LE GARDIEN DES PISTES

Autres informations / 17.06.2022

LE GARDIEN DES PISTES

LE GARDIEN DES PISTES

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris, vendredi matin, le décès de Matthieu Vincent, à l’âge de 56 ans des suites d’une maladie foudroyante. Arrivé à France Galop en 1998 après dix ans à gérer les pistes de Lyon, il était l’une des personnalités incontournables de Chantilly, puis de l’ensemble des hippodromes et centres d’entraînement parisiens. Sa silhouette était bien connue de tous : le matin sur les pistes, avec bottes, parka et parfois son béret, puis l’après-midi aux courses, cette fois en costume et cravate. Ou veste en tweed, voire manteau chaud, selon la saison : il a vu naître et a géré la P.S.F. de Chantilly. Matthieu Vincent a été l’ange gardien des pistes, qu’elles soient de gazon, de sable ou de woodchip. Avec, au cœur des préoccupations, la santé et la sécurité des chevaux.

En 2018, avant le Jockey Club, Matthieu Vincent nous avait résumé sa philosophie en quelques mots : « La piste, c’est un sacerdoce ! J’ai la chance de travailler avec des personnes très attachées à la piste. C’est sacré. Et pour avoir une belle piste, c’est une attention de tous les jours, une rigueur… Ce n’est pas en restant derrière un ordinateur que l’on y arrive. Il faut mettre ses bottes, prendre sa canne, et la marcher, la sentir, pour la connaître. Depuis vingt ans que je suis ici, je crois pouvoir dire que j’en connais chaque cm² ! »

Originaire de Senlis, Matthieu Vincent a fait ses études à la CCI Paris Île-de-France (école TECOMAH), un établissement d’enseignement consacré aux métiers de la valorisation des espaces paysagers, naturels et urbains. Il est diplômé en 1988 et part quelques mois en Australie. De retour en France, il prend les commandes du centre d’entraînement et de l’hippodrome de Lyon, où il restera près de dix ans.

En 1998, Matthieu Vincent rejoint France Galop et prend la direction du centre d’entraînement et de l’hippodrome de Chantilly, qu’il entreprend de moderniser. Il a été à l’initiative de nombreuses réalisations pour améliorer les infrastructures, d’entraînement comme de course. Pendant la fermeture de Longchamp (2016 et 2017), il doit gérer deux week-ends d’Arc de Triomphe sur l’hippodrome de Chantilly. En 2018, Matthieu Vincent, en plus de Chantilly, prend la tête des centres d’entraînement et hippodromes de Deauville et de Maisons-Laffitte. En 2020, il confirme être l’un des hommes forts de France Galop, prenant la direction globale des hippodromes et centres d’entraînement de France Galop.

Leader et formateur

Ce sont ses collaborateurs qui parlent le mieux de celui qui était leur patron mais aussi leur ami, un modèle. Leurs mots sont éloquents : tous mettent en avant son rôle de leader, de formateur, de transmetteur, d’innovateur…

Des projets et des défis, Matthieu Vincent en a relevé : il y a eu la gestion des deux Arcs à Chantilly, mais aussi la P.S.F. au centre de l’hippodrome des princes de Condé. Il y a eu des travaux et aménagements sur les pistes parisiennes : à Auteuil pour améliorer la souplesse et la régularité et, sur les hippodromes de plat, pour améliorer la résistance des gazons. Les pistes de Longchamp, Deauville et Chantilly sont passées aux engrais bio. Matthieu Vincent, avec Charles de Cordon, a aussi innové pour la piste de Longchamp lors du week-end de l’Arc, elle qui a été victime de déluges à ce moment, de manière à l’améliorer en cas de pluies importantes… Il a aussi œuvré à la mise en place du Going Stick.

