Pour eux, La Parisienne, c’est (déjà) le cheval d’une vie

Magazine / 25.06.2022

Pour eux, La Parisienne, c’est (déjà) le cheval d’une vie

Pour eux, La Parisienne, c’est (déjà) le cheval d’une vie

Deuxième du Diane, La Parisienne appartient à cinq copropriétaires, dont trois qui ne sont pas des professionnels. Et pour eux, cet accessit classique, c’est un souvenir inoubliable.

Par Salomé Lellouche

Élevée par le haras du Cadran, en association avec Patrick Klein et Pascale Menard (haras du Mâ), La Parisienne (Zarak) appartient en majorité à Peter Bradley (70 %). Le 20 juin, l’Américain a déclaré à Brian Sheerin (TDN) : « Vu comment elle a couru, étant battue de si peu par l’une des meilleures de sa génération, je pense qu’elle a le profil pour rester en Europe. Elle aura un été tranquille, avant de regarder éventuellement vers le Vermeille. Nous verrons ensuite ce qu’octobre nous réserve. Nous pensons au Prix de l’Opéra (Gr1). Mais l’Arc reste une possibilité… » Le courtier Ghislain Bozo (Meridian International) en possède 5 %. Nous avons décidé de donner la parole aux trois copropriétaires qui ne sont pas des professionnels et sont donc moins connus du grand public : Jean-Michel Lebrun, Rémy Dupuy-Naulot et Marc Leonetti.

Jean-Michel Lebrun : « Quand j’ai vu qu’elle revenait sur la pouliche en tête, j’ai cru que j’allais exploser ! »

La course

« Terminer deuxième du Prix de Diane, c’est un bonheur auquel on ne s’attend pas quand on est un petit propriétaire. Il faut être réaliste. J’ai des chevaux depuis quarante-cinq ans. Et je connais Carlos Lerner depuis presque aussi longtemps ! J’ai même monté en tant que gentleman-rider. Grâce à l’œil expert de Xavier Guigand, un ancien jockey d’obstacle, j’ai acheté quelques parts de chevaux qui me semblaient intéressants… dont La Parisienne. Je souhaite vraiment remercier Thomas Trullier qui l’a montée lors de ses premières courses. Il nous a permis de ne pas passer à côté de son potentiel. Je remercie aussi Carlos et Yann Lerner. Et Gérald Mossé, qui a monté comme le grand expert qu’il est.

Cette deuxième place est assez dingue, car La Parisienne était donnée en dixième position dans les pronostics. En analysant, je la voyais septième ou huitième. J’aurais été le plus heureux du monde si elle avait été cinquième. À 50m du but, j’étais comme un fou. Quand j’ai vu qu’elle revenait sur la pouliche en tête, j’ai cru que j’allais exploser ! Je qualifie cette deuxième place de victoire. Et je suis certain qu’elle a le potentiel pour gagner un Groupe.

Gérald Mossé est venu la monter à l’entraînement et il a dit : "C’est bon, on peut courir le Diane…" Ça aussi, c’était un moment magique. »

Les courses

« Mes grands-parents étaient agriculteurs et ils avaient des chevaux. Ces animaux m’ont toujours passionné. À 14 ans, je voulais être jockey. J’étais trop grand, cela n’a pas été possible. Après avoir fait carrière dans l’hôtellerie, j’ai pris ma retraite. J’ai fait un peu d’élevage chez monsieur Talvard et j’ai d’ailleurs encore une poulinière, Perfect Mood (High Chaparral). J’en ai eu jusqu’à cinq. On relancera peut-être un jour la machine de ce côté-là !

Compte tenu des moyens dont je dispose, il est beaucoup plus facile pour moi de prendre des parts sur plusieurs chevaux, plutôt que d’avoir un cheval en solitaire. Il faut rester les pieds sur terre. Cette année est assez extraordinaire, car j’ai des parts sur plusieurs bons chevaux, dont Miramar (Profitable), que nous avons vendu à Teruya Yoshida, après sa victoire de Groupe. Dans le passé, j’ai eu des chevaux chez Nicolas Clément, dont Pornichet (Vespone), troisième de la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), ainsi que des sujets de niveau Listed. »

Rémy Dupuy-Naulot : « J’ai choisi "rose et gris"… comme Lagardère ! »

La course

« C’est la première fois que je suis à l’arrivée d’un classique. J’ai énormément vibré… Surtout avec une telle fin de course. Pendant un instant, j’ai pensé qu’on allait gagner. Et j’aurais aimé qu’elle gagne en région parisienne ! Mais l’anglaise, qui est une championne, n’a rien lâché. Gérald Mossé a eu une monte admirable. Carlos et Yann Lerner ont fait un travail exceptionnel. Ils ont été très patients avec elle. La première fois que La Parisienne a couru, c’était sous mes couleurs. C’est Carlos qui l’a achetée aux ventes et j’en ai pris une part par la suite. C’est Tiago, le fils de Yann, qui a nommé la pouliche… »

