La revanche d’Hernando, de Hurricane Run et de Motivator

Magazine / 05.07.2022

La revanche d’Hernando, de Hurricane Run et de Motivator

La revanche d’Hernando, de Hurricane Run et de Motivator

Ces trois étalons ont une réussite statistique réelle. Mais, pour différentes raisons, ils n’ont pas pu exprimer pleinement leur potentiel. Et aujourd’hui, ils effectuent leur grand retour en tant que pères de mères !

Par Adrien Cugnasse (avec photo)

La victoire d’Alpinista (Frankel) dans le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1) est intéressante sur de nombreux plans. Outre la réussite de Frankel (son père) et celle de Lanwades (son éleveur), c’est aussi le cinquième gagnant de Gr1 pour Hernando (Niniski) en tant que père de mère. Deux étant inbred sur Miswaki (Alpinista et Aoife Alainn), deux autres sur Nijinsky II (Charity Line et Final Score) et le dernier cumulant les deux inbreedings (Sea of Class) ! En tout, ses filles ont donné vingt-deux lauréats de Groupe, dont Sea la Rosa (Sea the Stars) le 28 mai à Haydock. C’est un peu une revanche pour Hernando. À l’image de son père, Niniski (voir dernier paragraphe) et comme beaucoup de bons étalons de distance intermédiaire – ou de tenue –, il n’a peut-être pas la reconnaissance qu’il mérite. Dans cette catégorie, si vous n’êtes pas Galileo (Sadler’s Wells) ou Sea the Stars (Cape Cross)… on vous oublie vite ! Rétrospectivement, on se rend compte qu’Hernando a donné 13,4 % de black types par partants, quarante-trois lauréats de stakes dont six de Gr1. Ce n’est pas donné à tout le monde ! Bon étalon aux solides statistiques, il a réussi en tant que père de mère. Et ses arrière-petites-filles ont déjà sorti trois gagnants de Groupe, dont un classique (Lancade, 1.000 Guinées allemandes 2022).

Le croisement de l’année

S’il y a un croisement qui cartonne en ce début de saison, c’est bien celui de Zarak (Dubawi) sur le sang de Montjeu (Sadler’s Wells). La jeune étoile des Aga Khan Studs approche les cent cinquante saillies en 2022 et on lui doit déjà dix black types issus de mères portant le sang de Montjeu, dont quatre issues ou portant le sang de Montjeu ! Il s’agit de Purplepay (Prix de Sandringham, Gr2), Baiykara (Prix de Royaumont, Gr3), Lavello (Bavarian Classic, Gr3) et de celle qui nous a tous fait vibrer à Chantilly. J’ai nommé La Parisienne (deuxième du Prix de Diane, Gr1) ! Pierre Talvard avait compris de bonne heure que le croisement de Dubawi (le père de Zarak) sur les filles de Hurricane Run (fils de Montjeu et père de mère de La Parisienne) avait quelque chose de particulier ! Hurricane Run, lui non plus, n’a pas eu la carrière qu’il méritait. Affecté par des problèmes de fertilité avant de mourir trop tôt (à 14ans), il a eu le temps de donner onze gagnants de Groupe (hémisphère Nord) et 14,2 % de black types par partants (un taux très proche de celui de Wootton Bassett ou Mehmas par exemple). Il y avait trois pouliches avec des mères par Hurricane Run dans le Diane 2022 et récemment Love Child (Dark Angel) a remporté sa Listed comme une future lauréate de Groupe ! N’oublions pas Vauban (Galiway), triple gagnant de Gr1 sur les claies, pour qui Willie Mullins trouvera bien un jour ou l’autre une belle course en plat. Ectot (Hurricane Run), avec cent cinquante-quatre saillies en 2022 au haras de Bouquetot, se charge de perpétuer lui aussi l’héritage paternel en France…