Au-delà des centres d’entraînement et hippodromes dits parisiens, il a toujours été disponible pour apporter son aide à d’autres pistes en France. Il a d’ailleurs été nommé "référent P.S.F. national" par France Galop en mars 2021. Matthieu Vincent, avec ses équipes, a aussi eu à cœur de mettre en avant les courses et l’entraînement, que ce soit via des journées portes ouvertes sur le centre d’entraînement de Chantilly ou l’organisation de la journée "Oh ! Courses", laquelle reviendra le 2 juillet.

L’émotion ressentie dans la France hippique est proportionnelle à l’onde de choc créée par cette terrible nouvelle. Elle s’étend au-delà de nos frontières, Matthieu Vincent ayant été un guide et un référent pour bon nombre de professionnels ou journalistes étrangers de passage en France. À son épouse, Sophie, à ses enfants Pauline, Constance, Camille, Pierre et Charles-Étienne, à toute sa famille et à ses proches, la rédaction de Jour de Galop adresse ses condoléances émues.

Ils lui rendent hommage

Olivier Delloye : « Il était plus qu’un pilier pour France Galop, il était l’âme de nos hippodromes et centres d’entraînement… »

Olivier Delloye, directeur général de France Galop : « Mes pensées vont d’abord à Sophie, son épouse, et ses enfants. Matthieu était fier de sa belle et nombreuse famille qui l’a si bien soutenu et accompagné depuis l’annonce de sa maladie.

Matthieu nous a impressionnés dans son combat. Je n’étais pas surpris de le voir se battre avec l’énergie et la détermination qui le caractérisaient, mais il a forcé mon admiration tout au long de ces derniers mois, sachant encore trouver le "positif" en toute circonstance et rassembler ce qui lui restait de forces pour aller à la rencontre et au soutien de ses "lieutenants". Il nous a donné, avec Sophie, une formidable leçon de vie.

Tous ceux qui ont côtoyé Matthieu reconnaissent ses immenses qualités professionnelles. Personnellement, je mesurais ma chance de pouvoir compter sur lui : il n’était pas qu’un excellent technicien, c’était un véritable leader, un meneur d’hommes, un vrai "chef", écouté, respecté, jamais autoritaire mais sachant s’imposer par ses compétences, sa vision claire, beaucoup de pédagogie et une ténacité remarquable.

Son expérience, sa carrure et son sang-froid le rendaient très sûr dans ses jugements, même dans des situations de forte pression. Matthieu était plus qu’un pilier pour France Galop, il était l’âme de nos hippodromes et centres d’entraînement, et de Chantilly en particulier, où il a œuvré avec succès pendant de nombreuses années.

En grand manager qu’il était, Matthieu avait cette qualité rare d’aimer et savoir transmettre ses connaissances et ses compétences. Rien ne comptait plus pour lui que de former les générations futures, de les armer pour prendre la relève et de continuer à améliorer la qualité de notre travail et du service rendu aux professionnels, que ce soit le matin sur les Aigles ou aux courses l’après-midi. Dimanche encore, j’ai eu la joie d’échanger avec lui autour de ses talents de "passeur". Ce jour-là, la piste du Jockey Club était au mieux de sa forme, il en était fier et heureux et je lui ai exprimé notre gratitude d’avoir su former une belle équipe, capable de poursuivre son travail avec la même exigence.

Matthieu était un passionné, un optimiste par nature, un travailleur infatigable, un grand sportif, un compétiteur, un de ceux avec qui on pouvait aller au front avec confiance. Ce fut un régal de travailler avec lui mais par-dessus tout, Matthieu était une belle personne. Il va laisser un grand vide mais je préfère me dire qu’il nous lègue une équipe talentueuse, engagée, bien formée et marquée durablement par le modèle qu’il incarnait.

