Les six points clés pour comprendre la baisse du nombre de galopeurs en France

Magazine / 27.06.2022

Les six points clés pour comprendre la baisse du nombre de galopeurs en France

Les six points clés pour comprendre la baisse du nombre de galopeurs en France

Le nombre de chevaux à l’entraînement en France a baissé de 4,5 % entre juin 2021 et juin 2022. De façon plus fine, quelles catégories, quelles régions et quelles disciplines sont les plus concernées ? Et quelles solutions apporter ? Olivier Delloye, directeur général de France Galop, a répondu à nos questions.

Par Adrien Cugnasse

La régression des effectifs français est d’autant plus préoccupante qu’il s’agit de la seconde année de baisse consécutive. C’est une tendance qui n’est cependant pas que française. Entre 2018 et 2022, la France a perdu 5,6 % de ses chevaux à l’entraînement. En Grande-Bretagne, sur la même période, la décroissance est de 6 %. Au point qu’outre-Manche, il a récemment été proposé de retirer 300 courses "creuses" du programme, faisant naître un débat d’une rare âpreté… Car, qui dit moins de chevaux, dit moins de partants, donc moins d’enjeux. Nous n’en sommes pas encore là, mais cela peut aussi in fine se traduire par un réajustement des allocations. D’où l’inquiétude actuelle des élus.

Quelles sont les catégories concernées ?

Le galop français a perdu 743 chevaux depuis 2020, et 435 par rapport à 2021. Cependant, toutes les catégories ne sont pas affectées de la même manière. Les 2ans, par exemple, sont en décroissance de 4,8 % depuis juin 2021, soit une variation équivalente à la moyenne. En revanche, chez les 6ans et plus, la tendance est deux fois plus lourde : -8,7 %.

Olivier Delloye, directeur général de France Galop, nous a expliqué : « Une étude plus fine serait nécessaire mais il est vraisemblable que, chez les chevaux d’âge, la baisse touche plus fortement les petites valeurs handicaps. Dans un contexte post-Covid, le sujet est avant tout économique. Les propriétaires font leurs comptes et la situation est plus difficile pour eux. La période Covid, avec moins de courses et moins d’allocations, ne leur a pas permis de "réaliser" certains objectifs, qu’ils soient économiques ou sportifs [c’est donc d’autant moins d’argent ou de motivation pour réinvestir dans les pensions en 2022, ndlr]. Dès lors, les gens passent la main plus vite quand un cheval dispose de moins de perspectives. Les effectifs de 2ans se sont tenus l’année dernière. Mais ils sont eux aussi affectés cette année. »

Le Sud-Est et le Centre-Est les plus touchés

Tous les lieux d’entraînement français ne subissent pas la baisse de la même manière. Deauville, Maisons-Laffitte et le Sud-Ouest sont stables ou en légère croissance. Chantilly et l’Ouest enregistrent une baisse conforme à la moyenne nationale. Deux régions connaissent une situation plus délicate. Le Sud-Est a perdu près de 100 chevaux (-18,1 %). Or il n’a échappé à personne que plusieurs entraîneurs importants de Calas ont perdu leurs agréments. Dans ce genre de situation, tous les chevaux ne sont pas redistribués entre les autres professionnels locaux. Certains partent ailleurs en France. D’autres arrêtent leur carrière ou sont vendus. Sans compter que l’investissement d’un propriétaire est très souvent lié à sa relation et à sa réussite avec un entraîneur en particulier. De même, le Sud-Est a subi un redimensionnement du programme local ce qui a forcément des conséquences sur les effectifs stationnés dans la région.

L’ÉVOLUTION DES EFFECTIFS PAR RÉGION

Lieu d’entraînement Évolution de juin 2021 à 2022 (effectif au 01/06/22)

Chantilly -5,5 % (2.036)

Maisons-Laffitte + 3,1 % (400)

Deauville + 0,9 % (448)

Basse Normandie (hors Deauville) -2,6 % (596)

Ouest -5,2 % (404)

Sud-Ouest 0 (2.031)

Sud-Est -18,1 % (490)

Centre-Est -13,4 % (473)

Quelle discipline est la plus touchée ?