Les courses

« J’ai demandé mes couleurs il y a dix ans. J’ai choisi "rose et gris" comme la casaque Lagardère. Je me suis dit que si ça avait marché pour lui, cela devrait le faire pour moi aussi (rires) ! J’ai acheté mon premier cheval, L’Ami Fernand (Layman), alors qu’il était yearling dans un haras en Normandie. Je l’avais mis chez Thierry Lemer, entraîneur à La Teste. Mes activités étant en région parisienne, je ne pouvais pas le voir souvent. Quand Yohann Gourraud s’est installé entraîneur, je lui ai confié le cheval. Chez lui, j’ai aussi eu Benadalid (Green Tune), mon premier gagnant. C’était dans le Grand Handicap de Marseille. Aujourd’hui, je suis associé sur sept chevaux. C’est toujours plus intéressant de partager la victoire avec des amis pour passer de bons moments ensemble. Je ne suis qu’un petit propriétaire et je n’ai pas la prétention de pouvoir rivaliser avec de grandes casaques.

J’ai connu les chevaux grâce à mon oncle, Albert-Paul Laborde, qui était jockey dans les années 1950. Il me semble qu’il a été apprenti chez Willie Head à Maisons-Laffitte. J’ai donc toujours entendu parler de chevaux… et j’aimais ça ! À la ville, je suis courtier en assurance. J’ai deux cabinets en gestion de patrimoine et trois en assurances.

J’ai fait un peu d’élevage et un de mes élèves a gagné un quinté avec Christophe Soumillon.

Je connais Carlos et Yann Lerner depuis des années. Mais je n’avais pas eu l’opportunité d’avoir des chevaux chez eux auparavant. Carlos est un homme charmant. Très humain. Il fait un excellent travail. Chez lui, j’ai aussi Sir Basset (Wootton Bassett). C’est toujours très compliqué de battre les anglais dans les Groupes et nous n’avons pas à rougir de cette deuxième place. »

Marc Leonetti : « Mon rêve, désormais, c’est de participer au Diane avec un cheval que j’ai élevé ! »

La course

« Un grand bonheur ! La Parisienne a pris une magnifique deuxième place. Elle a battu des chevaux d’exception dans ce Diane. Sincèrement, je ne pensais pas qu’elle allait aussi bien courir. Je ne pensais vraiment pas qu’elle pouvait battre des chevaux comme Agave (Dubawi) par exemple.

J’ai acquis une part de La Parisienne simplement en allant voir mon cheval à l’entraînement chez Carlos et Yann Lerner. Parmi leurs yearlings du moment, elle sortait particulièrement du lot. En plus, je voulais un produit de Zarak (Dubawi). La Parisienne dégageait vraiment de la sérénité. Et elle a une magnifique robe alezane brûlée. »

Les courses

« Mon père était un turfiste, passionné par les courses, les pedigrees et l’élevage. J’ai grandi en l’accompagnant sur les hippodromes. Le virus est venu comme ça. L’étude des performances est rapidement devenue mon jeu préféré. J’ai commencé à avoir des chevaux en 1986, dès que ma situation professionnelle me l’a permis. Je suis un promoteur indépendant. J’ai acheté mon premier cheval à réclamer à monsieur Doumen à l’époque. Il s’appelait Compère Loriot (Rose Laurel).

La deuxième place de La Parisienne est de loin la plus belle performance de ma carrière de propriétaire. Avant elle, j’ai eu la chance de tomber sur Sant’Amanza (American Post). Elle a gagné quelques bonnes courses et a couru Listed. Elle était très belle. Je l’ai gardée à l’élevage en association avec Jacques Lastrajoli. C’est une belle histoire car elle a été accidentée à 2ans et a dû faire six mois de convalescence au box. Romain Le Dren Doleuze s’en est vraiment bien occupé. Son premier produit, Pertusato (Elusive City), a gagné deux fois cette année. Elle a une 2ans par Anodin (Anabaa) qui va bientôt rejoindre les boxes de Yann Barberot, une yearling par Intello (Galileo) et un foal par Zarak (Dubawi). Cette année, elle est allée à Zelzal (Sea the Stars).

Mon rêve, désormais, c’est de participer au Diane avec une pouliche que j’ai élevée ! En attendant, j’espère que La Parisienne va continuer à briller dans les Grs1. »