Merci pour tout Matthieu. »

Marin Le Cour Grandmaison : « Il m’a tout appris. »

Marin Le Cour Grandmaison, responsable de l’hippodrome et du centre d’entraînement de Chantilly : « Nous avions fêté nos dix ans de collaboration ensemble. Si je suis là, c’est grâce à Matthieu. Il m’a formé, il m’a tout appris. C’était un super patron, très exigeant. Il mettait toujours en avant le sport de haut niveau : il fallait penser cheval, penser sécurité. Il avait une idée à la seconde. Elles pouvaient parfois sembler farfelues mais la réussite de la fibrée pour les courses au Stade de France, c’est lui. Une fibrée au centre de l’hippodrome de Chantilly, c’est grâce à lui aussi. L’organisation de deux Arcs de Triomphe à Chantilly… C’est grâce à un manager comme lui que cela est possible, avec des équipes prêtes à le suivre, prêtes à terrasser. Je l’ai vu samedi soir, avant le Jockey Club, et il m’a dit de ne pas m’inquiéter pour la piste, la gestion de l’arrosage. Que nous avions fait ce que nous savions faire le mieux et que cela irait. Et nous allons continuer de faire ce qu’il nous a appris. Je pense à toute sa famille, sa femme Sophie, ses enfants… »

Guillaume Flavigny : « Il aura marqué ma carrière. »

Guillaume Flavigny, responsable de l’hippodrome et du centre d’entraînement de Deauville-La Touque : « Même si je n’ai travaillé qu’une année avec lui, il aura marqué ma carrière. Il a été extraordinaire avec moi lorsqu’il m’a accompagné. Matthieu était quelqu’un qui savait faire confiance, quelqu’un de très exigeant. Les pistes et la satisfaction des socioprofessionnels étaient ses deux objectifs prioritaires. Matthieu restera un exemple pour moi. »

Charles de Cordon : « Matthieu ne nous a jamais lâchés, jusqu’au bout. »

Charles de Cordon, responsable piste et espaces verts courses de ParisLongchamp : « Matthieu m’a fait venir à France Galop. Comme moi, il était passé par la société des courses de Lyon. Je le connaissais depuis très longtemps, nous nous sommes toujours très bien entendus. Il a toujours pris soin de moi. Matthieu était l’un de mes deux pères spirituels, avec Olivier de Seyssel. C’est d’ailleurs lui qui m’a appelé ce matin… Ce sont des gens du terroir, qui avaient tout compris, qui s’entourent de jeunes et leur font confiance. Stricts, mais à l’écoute.

J’ai eu Matthieu au téléphone hier soir [lire jeudi, ndlr]. Il m’a appelé après la septième de ParisLongchamp : il m’a dit qu’il était super content, que la piste tenait bien malgré les conditions météorologiques. La huitième est partie, c’était un départ devant les tribunes et je lui ai dit d’écouter la ferveur du public quand les chevaux sont passés, avant de devoir raccrocher. Matthieu ne nous a jamais lâchés, jusqu’au bout. C’était quelqu’un de très innovant mais, quand il ne maîtrisait pas trop un sujet, il n’hésitait pas à faire appel à des consultants, à chercher des conseils. En deux ans, nous avions passé tous les engrais en bio, ce n’était pas une petite chose à réaliser ! À Lyon, avec quelques années d’écart, nous avons vécu des moments assez semblables. Matthieu était un superbe directeur, un homme de terrain, proche des entraîneurs. Il était à l’écoute tout en se faisant respecter. C’était quelqu’un de formidable. »

Édouard Boutolleau : « Un modèle, aussi bien dans la vie professionnelle que familiale. »

Édouard Boutolleau, responsable de l’exploitation des sites de Maisons-Laffitte et d’Auteuil : « Aujourd’hui, je viens de perdre mon ami, mon maître. Je suis profondément triste et bouleversé. Matthieu est l’homme qui a changé ma vie professionnelle, il a toujours cru en moi et je ne saurai jamais pourquoi. Sans lui, je ne sais pas où je serais aujourd’hui.

