PRIX DE DIANE J -2 : Imad Al Sagar, l’homme d’Authorized, veut gagner le Diane avec Nashwa

Courses / 16.06.2022

PRIX DE DIANE J -2 : Imad Al Sagar, l’homme d’Authorized, veut gagner le Diane avec Nashwa

PRIX DE DIANE J -2

Imad Al Sagar, l’homme d’Authorized, veut gagner le Diane avec Nashwa

Imad Al Sagar a connu la gloire avec Authorized dans le Derby 2007. Dimanche à Chantilly, Nashwa, qui porte les couleurs de ce Koweïtien, va tenter de lui offrir un premier classique en tant qu’éleveur. Quelques minutes avant le tirage des places à la corde, et alors qu’il se préparait à rejoindre Royal Ascot, Imad Al Sagar s’est confié.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. – D’où vient Nashwa ?

Imad Al Sagar. – Comme vous le savez certainement, nous courons bien sûr après un premier succès classique avec notre élevage. Nous avions acheté Authorized (Montjeu). Concernant Nashwa (Frankel), elle est issue de mon élevage. Son éventuelle victoire aurait donc d’autant plus d’importance que nous avons toute la famille. Tout remonte à l’achat de sa mère, Princess Loulou, en 2011. C’est une Pivotal (Polar Falcon) et nous savons tous à quel point il est un père de mères de premier plan. Son papier était très solide, la page superbe et la mère avait déjà donné un black type. J’aimais bien aussi la présence d’Highest Honor (Kenmare) dans son pedigree maternel. Nous l’avions acquise tout de même pour 310.000 Gns, alors qu’elle était yearling lors du book 1. C’était une pouliche bien faite, bien d’aplomb. Comme on dit en pareille circonstance : elle cochait toutes les cases.

Voilà pour ce que nous savions au moment de son achat. Avec le recul, et compte tenu de ce qu’elle est devenue, ce n’était pas cher. Elle nous a par la suite donné raison en piste et au haras. Elle s’est notamment classée deuxième du Prix Jean Romanet (Gr1). Elle est ensuite allée à Frankel (Galileo) et pour nous, ce choix était une évidence. On sait qu’il fonctionne bien avec les filles de Pivotal. Regardez Cracksman (Frankel) ! [Avec les mères par Pivotal, Frankel a donné dix black types pour vingt-cinq partants à ce jour, ndlr].

La mère de Nashwa a couru trois fois en France. En tant qu’éleveur, comment considérez-vous la valeur des épreuves de sélection françaises ?

Je pense que les courses françaises sont de haut niveau. Concernant le Diane en particulier, c’est clairement une épreuve avec un grand prestige international. Beaucoup de rendez-vous de votre programme font partie de mes objectifs en tant qu’éleveur et propriétaire. Dimanche à Chantilly, je serai là, avec mes proches, pour soutenir Nashwa.

Quelles seraient les meilleures conditions de course pour votre pouliche ?

En général, le terrain ne lui pose pas de problème. En bonne fille de Frankel, elle s’accommode de tout, sauf bien sûr des conditions extrêmes, c’est-à-dire le vrai lourd et le très léger. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas le terrain qui me fait peur à Chantilly. C’est le tirage au sort des places à la corde. Sur ce parcours où les courbes sont difficiles, si vous partez trop à l’extérieur, c’est difficile [Nashwa a tiré le 2 à la corde, ndlr].

Vous avez acheté Zotilla pour 75.000 € en décembre 2019 et sa fille Mangoustine a gagné la Poule…

En tant qu’éleveur, j’essaye de diversifier mes courants de sang. Zotilla est une fille de Zamindar (Gone West) et c’est une belle jument, avec une conformation remarquable et une sœur lauréate classique. La page est magnifique. À Blue Diamond Stud [son haras, non loin de Newmarket, ndlr], nous avons très peu de descendantes de la lignée mâle de Halo (Hail to Reason). Chez Arqana, j’ai aussi acheté une fille de More than Ready (Southern Halo) : Manasarova. Avant de nous rejoindre, elle avait donné Sicilian Defense ** (Muhaarar) qui vient faire bonne contenance dans le Prix de Sandringham (Gr2).

Lors de cette journée à Deauville, nous avons donc eu la main heureuse en achetant deux bonnes poulinières. Et honnêtement, je pense que Mangoustine (Dark Angel) a une très belle chance demain dans les Coronation Stakes (Gr1). Je serai sur place pour la soutenir !

