PRIX DE DIANE : Fall In Love, une première pour Hiroo Shimizu

Courses / 18.06.2022

PRIX DE DIANE : Fall In Love, une première pour Hiroo Shimizu

PRIX DE DIANE

Fall In Love, une première pour Hiroo Shimizu

Dimanche, Hiroo Shimizu présente Fall In Love dans le Diane. Une première pour le Japonais du chemin des Aigles. À la veille de la grande épreuve, il nous a ouvert les portes de son écurie.

Hiroo Shimizu a eu ses premiers partants en 2018. Mais c’est l’année 2022 qui est la meilleure depuis ses débuts, avec 17,5 % de gagnants par partants en France. Mieux encore, au mois de janvier, Pevensey Bay (Footstepsinthesand) a remporté les Cape Verdi (Gr2) à Meydan. Son deuxième Groupe, mais une première au niveau Gr2. Dimanche, Fall In Love (Sea the Stars) sera son premier partant dans le Diane, lui qui entraîne à moins de trois kilomètres de l’hippodrome. C’est l’une des six pouliches non black types du lot. Et avec le 15 à la corde, son mentor a bien conscience qu’elle sera un grand outsider. À son jockey Takuya Ono d’inventer quelque chose ! Hiroo Shimizu explique : « Je le connais finalement assez peu. Il est "coaché" par Davy Bonilla et c’est une bonne chose. Nous avons marché la piste de Chantilly ensemble et Davy lui a donné de précieux conseils… » Avec l’aide de Satoshi Kobayashi et de Patrick Barbe, Hiroo Shimizu est arrivé en France. Il a ensuite travaillé chez Fabrice Chappet, John Hammond, Pascal Bary, Éric Libaud… « J’ai appris petit à petit à trouver ma manière d’entraîner. Il faut installer une routine quotidienne. Depuis 2017, j’ai pris de l’expérience et du recul. Aujourd’hui, je suis en capacité de travailler au cas par cas. Vu de l’extérieur, on peut penser que certains engagements sont courageux. Mais ce qui me guide, c’est ce que le cheval montre le matin. Endorphine (Muhtathir), gagnante d’une deuxième épreuve en 35,5 le 25 août, a été battue du minimum dans le Prix Denisy (L) quinze jours plus tard. Si l’on ne regardait que ses performances, effectivement c’était osé. Mais nous avions tenté cela, car à l’entraînement, elle montrait quelque chose… »

La pouliche d’un sportsman

Propriétaire de Fall In Love, Shigeo Nomura (3S Racehorse Management AG) a investi en France car il veut avoir des partants dans les belles courses, ce qui est nettement plus difficile au Japon. D’où sa présence régulière dans les Groupes, parfois de manière un peu osée, mais avec une certaine réussite. Esope (Galiway), acheté 50.000 € à réclamer, puis leader de Midlife Crisis (Wootton Bassett) pendant une partie de sa saison de 3ans, a finalement couru pour son propre compte. Et il a remporté le Prix de Lutèce (Gr3), alors qu’il était l’un des chevaux les moins joués. Ce fut un premier succès au niveau Groupe pour Shigeo Nomura, un ancien chef d’entreprise dans la construction, qui a des chevaux de longue date au Japon. En choisissant de faire courir en France, où les chevaux sont beaucoup moins chers qu’au pays du Soleil-Levant, il n’a tout de même pas fait dans la demi-mesure. Fall In Love a coûté pas moins de 450.000 € chez Arqana et ce n’est pas son seul yearling à cinq chiffres. La pouliche n’est pas grande, mais Hiroo Shimizu explique : « Elle a vraiment une locomotion exceptionnelle. Son pedigree l’est tout autant. » Sa sœur, Aunt Pearl (Lope de Vega), a gagné la Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1). Et elle est partie rejoindre la jumenterie de Masahiro Miki au Japon après qu’il a signé le bon à 3 millions de dollars chez Fasig Tipton. Pourtant, de son côté, Shigeo Nomura n’est pas un "fou de pedigrees". C’est un homme qui aime le grand sport. Tout simplement… Hiroo Shimizu poursuit : « Il faut s’adapter à ce que souhaite le propriétaire, la satisfaction des clients est prioritaire. Chacun a des attentes différentes. Par exemple, Julia et Jonathan Aisbitt, les propriétaires de Pevensey Bay sont des gens qui n’ont pas peur d’attendre et de procéder étape par étape. J’ai déjà des clients japonais. Mais je suis conscient qu’il faudrait certainement que je prospecte plus au Japon et je ne l’ai pas assez fait. Mais j’entraîne en France et je suis aussi très heureux d’accueillir des clients français. » Au sujet de ses propriétaires japonais, il poursuit : « Au Japon, les allocations sont bien plus élevées. Mais ils sont attirés par le prestige des grandes courses européennes. Ceux qui tentent l’aventure aspirent donc à des choses que ne leur offre pas le programme japonais. »

Une formation hippique française

Hiroo Shimizu ne vient pas d’une famille rurale ou ayant un pied dans le milieu des courses. Et c’est à l’université, où il a suivi un cursus agricole, qu’il a appris à monter à cheval. Cela n’a rien de surprenant car au Japon, les chevaux sont rares. Six pour 10.000 habitants ! C’est peu par rapport au ratio 150/10.000 de la France. Ou aux 300/10.000 de l’Irlande. C’est donc en France qu’Hiroo Shimizu a le plus appris sur le cheval et les courses. Il explique : « Le Japon a un élevage de qualité exceptionnelle. Peut-être même les meilleurs au monde. Mais il n’y a pas de culture populaire du cheval. Et cela peut parfois avoir des conséquences sur le niveau des personnes qui travaillent dans la filière. Les choses s’améliorent petit à petit, cela va venir mais il est très utile d’aller prendre de l’expérience à l’étranger dans des pays avec une culture du cheval plus établie. On apprend beaucoup ainsi et cela permet d’obtenir de meilleurs résultats. De mon côté, j’ai toujours eu le soutien de ma famille dans mon projet hippique. En France, il est beaucoup plus facile d’obtenir une licence d’entraîneur. Surtout que je suis diplômé d’une des meilleures écoles d’agricultures du pays. Au Japon, l’examen est très difficile et le nombre d’entraîneurs limité. Pour qu’un jeune puisse s’installer, il faut qu’un autre prenne sa retraite. De même au Japon, il y a deux centres d’entraînement et le nombre de boxes est donc fixe. Chaque entraîneur a par conséquent un nombre maximum de chevaux. »