Günther Schmidt, le transporteur qui a gagné à Royal Ascot

International / 23.06.2022

Günther Schmidt, le transporteur qui a gagné à Royal Ascot

Günther Schmidt, le transporteur qui a gagné à Royal Ascot

Vous avez forcément croisé ses camions sur le parking des ventes ou sur une route de Normandie. L’Allemand Günther Schmidt (Taxi4horses) est aussi un éleveur passionné à qui la France réussit énormément.

Par Adrien Cugnasse

Comme beaucoup d’acteurs de notre secteur, Günther Schmidt est affecté par les événements politiques récents. À l’image du Brexit (qui complique fortement son activité) ou encore de la guerre en Ukraine. Il n’a d’ailleurs pas hésité à peindre en lettres rouges sur son véhicule : "War is bullshit. Everywhere." Durant la période du Covid, par solidarité, il a sponsorisé deux Listeds en Allemagne. Mais aussi deux épreuves non black types en Irlande. Mais cet Allemand a tout de même des raisons d’être heureux en ces temps troublés. Claymore (New Bay), son élève, a en effet remporté les Hampton Court Stakes (Gr3). Günther Schmidt réagit : « Gagner un Groupe à Royal Ascot, c’est un sentiment incroyable. Cette sensation, ce n’est comparable avec rien d’autre. Surtout que c’est aussi mon premier Groupe en tant qu’éleveur. J’ai encore du mal à m’en remettre... En Angleterre, toutes les planètes se sont alignées. Et Claymore a gagné. Dans la Poule d’Essai, au contraire, tout s’était mal passé. Avec un mauvais numéro à la corde, la tactique d’aller devant s’est révélée catastrophique. Par bonheur, il n’a pas été affecté par cette expérience et on a pu voir ce qu’il valait vraiment à Royal Ascot… » Son entraîneur a déclaré au TDN qu’il visait désormais les York Stakes (Gr2) le 23 juillet.

Sa stratégie d’éleveur sans sol

« J’ai acheté la mère à l’amiable auprès du Gestüt Etzean qui est l’un de mes gros clients. C’est une belle jument, par High Chaparral (Sadler’s Wells), avec mère placée de Groupe en Angleterre. Par ailleurs, elle est particulièrement fertile. Lors du croisement, que ma femme a conçu, New Bay (Dubawi) n’avait pas encore la célébrité qu’on lui connaît aujourd’hui. Mais nous voulions un fils de Dubawi (Dubai Mellennium) : je pense d’ailleurs que beaucoup de ses fils vont réussir au haras, plus que ceux de Galileo par exemple. Ballylinch, où New Bay fait la monte, est l’un de mes clients pour le transport. Et grâce à eux, nous avons pu avoir un foal sharing. New Bay commençait à montrer une certaine réussite au haras. Mais sur le ring, il n’a eu qu’une seule enchère chez Arqana. Sa visite vétérinaire était parfaite et il était beaucoup sorti. Malgré la déception du prix – 5.000 € –, nous l’avons vendu, car nous ne gardons pas les mâles. Une réelle déception mais peut-être aussi un mal pour un bien. Car s’il n’était pas arrivé chez Jane Chapple-Hyam, aurait-il connu la même réussite ? Ce n’est pas du tout certain... Et tout ce qui se passe aujourd’hui, ce n’est que du bonheur. Les chevaux, ce n’est pas une activité nécessaire à l’existence. C’est une passion. Alors, autant le faire avec soin, en ayant le souci du travail bien fait. Il faut leur donner les meilleures conditions pour s’épanouir. » Claymore a été vendu chez Arqana par le haras d’Ombreville. Mais il a été élevé au haras du château de Rabodanges et Jennifer Lévêque nous a expliqué : « Markus Munch nous a confié des juments et nous avons élevé la bonne Spectre (Siyouni) pour son compte. C’est grâce à lui – et à Valentine Bulthoff – que plusieurs clients allemands, comme Erich Schwaiger, ont commencé à nous faire confiance. Et c’est aussi le cas de Günther Schmidt. Avoir élevé un tel cheval pour un client, c’est formidable ! C’est la récompense de tous les efforts que nous avons entrepris, de l’alimentation jusqu’aux installations… »

