Benoit Jeffroy, cash et passionnant dans Le Talk de JDG Radio

Élevage / 17.08.2022

Benoit Jeffroy, cash et passionnant dans Le Talk de JDG Radio

Au lendemain des ventes de yearlings d’août Arqana, Benoit Jeffroy a longuement parlé au micro du Talk de Jour de Galop. Homme aux multiples casquettes (haras de Castillon, Al Shaqab), acheteur et vendeur, impliqué dans l’institution, il nous a donné son point de vue sur de multiples sujets essentiels. Pour écouter, c’est ici : https://www.jourdegalop.com/podcasts

L’espoir Al Hakeem

« Il y a des objectifs dans l’année où le cheikh Joaan espère avoir des partants, c’est très important pour lui : Goodwood, où il est sponsor, le meeting de Deauville, où d’habitude il arrive à se libérer et à venir, et le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe et son week-end. Il y a toute une histoire autour de cette course puisque Trêve l’a gagnée deux fois et ce serait une très belle histoire si le premier gagnant de Gr1 élevé par lui était un gagnant de l’Arc ! (…) Le cheikh Joaan aime avoir ses étalons au haras de Bouquetot et Al Hakeem est certainement un bon prospect : la boucle serait bouclée si on pouvait l’avoir élevé, le voir gagner un Gr1 et le rentrer étalon à Bouquetot. »

La chasse aux jeunes étalons

« On le sait : il faut rentrer de jeunes étalons tous les ans. Ils ne marchent pas tous, donc il faut recruter. J’ai travaillé pendant cinq ans pour Darley, à l’époque des débuts de Dubai Destination, Fantastic Light, Shamardal ou Dubawi… Il faut se souvenir que personne ne voulait de Dubawi au début et il est devenu un grand étalon ! C’est une question de nombre et de chance : si on arrive à rentrer tous les ans un ou deux étalons, voire plus, avec mes collègues étalonniers, nous aurons plus de chances de trouver le bon. »

Al Shaqab de retour chez les acheteurs

« Il est obligatoire de se renouveler. Nous avons fait une réunion au mois d’avril avec le cheikh Joaan, où nous avons essayé de trouver des réponses aux résultats un peu stagnants des années précédentes. Je lui ai dit qu’avoir 50 juments n’est pas suffisant pour être au top, même avec un Dubawi, un Frankel ou un Lope de Vega, avec les mastodontes que l’on a en face. Nicolas de Watrigant a un œil avisé et, en faisant un bon travail d’équipe, nous avions eu des résultats dans le passé en achetant des yearlings. Il faut être présent aux ventes, acheter et soutenir, que ce soit les éleveurs ou les produits de nos étalons, pour avoir de bons produits en course par la suite. (…) L’entité Al Shaqab veut s’ouvrir pour trouver de nouveaux étalons à stationner en France. »

La vente d’août est parfaite !

« Le format est vraiment bon. Les chevaux ont le temps de s’adapter. Les acheteurs ont eu le temps de regarder tous les chevaux. Est-ce que le mois d’août est la bonne période pour vendre les chevaux ? Après réflexion, je trouve qu’il est vraiment important de garder la vente au mois d’août : c’est vrai que cela arrive tôt, mais il y a l’effervescence autour des courses et du monde que nous n’aurions peut-être pas si nous n’avions pas les courses. Ce format me plaît. (…) Nous avons ressenti une vraie ferveur, comme rarement avant les ventes. Et Deauville reste Deauville, un peu comme Saratoga, c’est plus festif et une vente plus "boutique" mais cela a marché. Il faut continuer ! »

Les voyages forment la jeunesse

« Il faut énormément voyager, c’est hyper important. Je dis cela à beaucoup de jeunes : le fait de voyager, même si on n’est pas forcément acheteur, d’aller aux ventes et aux courses permet de rencontrer du monde, de créer des contacts, de voir les étalons de première production, de se faire une idée en voyant des frères et sœurs que l’on pourrait acheter à Deauville… Il faut voyager, de façon intelligente et tout le temps. »

Oui à la syndication des étalons !

« S’il y a un étalon en syndication que l’on aime, il faut en acheter une part. On va récolter les fruits des bénéfices de ce que le cheval aura produit en ayant sailli 100 juments ou plus. On se plaint parfois de ne pas avoir assez d’étalons en France. Si, collectivement, on arrive à acheter tous ensemble et à mettre un peu de billes dans différents sires, on a plus de chances d’en sortir un. »

La jeunesse doit s’investir et investir

« On constate un manque d’enthousiasme de la part des jeunes pour faire de la politique et s’impliquer… Parce que ce sont des problèmes de tous les jours qu’il faut gérer. Mais c’est dans l’intérêt de tous et, s’ils m’écoutent, je veux leur dire que c’est important qu’ils nous rejoignent à la Fédération : Loïc Malivet et son équipe ne sont pas éternels. C’est bien sûr beaucoup de travail et d’heures que de lancer sa boutique et faire en sorte que ses clients soient satisfaits mais il faut aussi s’investir dans la Fédération ou d’autres associations pour faire remonter les problèmes à France Galop et trouver des solutions. (…) Une entreprise qui n’investit pas est une entreprise qui, petit à petit, va mourir. J’ai trouvé que la nouvelle équipe du PMU l’a bien dit : s’adapter, innover, réfléchir, être collectif. J’ai la même façon de penser et il est important que la jeune génération – en plus nous nous entendons tous très bien – montre que nous sommes capables de vendre la France à l’étranger. Nous avons un très beau pays, de superbes capacités d’entraînement et d’élevage, et on peut être le vrai concurrent de l’Irlande qui, en termes de production, est le mastodonte de l’Europe. En Angleterre, on voit ce qu’il se passe : ils sont en train de mourir à petit feu et dépendent de Dubaï. À nous de prendre le relais. Voyageons et montrons que nous avons toutes les capacités en France pour faire du top. »