France Galop a commencé cette année à établir un distinguo entre chevaux de plat et d’obstacle. Il n’est donc pas encore possible de connaître l’évolution des effectifs par discipline par rapport à juin 2021 ou 2020. Cependant, entre avril et juin 2022, l’institution a enregistré une baisse de 2,5 % concernant les sujets de plat et de 14,3 % pour les sauteurs. Olivier Delloye poursuit : « Depuis plusieurs mois, on commence à étudier la situation par discipline. Actuellement, il y a plus de sorties d’entraînement en obstacle. Mais c’est aussi une question de saison. Beaucoup de sauteurs partent au repos l’été et il ne s’agit pas d’un arrêt définitif.

Dans cette baisse, il faut aussi que nous arrivions à différencier les chevaux qui sortent définitivement du circuit de ceux qui passent plus de temps au haras ou au pré-entraînement pour des raisons économiques. Cela peut aussi concerner des pouliches qui attendent un verdict de gestation avant d’éventuellement revenir à l’entraînement. »

Quel impact pour le contexte économique et social ?

La guerre en Ukraine et la période post-Covid ont fait exploser le montant de beaucoup de factures que les entraîneurs – et donc les propriétaires – doivent payer. Des céréales en passant par le carburant. On voit clairement l’impact que l’inflation peut avoir sur la catégorie des chevaux de petites valeurs, en particulier ceux qui appartiennent à leur entraîneur (avec, donc, un réel souci de rentabilité). Olivier Delloye explique : « L’inflation joue en effet son rôle. Mais ce n’est pas tout. Les difficultés de recrutement de personnel pèsent réellement sur la balance. Certains entraîneurs, faute de cavaliers par exemple, font plus de tri dans leurs effectifs. Il y a donc clairement aussi des boxes vides pour cette raison. »

Le propriétariat fait sa mue

Cela peut paraître contradictoire mais, alors que les effectifs de chevaux baissent, France Galop a enregistré un nombre record de demandes d’agréments de propriétaires en 2021. Cette tendance est directement liée au développement de la propriété partagée qui correspond à 3.952 chevaux, soit 756 animaux supplémentaires (+24 %) sur une décennie. Ce dynamisme n’est pour l’instant pas assez fort pour compenser – comme outre-Manche d’ailleurs – le net déclin des acteurs en pleine propriété. Ces derniers représentaient 6.395 chevaux en 2021, soit une baisse sur dix ans de 2.232 chevaux (-26 %).

Olivier Delloye analyse : « L’objectif est de continuer à soutenir la croissance du nombre de propriétaires associés. Car c’est un gage de pérennité, notamment en période difficile, pour le propriétariat. Mais c’est aussi un vivier pour des acteurs qui seront un jour en pleine propriété. Beaucoup font leur éducation dans la multipropriété avant de prendre leur envol en solitaire. »

Quelles solutions ?

L’augmentation récente des allocations n’a pas permis d’endiguer la baisse de 2021 qui se poursuit donc en 2022. Olivier Delloye conclut : « Une part du problème est conjoncturelle et économique. Les allocations représentent donc aussi une partie de la solution. Mais on voit que ce n’est pas non plus la panacée ou la réponse à tous les problèmes. L’augmentation significative de 20 M€ et la revalorisation des indemnités de transport de 10 % n’ont pas stoppé la baisse post-Covid. Cela étant dit, tous les indicateurs ne sont pas dans le rouge. En France, on voit plus régulièrement l’émergence de nouvelles casaques importantes ces dernières années qu’il y a une décennie par exemple. Une partie a fait ses classes dans la multipropriété. La passerelle est donc réelle. »

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