ma carrière : j’y ai appris beaucoup de choses mais je crois que je n’avais pas encore le niveau à l’époque pour y aller. J’aimerais beaucoup y retourner : il faut juste trouver le temps ! »

Petite… mais costaud !

Hollie Doyle mesure 1m52, pour 50 kg. Mais attention : beaucoup d’entre nous ne tiendraient pas un quart de seconde au bras de fer avec elle. Elle avait fait une émission où elle expliquait quelques-uns de ses exercices d’entraînement. Hollie Doyle peut soulever des haltères de plus de 100 kg, elle peut quasiment sauter sa hauteur… On dit qu’il vaut mieux être petit pour être jockey mais elle a vite compris que sa petite taille n’était pas forcément un immense avantage. Là où beaucoup de jockeys ne peuvent pas se permettre de prendre de la masse musculaire, la petite Hollie n’a eu d’autre choix que de la développer pour tenir le choc : « J’ai toujours été très petite et légère. J’ai rapidement compris que, si je voulais monter en course, il fallait que je prenne de la force pour pouvoir me mesurer aux autres. Et cela n’est pas vraiment lié au fait que je sois une femme, mais vraiment à ma taille. J’ai toujours pensé ainsi et je travaille beaucoup pour progresser : c’est ce qui me fait avancer. Un certain nombre de jockeys, qui sont grands, doivent travailler autour de leur poids. Je dois travailler sur ma force : en étant beaucoup plus petite que beaucoup de gens, ma force vient de façon moins naturelle. Je dois me "fabriquer", en quelque sorte. Quand j’ai commencé, je voulais monter des gagnants avant tout : j’ai réalisé que je devais travailler physiquement pour mieux monter. Je veux toujours monter des gagnants… et surtout au plus haut niveau ! »

Un modèle

Hollie Doyle fait la Une à chacune de ses grandes victoires ou à chaque nouveau record qu’elle établit pour une femme jockey, tout comme Rachael Blackmore en obstacle. Cette dernière n’aime pas forcément qu’on la ramène à son statut de femme même si elle comprend l’attention qui lui est portée. Hollie Doyle est dans un état d’esprit similaire : mais si elle a été élue sportive de l’année par le Sunday Times et est arrivée à la troisième place de la personnalité sportive de l’année de la BBC la même année, c’est parce qu’elle brise les plafonds de verre. Le Diane est une nouvelle étape et Hollie Doyle a conscience de ce que cela peut représenter : « J’ai une vision assez similaire à celle de Rachael. Je suis jockey avant tout, pas femme jockey. Mais j’espère que ce que je fais peut encourager de jeunes femmes ou de jeunes garçons à se lancer dans les courses, à se dire qu’ils peuvent aussi y arriver : une fois en course, nous sommes tous les mêmes… »

Hollie Doyle est désormais classique… Mais avec encore des rêves plein la tête : « Un Derby, un titre de champion jockey… » Et elle peut très bien y arriver.

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