Fanny Hubart-Salmon : « Un jeu d’échecs avec la nature représente trois ans de travail »

Autres informations / 20.08.2022

Fanny Hubart-Salmon : « Un jeu d’échecs avec la nature représente trois ans de travail »

Fanny Hubart-Salmon : « Un jeu d’échecs avec la nature représente trois ans de travail »

En 2022, la famille Aga Khan fête son centième anniversaire d’implication dans les courses européennes. À cette occasion, un film documentaire, Un jeu d’échecs avec la nature a vu le jour. Fanny Hubart-Salmon, coréalisatrice du film, nous a parlé de son élaboration.

Jour de Galop.- Comment le projet est-il né ?

Fanny Hubart-Salmon.- En janvier 2019, nous avons reçu un coup de téléphone de la part d’Aline Giraud, la directrice du marketing des Aga Khan Studs. Elle nous a dit que les équipes des haras de Son Altesse l’Aga Khan réfléchissaient à une façon de célébrer le centenaire de l’implication de la famille Aga Khan en Europe. Nous avons organisé une réunion afin de voir ce qu’il serait possible de faire. Finalement, nous avons pensé qu’il serait bien de travailler sur un documentaire.

Le film est marqué par la richesse des archives. Comment avez-vous procédé pour toutes les réunir ?

J’ai passé des semaines, parfois même des mois à chercher certaines archives. Lorsque j’ai entendu la voix de l’Aga Khan III pour la première fois, c’était vraiment magique. Voir Mumtaz Mahal prendre vie, avec sa personnalité qui ressort, ça aussi c’était juste incroyable. Ces archives viennent de diverses collections de France et d’Angleterre, mais aussi du documentaire effectué sur son Altesse l’Aga Khan en 1961. Olivier Dulieu d’Equidia, m’a permis de retrouver les contacts des personnes qui l’avaient réalisé. J’ai pu les contacter et leur demander les autorisations afin d’exploiter les images. Comme il y a des ayants droit, et des coûts liés aux archives, le film n’est pas encore disponible. Il est important d’être respectueux de la propriété intellectuelle. Mais, comme le film a été approuvé dans sa forme actuelle, nous allons travailler pour faire en sorte qu’un maximum de personnes puisse le voir.

Pourquoi avoir décidé de découper le film selon les quatre saisons ?

Il n’était pas question de faire cela dans la chronologie pure. L’idée a donc été de s’ancrer dans le présent avec ce cycle des quatre saisons. À la base, nous étions partis sur un film de 52 minutes. Mais, quand nous avons fait la liste des chevaux qu’il était primordial de faire figurer, ce n’était pas possible ! Avec Dimitri Lordanesco et les équipes des Aga Khan Studs, nous avons dû réaliser un conséquent travail d’élaboration et de préparation. Aline Giraud est venue avec nous sur toute une partie du tournage. Kate Hannam, qui est son adjointe désormais, est arrivée fin 2021, et a aussi beaucoup participé. Dans sa version actuelle, nous faisons l’impasse sur énormément de choses.

En réalisant ce film, qu’est-ce qui était le plus important de transmettre pour vous ?

L’engagement de départ était de pouvoir retransmettre ce côté "famille" et comment les membres de cette famille vivent cette passion, la font perdurer. Comment tout cela est né et comment cela a évolué... C’est donc l’histoire de quatre générations et celle à venir. Il était important pour nous de montrer comment les personnalités de l’Aga Khan III, du prince Aly Khan, de l’Aga Khan actuel et de la princesse Zahra ressortent, sans pour autant être "voyeur". Lors de l’interview du prince et de la princesse, nous sentons cette humilité, cette passion et ce respect en commun. Il y a aussi beaucoup d’admiration et d’humour ! Je pense que l’humilité et l’humour sont les deux traits les plus marquants et les plus importants à retranscrire.

Combien de temps a duré le tournage ?

À cause du Covid, nous avons passé énormément de temps à replanifier les choses ! Le film sur le centenaire des Aga Khan Stud représente trois ans de travail. Nous avions prévu quarante jours de tournage à la base. Mais nous sommes plus autour des soixante jours. Il faut rajouter à cela les cinq mois de montage à plein temps plus la préparation, la recherche, les contacts... Avec le Covid, nous nous y sommes pris à cinq reprises pour l’interview d’Alain de Royer Dupré ! Nous avons eu recours à une équipe en Irlande, qui a filmé à notre place lorsque nous ne pouvions pas y aller. Avec Dimitrie, nous n’avons pu nous y rendre qu’en septembre de l’année dernière. Aussi, durant le tournage, nous avons pu nous installer au haras de Bonneval pendant environ une semaine. Vivre au cœur du haras, même durant le Covid, cela a changé la perspective, la qualité et le rendu des images.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Le plus gros défi était de gérer le Covid. Mais le plus difficile a été de couper des choses qui nous tenaient à cœur. Dimitrie Lordanesco est vraiment un artiste : il a fait une école de cinéma et des dizaines de documentaires. Moi, à la base, je suis journaliste. J’aime beaucoup raconter des histoires, fouiller dans les archives et livrer un message. Nous sommes donc deux réalisateurs très complémentaires. Mais, parfois, malgré cette complémentarité, nous ne sommes pas d’accord. Il faut donc étayer nos arguments et arriver au meilleur compromis possible. Parfois, il faut bien reconnaître que nous avons passé des jours et des jours de montage pour, qu’au final, cela n’apparaisse pas dans l’ultime version. C’est très dur mais cela fait partie du jeu.

Vous qui avez réalisé pas mal de choses, c’est votre plus belle réussite ?

J’ai travaillé sur d’autres très beaux projets. Mais celui-ci est sans doute le plus abouti car on nous a laissé le temps de faire les choses. Quand nous avons vu que nous allions prendre du retard avec le Covid, il n’y a pas eu cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Suite à la pandémie, l’équipe des Aga Khan Stud aurait très bien pu tout annuler. Cela a été une aventure créative et humaine exceptionnelle. Il faut vraiment saluer le travail de Dimitrie Lordanesco. Il est le coréalisateur et le directeur de la photographie. C’est lui qui a choisi la caméra et qui a travaillé derrière... Sur le montage, nous avons aussi collaboré tous les deux avec Jean-Pierre Calduk. Un grand merci également à Julie White, en Irlande, qui est aussi passionnée d’histoire, ainsi qu’à Aline Giraud et Kate Hannam. Tous ont fait partie d’une super équipe !