Vendredi à Royal Ascot, vous allez également avoir un partant sous vos couleurs !

En effet, Rizg (No Nay Never) va courir la Commonwealth Cup (Gr1). Nous essayons de produire des chevaux de haut niveau, des sujets pour les grandes courses, sans préférence particulière concernant la distance. Du sprint à la tenue, en passant par les classiques et le mile… toutes les grandes courses sont belles.

Vous élevez depuis quinze années. Quels sont les grands enseignements que vous en avez tirés ?

Lors de nos premiers pas, en 2007, nous manquions d’expérience. Or, l’élevage, c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Cela fait appel à beaucoup de connaissances, de recherches… mais il faut aussi avoir un bon jugement du physique des chevaux. J’ai fait beaucoup d’erreurs au départ. Mais je n’ai aucune amertume, car j’ai appris de ces échecs. Et on voit clairement dans les résultats du haras que la qualité de la production a progressé ces dernières années. La différence est vraiment nette, tout en sachant que je ne veux pas avoir trop de chevaux. À l’heure où je vous parle, nous avons quarante juments à Blue Diamond Stud. Mon projet, c’est de descendre à une trentaine. Ma stratégie, ce n’est pas le nombre, c’est la qualité. Je vais donc vendre une partie de mon effectif, tout en continuant à investir pour diversifier les courants de sang du haras.

Par ailleurs, ma stratégie est de privilégier les étalons confirmés. J’utilise des sires comme Dubawi (Dubai Millennium), Frankel, Lope de Vega (Shamardal), Sea the Stars (Cape Cross), Siyouni (Pivotal), No Ney Never (Scat Daddy)… Ce type d’étalons, c’est presque une race à part. Ils sont au-dessus du lot. Mon espoir, mon ambition, c’est de sortir des champions. Ou du moins d’essayer.

Vous avez franchi une étape importante en gérant vous-même la carrière de votre étalon Decorated Knight…

Au départ, c’était un excellent cheval de course, avec un pedigree exceptionnel. Aujourd’hui, c’est un étalon très prometteur. La semaine dernière, il a donné quatre gagnants ! Sa production ne nous pas encore tout montré : le meilleur est à venir…

Vous êtes le premier propriétaire classique à donner un contrat de première monte à une femme. Pourquoi avoir choisi Hollie Doyle ?

Par le passé, les jockeys m’ont fait beaucoup souffrir. J’ai perdu des courses que je n’aurais pas dû perdre. Dès lors, j’ai décidé de signer un contrat avec un pilote capable de faire preuve de régularité dans son travail. Avant de franchir cette étape, j’ai commencé par beaucoup apprécier la monte d’Hollie. Elle sait placer un cheval dans un parcours. C’est tout simplement un super jockey, avec un mental d’acier et une prise de décision rapide. Notre partenariat fonctionne très bien et nous en sommes tous les deux très heureux. À l’âge de 25 ans, Hollie a déjà réalisé beaucoup de choses. Je suis fier de ce qu’elle a réussi à accomplir.

Chaque éleveur et chaque propriétaire a sa propre source de motivation. Quelle est la vôtre ?

C’est difficile à exprimer avec des mots ! Mais je crois pouvoir dire que la passion du cheval appartient à la nature même de certaines personnes. C’est en eux depuis le départ. Je suis né comme ça. Dès ma plus tendre enfance, le cheval m’a passionné. Et les années n’ont fait que développer cet attrait. Songez que j’ai eu mon premier cheval de course en 1988. Il y a presque trente-cinq années ! Mes premiers pas dans les courses, je les ai effectués directement en Grande-Bretagne. Je suis le seul dans ma famille à s’intéresser aux chevaux. J’ai beaucoup lu, j’ai beaucoup regardé et à la passion du cheval s’est ajoutée celle des courses. Petit à petit, cheval après cheval, les choses ont pris de l’ampleur. Au point que dans ma vie, tout cela prend plus de place qu’un simple loisir.

Je trouve que la passion des courses est quelque chose de tout à fait singulier. Elle transcende les questions de générations, de nationalité, d’extraction sociale… La force des courses, c’est aussi cela. Je ne peux pas parler pour les autres et ce point de vue est strictement personnel.

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