Les pouliches dans le Derby, c’est une mission impossible… sauf en Irlande

International / 24.06.2022

Les pouliches dans le Derby, c’est une mission impossible… sauf en Irlande

Une pouliche qui prend l’ascendant sur les mâles dans un Derby, c’est une mission devenue quasi impossible de nos jours. Le seul pays européen (de premier plan) où cela semble encore réalisable… c’est l’Irlande. En France, la dernière lauréate du Prix du Jockey Club se nomme La Morinière (Lord Clive) et c’était en… 1900 !  Avec une nuance à apporter, Brumelli (Maintenon), élevée au Quesnay, a remporté en 1917 le Prix des Trois Ans. Pendant la Grande Guerre, cette course avait remplacé le classique.

En Angleterre, Fifinella (Polymelus) avait gagné une édition courue à Newmarket en 1916 (pour cause de guerre). Mais, pour retrouver une pouliche capable de battre les poulains à Epsom, il faut remonter en 1912 avec Tagalie (Cyllene). En Italie, Archidamia (Manna) avait réussi la quadruple couronne en 1936 : les deux Poules, les Oaks, le Derby. Avec en prime le Gran Premio d’Italia et le Grand Premio di Milano face aux chevaux d’âge !

1997, Borgia dans le Derby allemand

La dernière gagnante de Derby dans les cinq grands pays européens n’est autre que Borgia (Acatenango) en 1997 sous l’entraînement du maître Bruno Schütz, avec son fils Andreas comme assistant et Olivier Peslier en selle. À l’époque, on pouvait présenter une pouliche dans le Derby allemand car le Preis der Diana était programmé quatre semaines avant. Borgia était une vraie machine sur 2.400m. Sur les 2.200m de Mülheim, elle avait buté face à une pouliche dotée d’un brin de vitesse, Que Belle (Seattle Dancer). Dans le classique d’Hambourg, Borgia a ensuite battu Baroon (Rainbow Quest) à l’issue d’une monte aux petits oignons d’Olivier Peslier. Quelques mois plus tard, Borgia s’est classée troisième du Prix de l’Arc de Triomphe de Peintre Célèbre (Nureyev), prenant sa revanche sur Que Belle, neuvième deux grandes longueurs plus loin. Borgia était une jument de classe internationale et elle a terminé sa carrière à 5ans en remportant le Hong Kong Vase (Gr2 à l’époque) sous l’entraînement d’André Fabre.

Danedream n’était pas engagée

L’élevage allemand a produit une gagnante de Derby en puissance : Danedream (Lomitas). Malheureusement, cette dernière n’était pas engagée dans les classiques de son pays. Elle a cependant couru le Derby italien (le 7 mai, jour de son anniversaire), s’y classant troisième, et les Oaks d’Italie, où elle s’était promenée. La pensionnaire de Peter Schiergen n’était pas encore la championne que nous avons connue ensuite. Mais elle aurait pu battre le Deutsches Derby winner 2011 Waldpark (Dubawi). Trois semaines après ce classique, Danedream a remporté par cinq longueurs son premier Gr1, le Grosser Preis von Berlin, avec à la clé un rating 117, alors que Waldpark s’était imposé à Hambourg en 116. La suite de la carrière de Danedream on la connaît : Arc, King George et deux fois le Grosser Preis von Baden. Un rating de 128 à 3ans. Puis de 124 à 4ans. Tout bonnement extraordinaire.

Balanchine et Salsabil en Irlande

L’Irlande est le seul pays où gagner le Derby reste possible pour une pouliche. En France, il est périlleux de présenter une candidate au Diane sur 2.100m face aux poulains. En Angleterre, les deux classiques sont séparés d’un jour seulement. Alors qu’en Italie et en Allemagne, les Oaks se disputent un mois après le Derby. En Irlande, le Derby tombe trois semaines après les Oaks d’Epsom. Au niveau timing, c’est largement jouable. Balanchine (Storm Bird) avait gagné les Oaks en 1994. Au Curragh, elle affrontait le deuxième du Derby, King’s Theatre (Sadler’s Wells). Et elle lui avait mis quatre grandes longueurs. Avant la course, la pouliche avait un Racing Post Rating de 115 et le poulain de 125… Quatre ans auparavant, Salsabil (Sadler’s Wells) fut considérée comme une grande gagnante des Oaks avec 125 de rating. En Irlande, elle a rencontré les deux premiers du Derby Quest for Fame (Rainbow Quest) et Blue Stag (Sadler’s Wells), qui avaient respectivement 126 et 121. Au Curragh, elle a finalement devancé Deploy (Shirley Heights) et Belmez (El Gran Senor). Deux mâles qui avaient fait l’impasse sur Epsom.

Enable aurait pu le faire mais…

Une gagnante des Oaks aurait pu remporter l’Irish Derby sur la dernière décennie. Il s’agit d’Enable (Nathaniel). En 2017, elle avait pulvérisé l’opposition à Epsom, avec à la clé un rating de 120. Le Derby n’était pas d’un grand cru et à, quatre semaines d’écart, le coup était possible. Son entraîneur, John Gosden, avait Cracksman (Frankel) pour l’Irish Derby. Malheureux troisième à Epsom, Cracksman a donc aussi couru en Irlande. Et il s’est classé deuxième, à une encolure de Capri (Galileo). Gosden a donné à Enable deux semaines de récupération supplémentaires et elle a triomphé dans les Irish Oaks, avant de se promener dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1), les Yorkshire Oaks (Gr1) et le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).