Le cas Motivator

Autre fils de Montjeu, Motivator n’a sailli que quarante-trois juments en 2022. Son entourage le protège car il n’est plus tout jeune. Bien sûr, on peut reprocher "ceci" ou "cela" à sa production, mais les chiffres parlent pour lui, avec 14,1 % de black types par partants en plat. Il a donné quatre-vingt-un black types et il est difficile de trouver un étalon avec un tel palmarès à 7.000 € la saillie. Surtout quand on sait que 95 % des débutants au haras ne feront jamais aussi bien ! Comme Hernando et Hurricane Run, Motivator est un cheval de tenue, avec une réussite statistique solide au haras. Pourtant, sa carrière a été perturbée par des facteurs indépendants de "sa qualité intrinsèque de reproducteur". Sans surprise, comme les deux autres, il réussit comme père de mère. Titleholder (Duramente) a gagné deux Grs1 cette année au Japon et il fait partie de la vingtaine de black types déjà issus des filles de Motivator (dont Wally, Fleeting, A’Ali…)

Impossible pour les stayers au haras ?

L’entourage de Stradivarius (Sea the Stars), le champion stayer, a fait sensation en annonçant qu’il ne saillirait pas de juments d’obstacle. Pour des raisons assez évidentes, on comprend les réticences des éleveurs commerciaux à utiliser les étalons de longue distance lorsqu’il s’agit d’essayer de vendre des yearlings de plat. Pour autant, est-ce une hérésie sur le plan sportif ? Les généalogistes et autres spécialistes de l’histoire des courses vous diront que la race a été façonnée par Touchstone (Camel), Stockwell (The Baron), The Flying Dutchman (Bay Middleton), Lord Clifden (Newminster)… Oui, au milieu du 19e siècle, le St Leger était vraiment la stallion making race ! Les courses et l’élevage ont cependant beaucoup changé depuis. Si l’on regarde dans l’ère moderne, peu ont eu l’opportunité d’être vraiment "essayés" correctement en plat. Sixties Icon (Galileo) a gagné le St Leger (Gr1), mais aussi six courses sur 2.000/2.400m, dont cinq Groupes ou Listeds. Il a donné seize black types dans l’hémisphère Nord. Pour un étalon proposé à 3.000 £, c’est tout à fait honorable.

Jukebox Jury (Montjeu) a été "capturé" par les éleveurs d’obstacles irlandais. Mais ce lauréat de l’Irish St Leger avait quand même gagné sur 1.400m, à 2ans, âge auquel il avait couru pas moins de cinq fois. Mark Johnston expliquait qu’il n’arrivait plus à le garder dans son box et qu’il n’avait d’autre solution que de le courir pour qu’il reste "gérable" ! Plus tard, le cheval a gagné quatre Groupes sur 2.100m/2.400m. Il a débuté dans le meilleur haras allemand – Gestüt Etzean – donnant dix-neuf black types en plat avec cent soixante-six partants, soit 11 %. Un taux de réussite enviable !

Où l’on reparle de Niniski

Et puis ; il y a Niniski (Nijinsky II), malade à 2ans, puis gagnant de Groupes… dont cinq au-delà de 2.400m. Malgré les efforts de Kirsten Rausing, ce gagnant de l’Irish St Leger et du Royal Oak n’a pas beaucoup sailli. Avec à peine une centaine de produits sur ses quatre premières saisons, Niniski a tout de même été sacré deux fois tête de liste des pères de gagnants outre-Manche. Deux de ses fils ont réussi au haras : Hernando (le père de mère d’Alpinista) et Lomitas en Allemagne (le père de la deuxième mère de La Parisienne). Pour en revenir à Stradivarius, il a gagné une de ses trois sorties à 2ans, mais aucune de ses dix-huit victoires de Groupe n’a été acquise sur moins de 2.800m. Bjorn Nielsen et Jeremy Brummitt auront donc fort à faire pour convaincre les éleveurs européens qu’il est le futur Niniski… Mais à cœur vaillant rien d’impossible !

Un étalon avec une réussite statistique solide, même s’il est boudé par le marché, a de réelles chances de s’affirmer comme un père de mère de solide.