Le magazine :  l’étalonnage français est en pleine mutation… et la saison 2022 le prouve

Élevage / 18.07.2022

Le magazine : l’étalonnage français est en pleine mutation… et la saison 2022 le prouve

Les dernières juments ont été saillies. Et il est donc possible de faire le bilan de cette saison de monte. Le marché, très sélectif, pousse les éleveurs à utiliser de plus en plus les mêmes étalons… Une tendance qui ne cesse de s’amplifier en France.

Par Adrien Cugnasse

Aux yeux de bien des Anglo-Irlandais, la France est un pays avec beaucoup d’éleveurs-propriétaires qui "tiennent le choc" grâce aux allocations et aux primes qu’offrent notre programme. Dans les faits, l’élevage français correspond de moins en moins à cette image d’Épinal. Et il est de plus en plus commercial, se rapprochant petit à petit de ce qui existe outre-Manche (même s’il n’a pas atteint le même degré de commercialisme). Cette évolution apparaît clairement dans les chiffres de la saison de monte qui vient de se clore. Les éleveurs commerciaux ne peuvent pas trop s’écarter des étalons avec lesquels ils pensent "faire mouche" sur un ring… tout en étant accessibles financièrement (d’où une possible marge lors de la vente). Logiquement, les quelques reproducteurs ayant ce profil attirent de plus en plus. Et en 2022, 34 étalons français ont atteint ou dépassé la barre des 100 juments. En 2021, ils n’étaient que 27 dans ce cas. Contre 11 en 2021. Le nombre de juments à la saillie en France étant assez constant dans notre pays, ces sires "super populaires" ont tendance à vider le carnet de bal de ceux qui le sont un peu moins (tout en étant parfois des reproducteurs tout à fait solides). La sélectivité que l’on voit tous les ans aux ventes trouve sa pleine expression dans ce phénomène… Pour retrouver la liste (remise à jour) des 77 étalons français ayant sailli 50 juments (ou plus) en 2022, cliquez ici.

Les valeurs montantes font le plein

Le cas de Siyouni (Pivotal) est un peu à part. À 140.000 €, c’est vraiment un étalon de classe mondiale qui s’adresse à une clientèle totalement européenne. Même s’il était stationné en Norvège, les éleveurs trouveraient un moyen de lui envoyer des juments et il saillirait toujours autant !

Alors qu’il n’était pas forcément (au départ) le plus attendu des étalons de sa génération, Zelzal (Sea the Stars) a su créer la surprise. C’est l’étalon le plus populaire en France cette année. Il fait la monte à 15.000 € et ses yearlings se sont vendus pour trois fois cette somme en 2021. De quoi motiver les éleveurs français ! Il a trois black types, dont deux gagnants de Groupe dans sa première production. Bouquetot a fait un carton plein en 2022 et c’est d’ailleurs le haras qui a le plus sailli sur la saison française. Avec une politique commerciale et tarifaire très ambitieuse, les huit étalons du haras ont rassemblé pas moins de 886 juments. Cinq étalons de Bouquetot ont dépassé les 100 juments : Ectot (154), Toronado (148), Romanised (141), Wooded (112)… et Zelzal.

Autre valeur montante, Zarak (Dubawi) est le meilleur étalon de sa génération en Europe selon le pourcentage de black types par partant et le nombre de gagnants de Groupe. Il est troisième selon le pourcentage de gagnants par naissance, alors même que ses partants en obstacle le désavantagent sur ce critère… Honnêtement, à ce stade de sa carrière, c’est vraiment impressionnant. Logiquement, les juments font la queue devant Bonneval. Zarak a sailli 159 juments et Siyouni 129. Avec ces deux étalons, et Sea the Stars (Cape Cross) en Irlande, les Aga Khan Studs vivent vraiment un âge d’or en matière d’étalonnage.

Galiway, le premier parmi les confirmés

Parmi les pères ayant produit des gagnants de Gr1, l’étalon du haras de Colleville Galiway (Galileo) est celui qui a été le plus sollicité dans notre pays. Les éleveurs lui ont envoyé 170 juments alors qu’il est proposé à 30.000 €. Ils estiment donc que le père de Sealiway (Champion Stakes & Prix Jean-Luc Lagardère, Grs1), d'Esope (Prix de Lutèce, Gr3) ou encore de Kenway (Prix La Rochette, Gr3) a encore une marge réelle de progression. Il présente un taux de gagnants black types par partant (10,7 %) qui est presque le meilleur de sa génération en Europe, faisant quasiment jeu égal avec celui de Night of Thunder (11 %), lequel officie à 75.000 €. Toujours à Colleville, Goken (Kendargent) continue à sortir des bons chevaux, comme les 2ans Sivana (Prix Yacowlef, L) et Lova (deuxième du Prix du Bois, Gr3), alors qu’à l’âge de 4ans, Axdavali (Goken) répond toujours présent dans les Groupes. Goken a eu 87 juments. Leur voisin de boxe, Kendargent (Kendor), a déjà sorti sept black types en 2022. Alors qu’il s’affirme aussi comme un super père de mère (bientôt 20 black types !), il a sailli 80 juments.

