Les grands duels de l’été

Courses / 21.06.2022

Les grands duels de l’été

Il reste encore les Derby et les Oaks d’Irlande et d’Allemagne… Mais la saison classique touche à sa fin, et les premiers grands rendez-vous intergénérationnels arrivent ! Vous êtes déjà nostalgique des frissons classiques ? Fermez les yeux, voici ce qui vous attend ces prochaines semaines…

Par Anne-Louise Echevin

Eclipse Stakes - 2 juillet à Sandown

Vadeni vs Native Trail

Le gagnant du Qatar Prix du Jockey Club (Gr1) vs le lauréat des 2.000 Guinées irlandaises et meilleur 2ans européen l’an passé… Ce sont deux 3ans assez exceptionnels qui pourraient se rencontrer dans les Eclipse Stakes (Gr1), sur les 2.000m de Sandown, face à des "vieux" qui ne se laisseront pas faire. Il s’agit de Vadeni (Churchill) et Native Trail (Oasis Dream), tous deux made in France.

Le duel

Physiquement, les deux n’ont rien à voir : Vadeni est élégant, pas très imposant. Native Trail est un colosse. Le style n’a rien à voir non plus : avec Vadeni, on retrouve une grosse pointe de vitesse, là où Native Trail est plus déménageur. Deux poulains, deux façons de faire.

Au-delà du duel, la supplémentation de Vadeni dans les Eclipse serait un vrai événement. On entend souvent que les Français boudent les grandes courses britanniques de l’été. Schéma classique : un printemps actif, pause l’été pour les chevaux de 2.000m et plus ou rentrée à Deauville, puis direction les Grs1 du second semestre. D’ailleurs, pour retrouver la dernière victoire française dans les Eclipse, il faut remonter à… 1960 ! Cette année-là, les Eclipse étaient remportées par Javelot, entraîné par Percy Carter, qui succédait à un autre français, Saint Crespin, entraîné par Alec Head. Le dernier partant français dans le Gr1 a été Diamond Green (Green Desert), dernier en 2005. On note que Tryptich (Riverman) s’était classée troisième en 1988 et Arcangues (Sagace) avait pris la sixième place en 1993.

L’arbitre

Mishriff (Dubawi) pourrait faire son retour en piste dans les Eclipse : le pensionnaire de John et Thady Gosden, en vue de sa rentrée, a effectué un galop sur le July course de Newmarket le 18 juin dernier, lui qui n’a pas été revu depuis sa dernière place dans la Saudi Cup (Gr1). Un point d’interrogation est Desert Crown (Nathaniel), le gagnant du Derby d’Epsom (Gr1). Après sa victoire à Epsom, son entourage a dit qu’il avait assez de vitesse pour faire les 2.000m et, en vue d’une carrière d’étalon, il faudra peut-être tenter sa chance sur la distance…

Qatar Sussex Stakes - 27 juillet à Goodwood

Baaeed vs Coroebus

Royal Ascot, avec les St James’s Palace Stakes – et les Coronation Stakes (Grs1) – signaient la fin des Grs1 pour seuls 3ans sur le mile. Désormais, sauf raccourcissement sur 1.400m dans le Jean Prat (Gr1), il faudra affronter les aînés ! Et le premier clash intergénérationnel sur la distance aura lieu à la fin du mois de juillet, dans les Qatar Sussex Stakes (Gr1) sur un mile "coulant" : Goodwood, qui demande beaucoup de vitesse.

Le duel

Baaeed (Sea the Stars), l’invaincu champion des 4ans et plus sur le mile et meilleur cheval du monde aux ratings internationaux, face à Coroebus (Dubawi), gagnant des 2.000 Guinées de Newmarket et des St James’s Palace Stakes (Gr1) : sur le papier, c’est splendide. Les esprits les plus critiques diront que les deux n’ont pas forcément réalisé ce que l’on attendait d’eux à Royal Ascot : Baaeed ne s’est pas imposé "à la Frankel" par cinq longueurs et Coroebus a gagné de justesse. Mais on ne peut pas les juger sur le simple écart à l’arrivée. Baaeed a fait ce qu’il avait à faire, ni plus, ni moins. Il a gagné en rigolant, ne versant pas une goutte de sueur. Coroebus, quant à lui, a déçu, au moins à chaud. Le condamner sur cette course – qu’il a tout de même gagnée ! – serait une erreur : il n’a pas du tout aimé le déroulement puisque les St James’s se sont courus au trot ! Les Sussex pourraient être la seule chance de voir les deux champions s’affronter puisque Baaeed a des chances d’être ensuite rallongé sur 2.000m pour les International Stakes (Gr1).

L’arbitre

Peut-être Maljoom (Caravaggio), impressionnant dans les 2.000 Guinées allemandes (Gr2) et qui a fini en boulet de canon après avoir eu tous les malheurs du monde dans les St James’s. Problème : il n’est pas engagé. Mais William Haggas souhaite le garder sur le mile et il n’a pas beaucoup d’options dans l’immédiat : ce sont les Sussex (avec supplémentation) ou le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois sur la ligne droite, ce qu’il ne connaît pas. L’une des attractions de la course sera le japonais Bathrat Leon (Kizuna), gagnant du Godolphin Mile (Gr2). Le pensionnaire de Yoshito Yahagi doit passer par les Sussex avant de venir à Deauville pour le Jacques Le Marois.

