QATAR PRIX DU JOCKEY CLUB J -2 : Ioritz Mendizabal, vingt ans de Jockey Club

Courses / 17.06.2022

QATAR PRIX DU JOCKEY CLUB J -2 : Ioritz Mendizabal, vingt ans de Jockey Club

QATAR PRIX DU JOCKEY CLUB J -2

Ioritz Mendizabal, vingt ans de Jockey Club

Il est le double tenant du titre du Qatar Prix du Jockey Club. Et il y a vingt ans, il montait (déjà) son premier Derby français ! Dimanche, Iorotz Mendizabal sera associé à El Bodegon (Kodiac) avec lequel il a remporté le Critérium de Saint-Cloud (Gr1) en fin d’année dernière. À trois jours de l’échéance, le jockey nous a raconté ses "Jockey Club". Ceux passés, mais surtout celui à venir !

Jour de Galop. - Être double tenant du titre chez les pilotes, ce n’est pas trop de pression ?

Ioritz Mendizabal. - Je n’ai pas plus de pression que les autres années. Tout ce qui s’est passé lors des éditions précédentes, il faut l’oublier et passer à autre chose. Je suis content et me sens privilégié d’être associé à des chevaux d’exception, et à des entraîneurs comme John et Thady Gosden ou encore Aidan O’Brien. Maintenant, ce qui m’importe le plus c’est le fait de monter El Bodegon en 2022...

Revenons tout de même en arrière. Il y a tout juste vingt ans, le 2 juin 2002, vous étiez associé à Polities pour votre premier Jockey Club. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Forcément, on se souvient de ces journées marquantes dans la carrière d’un jockey. Je ne dirais pas que j’ai retenu toute la journée mais, chaque année au mois de juin, j’ai une pensée pour mon premier Jockey Club. C’est une compétition hors-norme et pouvoir y prendre part, c’est incroyable. Je ne connais pas un pilote qui n’a pas l’envie de vivre une telle sensation au moins une fois dans sa vie... Il y a vingt ans, j’avais forcément un peu plus de pression que maintenant (rires) ! C’est surtout ça que je retiens de ma première monte dans le Derby.

En 2008, Vision d’État vous offrait un premier sacre. Pouvez-vous nous raconter cette course ?

Avec Vision d’État, tout s’était bien passé. Cette année-là, nous avions hérité d’un bon numéro de corde. Dans un parcours, c’était un cheval maniable et nous avions pu prendre un bon départ. Dans la phase finale, nous avions trouvé le jour vraiment au bon moment. Je me souviens que le deuxième Famous Name (Dansili), ndlr, un représentant du prince Khalid Abdullah, s’était retrouvé loin au moment de l’accélération, mais il avait ensuite échoué de peu pour le succès... Ensuite, Vision d’État a eu la carrière que tout le monde connaît.

En 2020, lors de la première année de la pandémie, vous remportez un deuxième Jockey Club grâce à Mishriff. Étiez-vous très étonné que John Gosden vous contacte pour le monter ?

Honnêtement, je suis encore étonné aujourd’hui que monsieur Gosden m’ait contacté pour monter Mishriff (Make Believe) ! Évidemment, j’étais content mais surtout très surpris... Ce qui m’a le plus frappé lors de nos échanges au moment des ordres, c’est la simplicité de ses propos. Tout était extrêmement simple. Il a surtout axé sur la façon dont je devais poser mes mains afin que le cheval puisse galoper dans son action. Mishriff a une façon de galoper assez atypique : il galope avec la tête basse mais j’avais pu le remarquer en regardant ses vidéos. Monsieur Gosden avait uniquement mis l’accent sur ça. Il ne me l’avait pas dit, mais j’ai également senti un homme sûr de la préparation de son cheval. Il savait très bien ce qu’il amenait en France. Je devais monter Mishriff en me souciant uniquement de son oxygénation dans le parcours.

Et en 2021, vous touchez une nouvelle fois le Graal avec St Mark’s Basilica...

Là encore, c’était une grande surprise de pouvoir monter St Mark’s Basilica dans la Poule d’Essai des Poulains. Ensuite, évidemment, j’attendais de savoir si Ryan Moore, ndlr allait pouvoir effectuer le déplacement en France. Et malheureusement, en raison de la pandémie, il n’avait pu se rendre à Chantilly. Sinon, évidemment je ne lui aurais pas été associé. Quand Aidan O’Brien m’a donné son feu vert pour le monter, j’étais extrêmement content car j’étais convaincu des capacités du cheval. Dans la Poule, St Mark’s Basilica m’avait laissé une forte impression. Et honnêtement, je savais que je n’allais pas taper loin dans le Jockey Club. Je l’ai toujours dit et je le dirai toujours, j’ai monté un cheval exceptionnel qui se nomme Mishriff, mais St Mark’s Basilica l’est tout autant !

Avez-vous un regret dans cette épreuve ?

Honnêtement ? Je n’ai aucun regret dans cette course. En 2011, j’ai fini deuxième avec Bubble Chic mais j’avais eu le même parcours qu’avec Vision d’État en 2008. Nous avions pu trouver notre jour à 350m de l’arrivée, et le cheval avait vraiment bien couru. Reliable Man, le gagnant, était tout simplement le meilleur. Parfois, vous vous dites qu’une autre tactique de course aurait été plus adéquate, là ce n’était pas le cas. J’avais vécu la course comme je l’imaginais.

Quel est le secret pour triompher dans le Prix du Jockey Club ?