Ils jouent sur deux tableaux avec réussite

Le deuxième haras français ayant vendu le plus de saillies en 2022 – en comptabilisant les étalons stationnés au haras de la Tuilerie –, est celui d'Étreham avec 870 juments pour huit sires différents. Six dépassent les 100 saillies. Almanzor (129 juments), grâce aux espoirs suscités par sa production et aux bonnes ventes de l’année dernière, maintient le cap. Ils n’ont pas encore eu de produits en piste, mais Hello Youmzain (128), Persian King (115) et City Light (112) ont déjà trouvé leur public. Étreham a vraiment trouvé la bonne méthode pour impliquer les éleveurs de France (et d’ailleurs) dans la réussite de ses jeunes sires. Les étalons d’obstacle basés à la Tuilerie ont très bien travaillé. Les premiers foals de Goliath du Berlais (118 saillies) se bien vendus et Masked Marvel (118 juments) fait désormais partie des rares étalons confirmés en France.

Ailleurs en Europe, un étalon n’a aucune chance s’il saillit à la fois des juments de plat et d’obstacle. Mais en France, ce n’est pas le cas et nous avons tendance à avoir moins d’apriori que nos voisins sur ces profils polyvalents (comme Poliglote ou Muhtathir il n’y a pas si longtemps).

Ectot est un des exemples parmi les jeunes sires. On peut aussi citer Cloth of Stars (Sea the Stars), qui vient de sortir son premier gagnant lundi à Vichy avec un 2ans, tout en étant très soutenu sur le marché des sauteurs. Ses yearlings pour le plat se sont très bien vendus et ses foals pour l’obstacle aussi. Logiquement, les éleveurs répondent présent et il a sailli 173 juments. Il fait la monte au haras du Logis et Julian Ince a fait une très belle saison avec Victor Ludorum (Shamardal). Ses 155 saillies font de lui le débutant le plus sollicité de France…

Les indépendants tiennent le choc

En plat, l’époque n’est pas facile pour les haras indépendants. Mais certains tiennent encore le choc. Le haras de la Haie Neuve de Tangi Saliou tire son épingle du jeu avec le confirmé Anodin (140 juments), qui retrouve une seconde jeunesse dans l’Ouest, et Bande (115 juments) pour l’obstacle. The Grey Gatsby (Mastercraftsman) a créé une belle surprise l’an dernier avec ses premiers 2ans et Patrick Chedeville doit encore se féliciter de l’avoir recruté ! Il a sailli 120 juments en 2022… Lui aussi joue un peu sur les deux tableaux et il compte déjà un gagnant sur les obstacles.