King George VI and Queen Elizabeth Stakes - 23 juillet à Ascot

Desert Crown vs Emily Upjohn

L’Arc d’été pourrait être le théâtre d’un affrontement ultra-classique : Sir Michael Stoute, recordman de l’épreuve avec six victoires, versus John (et Thady) Gosden, qui y comptent cinq succès. Ultra-classique avec deux 3ans qui ont été vus à Epsom : Desert Crown, gagnant du Derby, et Emily Upjohn (Sea the Stars), deuxième malheureuse des Oaks (Gr1).

Le duel

Desert Crown et Emily Upjohn ont tous deux fait grosse impression à Epsom : la montée finale a tendance à couper les jambes mais les deux l’ont avalée dans une action assez formidable. John Gosden a remporté trois de ses cinq King George avec des 3ans : Nathaniel (Galileo), Taghrooda (Sea the Stars) et Enable (Nathaniel), cette dernière l’emportant aussi à 5 et 6ans. Pour Sir Michael Stoute, cinq de ses six victoires ont été acquises avec des chevaux d’âge. Un seul 3ans donc… mais quel 3ans : Shergar ! Il a évidemment été demandé à l’entraîneur de situer Desert Crown par rapport au crack Aga Khan et la réponse – logique – était que Desert Crown n’était pas encore au niveau de Shergar. Le "encore" peut dire beaucoup de choses. La question avec Desert Crown est la marge : le Derby n’était que sa troisième course. Emily Upjohn, quant à elle, disputait sa quatrième sortie dans les Oaks. Son entourage a cependant une option plus facile à disposition : les Irish Oaks (Gr1). La présence des deux 3ans ferait cependant beaucoup de bien aux King George 2022 car, chez les chevaux d’âge sur 2.400m, il y a tout de même beaucoup de points d’interrogation. Et l’avantage au poids pour les 3ans est non négligeable (5 kg).

L’arbitre

Le tenant du titre, Adayar (Frankel), n’a pas été revu depuis sa cinquième place dans les Champion Stakes (Gr1). Sa rentrée ne cesse d’être repoussée : annoncé à Royal Ascot dans un premier temps, puis dans les Eclipse, il est désormais dirigé vers les King George… Mais où en est-il ? Hurricane Lane (Frankel) peut toujours le suppléer, comme il l’a fait dans les Hardwicke Stakes (Gr2). Il faudra cependant de la pluie. Quant à Torquator Tasso (Adlerflug), il a mal couru pour sa rentrée et il est difficile d’envisager un déplacement à Ascot sur cette performance.

Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois - 14 août à Deauville

Europe vs reste du monde

L’embouteillage dans le calendrier européen fait que le Marois est malheureusement souvent en opposition aux Sussex : dommage pour deux des plus beaux miles du monde ! Cette année cependant, l’écart entre les deux courses est de deux semaines et demie : la tentative de doublé est jouable.

Le duel

Les engagements du Marois ont lieu le 27 juillet et nous sommes un peu "à l’aveugle" mais de grandes lignes se dégagent. Coroebus est en ballotage entre les Sussex et le mile deauvillais : Charlie Appleby veut aller là où il y aura du rythme. Cela peut donner un avantage au Marois et à sa ligne droite, d’autant plus que le poulain a gagné les 2.000 Guinées de Newmarket, plutôt qu’aux Sussex, avec tournant et souvent en petit comité. Jean-Claude Rouget a parlé du Marois pour Erevann (Dubawi), le fils d’Ervedya (Siyouni). Il a encore beaucoup à prouver mais il y a eu des mots très forts après sa victoire dans le Prix Paul de Moussac (Gr3), dimanche dernier à Chantilly : Christophe Soumillon le pense au moins aussi bon, si ce n’est meilleur, que Vadeni. Erevann est né pour gagner un Marois, à lui de montrer qu’il a le niveau. Du côté des chevaux d’âge sur le mile, les Lockinge Stakes et les Queen Anne ont montré que, derrière Baaeed, qui devrait être rallongé, c’était bien creux… Et l’Ispahan n’a pas révélé de potentiel cheval de Marois.

Mais il n’y a pas de petit Marois et la course pourrait être un véritable grand événement international ! Après les Sussex, le japonais Bathrat Leon devrait venir à Deauville nous rendre visite. Et Alessandro Botti nous a confirmé que le gagnant de la Saudi Cup (Gr1), Emblem Road (Quality Road), va être préparé pour Deauville ! Il est difficile à situer, évidemment, mais il a le droit d’être un très bon poulain.

L’arbitre

Nous adorerions que John et Thady Gosden tentent leur chance avec Inspiral (Frankel), si impressionnante dans les Coronation Stakes (Gr1). Mais on penserait plutôt à la rallonger et il y a les Grs1 pour seules femelles comme les Falmouth ou les Nassau Stakes (Gr1)… Sur ce qu’elle a fait à Royal Ascot, n’y allons pas par quatre chemins : une pouliche comme elle doit courir face aux mâles, pour la beauté du sport et pour faire rêver ! Please, mister Gosden…

Pour l’histoire, une autre pouliche des Coronation pourrait être amusante dans le Marois : Discoveries (Mastercraftsman), gagnante des Moyglare l’an passé. Troisième à Royal Ascot, elle y trouvait peut-être un terrain un peu trop rapide, même si elle n’aimerait pas une piste souple. C’est une représentante de la famille Niarchos – d’où un vrai attachement au Marois –, elle est une propre sœur de gagnante de Marois (Alpha Centauri), d’une deuxième de Marois (Alpine Star), et descendante de gagnantes de Marois : East of the Moon (Private Account) et Miesque (Nureyev)…