Le backhand, tout le monde à revers

Magazine / 23.07.2022

Le backhand, tout le monde à revers

Le backhand, tout le monde à revers

L’autre mesure d’importance est l’utilisation de la cravache en position dite "backhand" : le jockey ne pourra plus faire tourner sa cravache de façon à ce qu’elle parte au-dessus de la ligne de la main et du bras, donc il aura moins d’élan et moins d’impact.

Si le groupe de pilotage n’a pas désiré abaisser le nombre de coups de cravache, il a tout de même choisi un changement d’importance en n’autorisant que les coups donnés avec la cravache en backhand. Il y a plusieurs raisons :

– la cravache en backhand limite la force du coup ;

– avec la cravache en backhand, il est très difficile de donner de l’élan au coup en partant au-dessus de la ligne de l’épaule ;

– la cravache en backhand est déjà utilisée par de nombreux jockeys avec réussite ;

– à l’international, il y a une poussée pour l’utilisation de la cravache uniquement en backhand.

Il va falloir s’adapter

Dans l’ensemble, les réactions des jockeys ou anciens jockeys à la cravache en backhand sont plutôt positives. Ce sera surtout, pour certains, une habitude à perdre, comme l’a dit Kieren Fallon : « Certains jockeys vont devoir changer de style avec la nouvelle règle du backhand. Cela risque de leur paraître bizarre et il leur faudra un temps d’adaptation. Dans certains cas, c’est positif, car personne n’aime voir un cheval prendre un coup de cravache mais, au final, cela va se résoudre à devoir interpréter ce qui était de l’encouragement ou de la sécurité. Cela ne va pas être simple. »

Et pour les petits ?

L’un des rares arguments contre la cravache en backhand que nous ayons entendus concerne les inquiétudes pour les jockeys qui sont plutôt de petite taille : avec la cravache en backhand, ils risqueraient de perdre de l’allonge et ne pas pouvoir bien l’utiliser, en tapant par exemple au niveau des flancs plutôt que de la croupe. Nous avons demandé leur avis à deux jockeys français : Maxime Guyon et Olivier Peslier. Pour Maxime Guyon, il n’y a pas de problème : « Je ne pense pas que cela va désavantager les petits jockeys. À mon avis, cela ne va pas changer grand-chose. Car un coup reste un coup, qu’il soit en backhand où en pleine main. Visuellement, c’est peut-être plus joli... »

Pour Olivier Peslier – pourtant pas l’un des "petits" du peloton –, la règle va cependant être plus problématique : « Les petits jockeys risquent de taper sur les flancs. Mais, même pour moi, qui ne suis pas le plus petit des jockeys, cela risque de me compliquer la tâche. Je monte en course depuis près de trente ans et j’ai toujours procédé de la même manière. Nous, anciens jockeys, nous allons devoir nous mettre aux normes. Mettre un coup de cravache en backhand déséquilibre totalement l’action du jockey dans la ligne droite : cela nous arrête quand on sollicite le cheval. Alors, autant ne pas en mettre ! Je pense que ces règles sont faites par des personnes qui n’ont jamais monté à cheval... De plus, aujourd’hui les cravaches sont très légères. Ce n’est plus du tout comme avant. Les chevaux ne subissent aucune douleur. »

Même pas mal ?

Du côté de ceux qui ne souhaitent pas davantage de limitations autour de la cravache, on entend souvent l’argument "la cravache de course ne fait pas mal". Il y a déjà peu d’études scientifiques pour être 100 % affirmatif – surtout si la cravache est "mal utilisée" – et l’argument nous a toujours paru bancal : il suffit de regarder une course d’inédits de 2ans pour se rendre compte que beaucoup de jockeys ne sortent pas la cravache, tout simplement parce que ce sont les ordres des entraîneurs. Nous avons donc demandé à Alain de Royer Dupré, entraîneur classique par excellence, de nous éclairer sur le sujet. Il nous a dit : « La cravache oblige les chevaux à sortir de leurs gonds : ils ont peur de ce qui vient de derrière. Je ne pense pas qu’il s’agisse de la douleur physique avec les cravaches actuelles, mais c’est plus un effet psychologique, l’effet d’une action qui vient de derrière et, même si les chevaux ont les yeux sur le côté, ils ne vont pas forcément voir ce qu’il se passe et être surpris. Je pense qu’un bon cavalier de course ou de concours hippique est celui qui limite les gestes parasites et la cravache en est un. Ces gestes ont un mauvais effet sur le cheval. Jean-Claude Rouget avait eu une formule que j’aimais bien : un poulain qui va pour la première fois aux courses est comme un enfant qui va pour la première fois à l’école. Si on lui tape dessus, il ne sera pas très content et n’aura pas envie de revenir. Il faut que cela soit un bon souvenir. En ce qui me concerne, je trouve que le plus bel exemple est Yves Saint-Martin. S’il sortait trois fois sa cravache, c’était le maximum ! La cravache est la solution de facilité et les courses seraient tellement plus jolies et belles à voir avec moins de cravaches. Deux ou trois coups au maximum et des jockeys bien en souplesse avec leur cheval, ce serait tellement plus esthétique ! Et les courses doivent être quelque chose d’esthétique… »