Le temps presse

Courses / 30.06.2022

Le temps presse

Par Kevin Nicolle, rédacteur/pronostiqueur chez Zeturf

« En lisant l’éditorial de Mayeul Caire dans l’édition de Jour de Galop datée de jeudi 30 juin, je me suis en grande partie (pour ne pas dire totalement) retrouvé dans ses propos. L’occasion et l’envie pour moi d’apporter ma pierre à l’édifice, car s’il y a bien un sujet central à l’heure actuelle pour les courses (peu importe la discipline), c’est celui du remplissage de nos hippodromes. 

Pour ceux qui ne s’y sont pas trop intéressés ou n’ont pas lu À quoi jouent les hommes ? de Christophe Donner (lecture impérative), la culture hippique s’est ancrée en France bien après nos voisins britanniques, qui au fil du temps l’ont gardée comme l’un de leurs emblèmes nationaux, en grande partie aussi grâce à la passion de la reine Elizabeth pour les courses hippiques, considérées comme un sport à part entière, même si la passion tend à décliner ces dernières années outre-Manche, les meetings de Cheltenham, d’Ascot ou de Goodwood servant un peu à masquer ce phénomène. 

Chez nous, après un âge d’or, le virage vers la modernité a été quelque peu manqué et le milieu hippique, après être resté longtemps sur ses acquis et s’être reposé sur ses lauriers, peine maintenant à séduire un nouveau public, étant de surcroît peu à peu délaissé par les media mainstream, qui ne daignent en parler le plus souvent qu’en cas de faits divers, scandales sexuels ou affaires de dopage, ce qui veut dire beaucoup de choses. 

Si la province reste tout de même une base solide, les champs de course étant toujours fréquentés assidûment, c’est surtout à Paris que le désamour des hippodromes est le plus visible, en dehors des grosses réunions qui elles-mêmes perdent en affluence. L’évolution de la société, des modes de consommation, de la diffusion des courses elle-même, a contribué à cela. Les JeuXdis l’ont pourtant prouvé depuis leur création (même si les enjeux peinent à suivre diront les esprits chagrin), l’événementialisation des courses est un passage obligé, indispensable pour leur survie. Elles doivent aller vers les gens plutôt que les attendre. Se rendre visibles et être mises en valeur au maximum. 

D’un point de vue purement sportif, pourquoi ne pas se rapprocher du modèle britannique en créant des mini-meetings (comme celui de Craon, toujours plébiscité) autour de nos plus belles affiches, regrouper comme à Epsom les Prix de Diane et du Jockey Club en un seul week-end comme on sait le faire à Auteuil pour la Grande Course de Haies et le Grand Steeple ? De même à Saint-Cloud, qui est un magnifique endroit et mérite davantage de public avec deux ou trois jours de programme autour du Grand Prix.

L’attractivité sur la piste, mais aussi en dehors, sur l’hippodrome, devient également primordiale, qu'il s’agisse d’activités diverses à généraliser (le meeting deauvillais est un modèle à suivre pour cela), ou de points de restauration variés, de qualité et à prix raisonnable pour tout le monde. Chacun doit y trouver son compte. 

Le concept des JeuXdis est une réussite et doit être exporté à d’autres hippodromes, pour fidéliser un minimum le public. Vous ne trouverez pas un seul jockey pour vous dire qu’il n’est pas heureux d’entendre la foule l’encourager, même s’il s’agit d’un réclamer. La déclaration de Gérald Mossé à ce sujet il y a quelques semaines était vraiment représentative de l’état d’esprit général. Ils ne demandent que ça, croyez-le bien ! D’autres biais pour attirer du public, comme des réunions à thème (comme cela se fait à Vincennes sur certaines nocturnes), est aussi une piste à explorer. 

Ce ne sont là que quelques idées, les possibilités sont nombreuses et variées, et en cela, l’allocation d’un budget alloué à l’attractivité et à la promotion des champs de course aurait beaucoup de sens et doit réellement être envisagé si l’on espère créer un effet boule de neige, inciter plus de personnes à venir aux courses, puis éventuellement à investir dans le milieu hippique. Chacun y gagnerait, et il y a quelques signaux qui montrent qu’il est vraiment possible d’inverser la tendance, avec un peu de bonne volonté et d’ambition. »

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