Refroidir un cheval : prenons exemple sur le complet !

Magazine / 17.06.2022

Refroidir un cheval : prenons exemple sur le complet !

Les conditions météorologiques actuelles contraignent les chevaux à faire des efforts intenses sous des températures élevées. Comment éviter une hyperthermie néfaste à leur santé ? Nous avons posé la question à Xavier Goupil, vétérinaire de l’équipe de France de concours complet depuis des années. Il explique les pratiques mises en place pour refroidir un cheval à l’arrivée en cross. Passionnant, et instructif !

Par Adeline Gombaud

L’hyperthermie met en danger le cheval

« On considère qu’un cheval est en hyperthermie quand sa température corporelle atteint les 40 ou 40,5 °C. Au-delà de 41 °C, on peut constater des effets délétères sur les muscles, le système digestif, cardiaque, neurologique… On peut constater des états d’hyperthermie même quand l’air n’atteint pas des températures extrêmes : à partir de 25 °C, par exemple, il faut s’en préoccuper. Le cheval est un athlète, avec une masse musculaire représentant 60 % de son poids total. Les muscles, quand ils sont sollicités, produisent de la chaleur. C’est aussi un herbivore, et son tube digestif produit lui aussi de la chaleur. Le seul moyen qu’il a de se refroidir, c’est la transpiration. Mais, en cas d’effort intense, c’est souvent insuffisant. »

Avant tout, connaître la température du cheval !

« Le seul moyen de savoir si le cheval est en hyperthermie ou pas, c’est tout simplement de prendre la température du cheval. Bien sûr, la prise de température classique, par voie rectale, peut s’avérer dangereuse après un effort. Mais des systèmes performants existent : aux JO de Tokyo, des caméras thermiques étaient à disposition à l’arrivée du cross, mais aussi pendant la détente, et les commissaires pouvaient nous alerter en cas de surchauffe. »

Refroidir le cheval, une urgence

« À l’arrivée d’un cross, nous pouvons être facilement quatre ou cinq personnes dédiées au refroidissement du cheval. Et on s’y attelle dès la ligne d’arrivée franchie ! Pour que le procédé soit efficace, il faut se montrer agressif. Pour moi, c’est l’urgence, plus que de faire trotter le cheval pour ralentir son rythme cardiaque ou faire baisser son taux de lactates dans le sang. Surtout qu’en cas d’hyperthermie, le rythme cardiaque va baisser moins vite, et les lactates vont s’accumuler plus rapidement… »

De l’eau, de l’eau, de l’eau !

« Il faut être très actif pour refroidir un cheval. Il faut le mouiller abondamment avec de l’eau réfrigérée, entre 10 et 15 °C, et, dès que cette eau s’est réchauffée au contact de l’animal, il faut passer le couteau de chaleur et renouveler l’opération. Cela peut prendre entre 10 et 15 minutes pour atteindre les 39,5 °C. On ne laisse pas le cheval immobile : on le douche et, dans ce cas, il est arrêté, mais on passe le couteau de chaleur en marchant activement, et ainsi de suite… Il faut aller vite, dans le calme et la précision : un peu comme lors d’un changement de pneus en Formule 1 ! Du point de vue de la récupération active, les études ont montré qu’un pas actif était aussi efficace que le trot. On peut aussi appliquer de l’eau glacée. Sur un complet, on prévoit 10 kg de glace pilée par cheval. Avec cette eau glacée, on doit se concentrer sur les jambes, l’encolure et le poitrail, qui sont les plus vascularisés. Il est aussi important de pratiquer ces gestes dans une zone ombragée et ventilée. »

Et ensuite ?

« L’hyperthermie est un processus insidieux, car un cheval de retour au box avec une température quasi normale peut voir celle-ci remonter rapidement… Il faut donc garder une surveillance régulière, car on peut constater deux ou trois pics thermiques. L’hydratation orale, avec une eau tempérée, est importante. Pour les électrolytes, attention ! On n’a jamais vu un sportif boire un grand verre d’eau salée après un effort. Il est préférable de les donner par le biais d’une seringue orale, quand le cheval a bu, et ingéré au minimum du foin. Sinon on va lui faire mal à l’estomac. »

Les courses versus le concours complet

« Je suis bien conscient des contraintes des courses par rapport à celles d’un complet. Il y a les horaires, la pesée du cheval… Néanmoins, des améliorations devraient être apportées. On pourrait imaginer une équipe dédiée au refroidissement des chevaux après le poteau, avec un système pour connaître leur température afin de s’occuper en priorité des cas les plus urgents. Faisons venir les étudiants des écoles vétérinaires pour se former à ces gestes ! J’invite tous les professionnels des courses à venir à l’arrivée d’un cross ! Les brumisateurs ou les passages de têtières mouillées apportent un petit plus, mais on est plus dans l’ordre du confort que du refroidissement actif. On ne prend pas sa douche avec un verre d’eau ! »

À retenir

- La prise de température est le seul moyen de détecter une hyperthermie.

- À partir de 41 °C, les effets sur l’organisme sont délétères.

- Faire baisser la température du cheval doit être la priorité.

- Une eau réfrigérée sur tout le corps, et une eau glacée sur les jambes, l’encolure et le poitrail, appliquée en grande quantité et sans cesse renouvelée, permet de revenir à une température normale.

- Les électrolytes doivent être donnés quand le cheval a mangé un minimum de fourrage.

 

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