Tribune libre : Les limites du contrat de location à durée indéterminée

Autres informations / 13.06.2022

Tribune libre : Les limites du contrat de location à durée indéterminée

Par Patrice Détré

« Samedi, comme beaucoup, j’ai pu voir le magnifique succès d’Hacienda dans le Prix des Drags, la plus belle épreuve du premier semestre sur le steeple pour chevaux d’âge, après le Grand Steeple-Chase de Paris.

Cette jument portait mes couleurs jusqu’au mois de mai de l’an dernier, en association de locataires avec messieurs Thierry Cyprès, Paul-Étienne Carrillon et Jacques Détré, mon père. Pour des raisons qui lui sont propres, l’éleveur a choisi de résilier de manière unilatérale le contrat de location, en respectant un préavis d’un mois, au profit de l’entraîneur de la jument (Donatien de Beauregard), et lui-même. 

Mon père et moi n’avions rien à dire ; tel est le code de France Galop. C’est navrant car cela faisait près de deux ans que nous payions pension pour cette jument. Malheureusement, l’éleveur est dans son droit. Je ne connaissais pas cette possibilité de résiliation unilatérale du bailleur et, comme nous fonctionnons à la confiance, jamais je n’aurais imaginé que cela puisse arriver.

Depuis, la jument a gagné près de 200.000 € de gains en course. Samedi, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que l’éleveur m’a volé ce prix. Je n’aurai peut-être jamais la possibilité de remporter les Drags. Comment, après avoir payé pension pendant des mois pour cette jument, à l’aube d’une belle carrière de course, l’éleveur peut-il me priver de cette belle histoire en m’envoyant un simple recommandé ? Je suis un heureux propriétaire, de plusieurs dizaines de chevaux, en association, depuis presque dix ans, et pourtant je n’ai jamais été aussi déçu par ce milieu des courses.

Dans ce monde où il est difficile de recruter des propriétaires, la méthode de l’éleveur est très adaptée pour les faire fuir ! L’histoire d’Hacienda n’est pas la seule, combien de propriétaires ont-ils été victimes de ce procédé ? Combien ont été écœurés et ont arrêté tout investissement ? Malheureusement beaucoup, j’ai pris connaissance de multiples histoires, concernant des petits comme des grands propriétaires. Mon histoire n’est pas un cas isolé.

En prenant un peu de hauteur, je me demande si un réajustement du contrat de location ne serait pas la solution : mettre fin au contrat de location à durée indéterminée. Un contrat à durée déterminée, sans possibilité de résiliation unilatérale du bailleur, me semble la seule option possible. Le contrat de location est un moyen rapide pour un jeune propriétaire d’avoir un partant sous ses couleurs, l’investissement se limite aux frais de pension. Ce type de contrat doit être un accélérateur de passion pour un propriétaire. Il est nécessaire de donner confiance au propriétaire. Une reconsidération du contrat de location irait dans ce sens-là. »