Il n’existe aucun secret pour gagner un Jockey Club ! Le plus important est de s’adapter à sa monture. Chaque cheval est différent, il est donc impossible de se prononcer tant qu’on ne connaît pas exactement son partenaire. Finalement, c’est peut-être ça le secret (rires) ! Ensuite, il est vrai que le numéro de corde va quand même beaucoup modifier nos plans...

Racontez-nous la journée typique de Ioritz Mendizabal pour le Derby...

Cela va sûrement vous surprendre, je n’ai pas de journée typique Jockey Club ! À mon sens, c’est une journée comme une autre, même si l’enjeu n’est pas le même. Rien ne va changer dans ma préparation. Que je vienne pour monter en courses un jeudi soir à Lonchamp ou un dimanche de Jockey Club à Chantilly, c’est exactement la même chose.

Vingt ans après, avec trois succès dans le classique, qu’est-ce qui selon vous a changé dans le monde des courses ? Quel est votre avis sur le raccourcissement de la distance ?

Comme dans n’importe quelle profession, au bout de vingt ans, tout ou presque change... C’est à nous, sportif ou personne, de nous adapter à ces changements. En toute franchise, celui qui ne s’y adapte pas est voué à l’échec. Concernant le raccourcissement de la distance du Jockey Club, sur le moment, je ne vais pas cacher que je n’étais pas spécialement pour. Nous avions pour habitude de courir n’importe quel Derby sur la distance de 2.400m... Mais après réflexion, tout le monde trouve son compte sur 2.100m. De plus, beaucoup de chevaux de la Poule peuvent ainsi venir courir le Jockey Club. Ce n’est donc pas si mal.

Que pensez-vous d’El Bodegon, votre partenaire pour l’édition 2022 ?

El Bodegon est un poulain qui pratique généralement la course en avant. Après, il est évidemment trop tôt pour se prononcer sur la tactique de course à employer dimanche. Nous étudierons tous ces paramètres le jour de la course ! Ce qui sera le plus important pour moi, c’est de parler avec son entraîneur, James Ferguson. Encore une fois, je ferai uniquement ce que me dit l’entraîneur.

Quel est votre avis sur l’opposition ?

Honnêtement, je n’ai pas encore étudié sérieusement l’opposition. J’ai pour coutume de ne jamais me projeter plusieurs jours avant l’échéance. Pour être tout à fait transparent, c’est vraiment le jour de la course que je vais étudier en détail mes rivaux.

Les jockeys d’expérience ont répondu présent ces deux dernières années dans les classiques. En triomphant récemment avec Mangoustine dans la Poule, Gérald Mossé a confirmé ces dires. Là aussi, existe-t-il un secret ?

Je ne sais pas s’il existe réellement un secret... Ce sont des métiers de passion et, à partir de là, vous pouvez être capable de tout faire. Sans motivation, les résultats ne peuvent pas suivre. Moi, j’adore ce que je fais. Sinon, je peux vous garantir que cela ne serait pas pareil. L’expérience y est peut-être pour quelque chose, mais je ne suis pas à la place de ceux qui me sollicitent. Mais c’est vrai que lorsque l’on regarde de près les résultats de Gérald Mossé et d’Olivier Peslier, c’est très intéressant.

Plus généralement, comment jugez-vous votre début de saison 2022 ?

Comme lors des années précédentes, je m’attache toujours les services de mon agent, Pierre-Alain Chereau. Cette année, je suis plutôt content de mon début de saison. Évidemment, l’année dernière n’était pas une année comme les autres et ce n’est donc pas comparable. En fin d’année dernière, je savais bien que je ne ferais plus jamais une aussi belle année. C’était tout simplement une saison hors-norme ! J’étais d’ailleurs très loin de l’imaginer... Réaliser seulement la moitié de ce que j’ai pu faire en 2021, cela sera difficilement réalisable. Je prends donc uniquement le positif. Bien évidemment, je suis reconnaissant envers les entraîneurs qui ont fait appel à moi, et notamment messieurs Gosden et O’Brien.

Récemment, vous avez signé un contrat de première monte avec la famille Teboul. Pouvez-vous nous en parler ?

Mon contrat a vu le jour grâce à Pierre-Alain Chereau. C’est évidemment une très bonne chose. Dernièrement, nous avons eu la chance de remporter le Prix Corrida (Gr2) avec une super jument, Sweet Lady. Je suis vraiment ravi.

Dimanche, vous aurez également une autre représentante de la famille Teboul dans le Prix de Sandringham, Sicilian Defense. Que dire d’elle ?

Dans la Poule d’Essai, nous avions hérité du 15 dans les stalles de départ... Ce n’était donc pas simple à gérer. Mais je trouve que Sicilian Defense a vraiment bien tenu sa partie en se classant septième. C’est une pouliche capable de tracer d’excellentes fins de courses. Dimanche, je la pense capable de répéter cette performance.

Cette année, vous avez également brillé au plus haut niveau chez les pur-sang arabes avec Hattal qui a remporté la Coupe d’Europe des chevaux arabes. Fait-il partie des meilleurs ?

Dans ma carrière, j’ai monté deux très bons chevaux arabes : Hattal (Mahabb) et Deryan (Mahabb). Ce dernier était capable de faire des performances qui sortaient de l’ordinaire sur la P.S.F. ou sur le dirt... Hattal, quant à lui, va vraiment sur toutes les surfaces. Pour moi, ce sont tout simplement deux cracks !