ÉTALONS AYANT AU MOINS UNE GÉNÉRATION DE 3ANS DE PLAT EN PISTE
Étalon (1ers produits) Lieu de monte (prix de saillie) Saillies
Zelzal (3ans) Haras de Bouquetot (15.000 €) 189
Galiway (5ans) Haras de Colleville (30.000 €) 170
Zarak (3ans) Haras de Bonneval (25.000 €) 159
Ectot (3ans)  Haras de Bouquetot (5.000 €) 154
Toronado (6ans) Haras de Bouquetot (8.000 €) 148
Anodin (6ans) Haras de la Haie Neuve (4.000 €) 140
Siyouni (10ans) Haras de Bonneval (140.000 €) 129
Almanzor (3ans) Haras d'Étreham (30.000 €) 129
The Grey Gatsby (3ans) Haras du Petit Tellier (8.000 €) 120
ÉTALONS N’AYANT PAS ENCORE DE 3ANS EN PISTE
Étalon (1ers produits) Lieu de monte (prix de saillie) Saillies
Nirvana du Berlais (yearling) Haras de la Hêtraie (6.500 €) 185
Cloth of Stars (2ans) Haras du Logis (7.000 €) 173
Victor Ludorum (débutant) Haras du Logis (15.000 €) 155
Romanised (foal) Haras de Bouquetot (7.000 €) 141
Hello Youmzain (foal) Haras d'Etreham (25.000 €) 128
Beaumec de Houelle (2ans) Haras de Montaigu (6.000 €) 123
Goliath du Berlais (yearling) Haras de la Tuilerie (7.500 €) 118
Bande (yearling) Haras de la Haie Neuve (3.000 €) 115
Persian King (foal) Haras d'Étreham (30.000 €) 115
Moises Has (foal) Haras du Hoguenet (4.500 €) 114
Wooded (foal) Haras de Bouquetot (15.000 €) 112
City Light (yearling) Haras d'Étreham (7.000 €) 112
Magic Dream (débutant) Haras du Hoguenet (3.500 €) 106
Motamarris (débutant) Haras du Mazet (1.800 €) 102
For Fun (foal) Haras de la Hêtraie (3.000 €) 100
ETALONS AYANT AU MOINS UNE GÉNÉRATION DE 3ANS D’OBSTACLE EN PISTE
Etalon Lieu de monte (prix de saillie) Saillies
Bathyrhon (5ans) Haras de la Hêtraie (3.800 €) 174
Karaktar (4ans) Haras de Cercy (2.500 € public/2.000€ coop.) 141
Chœur du Nord (5ans) Élevage Lassaussaye Guillaume (5.500 €) 133
No Risk At All (8ans) Haras de Montaigu (12.000 €) 125
Cokoriko (7ans) Haras de Cercy (8.000 € public/5.000€ coop.) 122
Doctor Dino (11ans) Haras du Mesnil (20.000 €) 118
Masked Marvel (6ans) Haras de la Tuilerie (7.000 €) 118
Castle du Berlais (3ans) Haras du Lion (2.500 €) 115
Jeu St-Eloi (5ans) Haras de Cercy (3.000 € public/2.500 € coop.) 103
Triple Threat (4ans) Haras de Toury (2.200 €) 102

La grande saison de la Hêtraie

À 20.000 €, Doctor Dino (Muhtathir) évolue dans une autre sphère, grâce à la réussite impressionnante de sa production aux ventes et aux courses. À ce tarif record dans l’histoire de l’obstacle, il a sailli 118 juments en 2022. En obstacle, les étalons de référence affichent souvent complet… ou ils sont morts ! Dans ce contexte, les éleveurs n’ont d’autre choix que d’aller à des jeunes sires qui débutent ou qui représentent à leurs yeux des valeurs montantes. Les étalons de Pascal Noue se sont retrouvés "dans la bonne foulée en 2022". Avec les bons profils, bien tarifés, ils connu un très fort engouement. Ses neuf sires ont sailli 791 poulinières. Trois dépassent la barre des 100. Bathyrhon (174) sort beaucoup de gagnants. Nirvana du Berlais (185) et For Fun (100) n’ont pas encore eu de partant, mais ils ont beaucoup plu.

La réussite du haras de Montaigu est manifeste sur le marché de l’obstacle. No Risk at All (My Risk), avec 125 juments à 12.000 €, est une référence incontestable en Europe. Alors que ses premiers produits ont 2ans, Beaumec de Houelle (Martaline) continue à susciter beaucoup de confiance (notamment aux ventes) et il a sailli 125 mères… Deux des sept étalons du Hoguenet dépassent la barre des 100 : Moises Has (114) et Magic Dream (106). Eux aussi ont typiquement le profil de ces jeunes étalons d’obstacle qui "cochent toutes les cases"…

Le haras de Cercy peut compter sur une base d’éleveurs très forte qui adhèrent au concept de coopérative. D’où encore une fois un nombre très élevé de saillies en 2022 (837). Trois étalons testés sur descendance ont tiré l’ensemble vers le haut : Karaktar (141), Cokoriko (122) et Jeu St-Eloi (103). En période de transition, le haras du Lion a des recrutements en cours pour 2023. Mais Castle du Berlais (Saint des Saints), très bien tarifé, a fait une belle saison avec 115 juments à 2.500 €.

Chœur du Nord (Voix du Nord) s’affirme à Auteuil et les éleveurs répondent présent : ils lui envoyé 133 poulinières, lui qui fait la monte chez Guillaume Lassaussaye. Deux autres jeunes haras entrent dans le "club des 100". Le haras du Mazet de Mathieu Tallaux avec le débutant Motamarris (102 saillies). Et le haras de Toury de Bertrand de Soultrait grâce à Triple Threat (102 saillies), en pleine réussite à Auteuil.

Pour retrouver la liste (remise à jour) des 77 étalons français ayant sailli 50 juments (ou plus) en 2022, cliquez ici.