Pour moi, Matthieu est un modèle, aussi bien dans la vie professionnelle que familiale. Il est un grand technicien, un manager, un meneur d’hommes, avec toujours de l’empathie, de la bienveillance et de la disponibilité.

C’est aussi un homme de challenges, un vrai passionné du milieu des courses. Il n’arrêtait jamais, gardait toujours un œil partout. J’ai une énorme pensée pour sa femme, ses enfants, sa famille et ses proches.

Bon voyage Matthieu. Je suis sûr que vous surveillerez les pistes de là-haut. Merci pour tout. »

Franck Le Mestre : « Il a été une inspiration. »

Franck Le Mestre, directeur du Pôle international du cheval de Deauville, ancien directeur de l’hippodrome et du centre d’entraînement de Deauville et de Maisons-Laffitte : « Pour les gens de ma génération, Matthieu a été quelqu’un de très important. Je crois que, avec moi ou avec les autres responsables d’hippodrome, Matthieu a toujours eu à cœur de nous porter. Nous nous connaissions depuis longtemps, alors que j’étais au haras du Pin. Ce qui nous rapprochait, au-delà des courses, c’était la passion du cheval en général. Dans le monde des courses, il a été une inspiration. Je pense à sa femme, je pense à ses enfants. Je crois que tout le monde reconnaît ses qualités d’homme de cheval et qu’il a été reconnu et respecté par tous professionnellement. »

Alain Le Tutour : « Un passionné, un véritable homme de cheval. »

Alain Le Tutour, le directeur de l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer : « C’était quelqu’un avec qui je travaillais très régulièrement depuis que je suis à Cagnes-sur-Mer. Je l’appréciais beaucoup. Un passionné, un véritable homme de cheval. Nous échangions surtout à propos des pistes. Son avis comptait beaucoup. »

Nicolas Clément : « Un homme merveilleux, humainement comme professionnellement. »

« Nous perdons un homme merveilleux, humainement comme professionnellement. Il était reconnu par l’ensemble de la profession : comme formateur, comme technicien toujours très pointu. Matthieu était apprécié par tout le monde. C’est une immense perte. »

Alain de Royer Dupré : « Il a marqué Chantilly de son empreinte. »

« Nous l’avons beaucoup apprécié… Matthieu était très proche de nous, les entraîneurs. Dès que nous avions un souci, nous pouvions l’appeler en toute confiance. Il a su créer une ambiance très agréable autour de lui. C’est une terrible nouvelle. Dès le début, il a marqué Chantilly de son empreinte, il a appliqué de nouvelles règles, notamment pour les gazons. Chantilly a beaucoup évolué sous sa direction. Il y aura toujours des désaccords ici et là, surtout autour d’une piste, mais je crois que nous étions nombreux à apprécier son travail. Il organisait beaucoup de choses, il était assez ouvert. Je pense, dernièrement, à l’installation de la piste en woodchip, que certains entraîneurs ont demandée. Il avait donc participé à sa mise en place et je crois que ce fut un bel essai, qu’elle donnait satisfaction. »

Francis-Henri Graffard : « Par une approche moderne de son métier, il aura œuvré au développement de Chantilly. »

« C’est avec beaucoup de tristesse et d’émotion que j’ai appris ce matin le départ de Matthieu. Son professionnalisme l’avait rendu indispensable au bon fonctionnement des sites de France Galop. Mais c’est surtout Chantilly qui, aujourd’hui, est orpheline. Il était amoureux de la nature en général et de sa forêt cantilienne en particulier, et c’était toujours un plaisir d’échanger avec lui sur les problématiques de nos métiers. Très à l’écoute de nous, les entraîneurs, apportant toujours des solutions, il avait aussi l’art de composer avec nos exigences, nos ego, nos humeurs. Par une approche moderne de son métier, il aura œuvré au développement de Chantilly. Homme de grande valeur pour lequel j’avais beaucoup de respect, j’ai une pensée très chaleureuse pour sa famille ainsi que pour son équipe. »