La passion familiale

Günther Schmidt poursuit : « Mon père a commencé à avoir des galopeurs les années 1950. Il a acheté un haras en 1972 et j’ai donc grandi là-bas. Mais jusqu’en 2003, je travaillais dans l’immobilier. J’ai alors décidé de vivre de ma passion du cheval en créant Taxi4horses.

Au départ, j’essayais d’élever pour gagner de l’argent et ça ne marchait pas. Depuis que j’ai abandonné l’idée de faire profit, c’est assez incroyable : j’ai commencé à gagner de l’argent ! Il est important de connaître ses limites, son budget et de payer ses factures. Si je peux vendre, je vends. Mais je n’ai pas de problème pour faire courir certains. Nous essayons de garder des femelles. En 2022, nous avons un beau yearling mâle par Zarak, un autre mâle par Ulysses et l’une des dernières filles de Manduro.

J’ai huit juments, dont deux en association. Quatre en France et quatre en Allemagne. J’ai commencé à élever en France en 2008. Kensai (Jukebox Jury), né en 2014, a été mon premier gagnant français en remportant une classe 2. Il s’est classé quatrième du Prix la Force (Gr3).

Maxim (Maxios), né en 2015, a été le premier lauréat de Maxios (Monsun) sur les obstacles français ! Issue du même père, La Merveille (Maxios) est chez Gabriel Leenders sous mes couleurs. C’est Philip Prévost Baratte, toujours de bon conseil, qui m’a fait rencontrer ce très bon professionnel. »

Une France de plus en plus attractive

« Si je compare avec ce qui se passe en Allemagne, je trouve que la France fait beaucoup plus d’efforts pour ses éleveurs et ses propriétaires. Tout est plus professionnel. Le simple fait d’avoir une carte gratuite pour entrer et se garer sur les hippodromes… c’est quelque chose qui n’existe pas en Allemagne. Ce matin, j’ai vu sur mon compte France Galop que la victoire de Claymore m’avait donné droit à des primes à l’éleveur. Quelle bonne surprise !

Mon activité de transporteur me permet d’être un témoin privilégié de l’évolution de la filière. En l’espace de deux décennies, j’ai vu la France devenir nettement plus attractive. Les équipes dans les haras français sont de plus en plus jeunes et internationales. C’est un grand changement.

D’une manière plus générale, la Normandie est une région très attractive : la mer, l’architecture... c’est vraiment un endroit où l’on a envie d’aller. Le fait que la terre soit moins chère que dans d’autres régions d’élevage est aussi un avantage. Cela permet d’avoir une densité d’animaux par hectare plus faible. 

Le cœur de mon activité, c’est conduire les juments allemandes à la saillie à l’étranger. On voit que l’Angleterre attire moins depuis le Brexit. L’Irlande reste stable. Mais la France attire plus. En Allemagne, seulement 700 poulinières vont à la saillie tous les ans. Mais 90 % de celles qui vont hors du pays passent par nous. Je pense avoir transporté presque la totalité des bonnes juments du pays au moins une fois ! Au total nous faisons voyager 4.000 chevaux tous les ans.

L’Allemagne représente peu de naissances. Mais les résultats sont proportionnellement très élevés. Le fait d’élever des chevaux solides, sains et pas uniquement précoces... c’est important. En Allemagne, les prix de pension à l’entraînement sont presque les mêmes qu’en France. Mais les allocations représentent 30 % de celles de la France. Aussi, quand vous élevez, vous n’avez pas d’autre choix que de viser la qualité et les courses de sélection… »