Entrepreneurs dans l’âme

Courses / 22.09.2022

Entrepreneurs dans l’âme

En mai 2022, l’entourage de Verry Elleegant a choisi de relever un grand défi : envoyer la jument de 7ans en France, chez Francis-Henri Graffard, dans l’espoir d’y gagner de grandes courses. Une vraie prise de risque mais qui correspond bien au profil de plusieurs de ses propriétaires.

Un changement d’hémisphère et un divorce

Revenons en mai 2022. L’annonce tombe : Verry Elleegant part en Europe. Du côté de l’Australie, les réactions sont mitigées : certains applaudissent le défi mais beaucoup de fans sont en colère. Parce que la gagnante de la Melbourne Cup a 7ans et plus rien à prouver, mais également parce que cela est jugé injuste pour son très populaire entraîneur, Chris Waller, celui qui a également géré la carrière de Winx (Street Cry). La décision ne fait pas l’unanimité au sein même des nombreux propriétaires de Verry Elleegant. L'Ellee Syndicate – Ellee étant le surnom de Verry Elleegant –, propriétaire originel de la jument néo-zélandaise, vend sa part de 20 % : ses membres (dont l’éleveur Don Goodwin) sont contre l’aventure européenne et le fait de la retirer à Chris Waller.

C’est pour cette raison que Verry Elleegant ne porte pas les mêmes couleurs qu’en Australie : de la casaque d’Ellee Syndicate (rouge et bleu), elle est passée sous la verte de Jomara Bloodstock, derrière laquelle on retrouve les frères et sœur Carter (John Jr, Mark et Rachael), qui ont hérité de la passion des courses de leur père, John Sr. Les couleurs ont notamment été portées par Humidor, gagnant de l’Australian Cup.

Les moyens justifient la fin

Verry Elleegant a de nombreux propriétaires. Logique au pays où les associations de propriétaires et écuries de groupe sont si nombreuses. Quatre noms se détachent particulièrement. Il s’agit de quatre entrepreneurs : Brae Sokolski, Ozzie Kheir, John O’Neill et Jonathan Rosham.

Brae Sokolski est le cofondateur et directeur général de MaxCap, une société spécialisée dans le financement immobilier commercial. De tous, il est le plus médiatique, ou au moins le plus médiatisé. Brae Sokolski, outre la Melbourne Cup, a aussi gagné l’Everest, le sprint le plus richement doté au monde : il était copropriétaire de Yes Yes Yes, lauréat en 2019. En juin 2022, il a donné une interview au site Developement Ready et a expliqué sa philosophie : « Qu’il s’agisse de MaxCap ou des courses, tout est tourné vers l’objectif de la réussite de grandes choses. J’ai toujours pensé que, pour cela, il fallait se concentrer sur les moyens plutôt que sur la fin, qui va découler du "comment". Dans le monde de l’entreprenariat, on parle souvent de "laisser une trace" mais, selon moi, cela n’est pas une histoire de réussite personnelle. Il s’agit de tenter des choses différentes et de réaliser de grandes choses. (…) Dans les courses, le "laisser une trace" le plus important est de rendre le milieu populaire et voir d’autres personnes vivre tant de moments de joie en étant propriétaires et impliquées dans le milieu, ce que je fais avec zèle. L’important n’est pas que mon nom soit mis en lumière. Il n’est pas non plus que j’aie entre mes mains le trophée de la Melbourne Cup. »

Aziz "Ozzie" Kheir est, avec Brae Sokolski, l’autre copropriétaire de Verry Elleegant souvent mis en avant. C’est aussi un self made man : il est propriétaire du groupe de développement immobilier Resimax… et gagnant du Cox Plate avec Sir Dragonet (Camelot), qui courait sous ses couleurs. Ozzie Kheir vit l’aventure Verry Elleegant avec son frère Victor Kheir, qui travaille pour lui. Jonathan Rosham est quant à lui le fondateur et directeur du groupe d’investissement privé Cygnet Capital. Ses chevaux courent sous le nom de Balmerino Racing, en souvenir de Balmerino (Trictrac), champion néo-zélandais qui avait conclu deuxième d’Alleged (Hoist the Flag) dans l’Arc en 1977, sous l’entraînement de John Dunlop. Passionné de sports, il a amené plusieurs stars de l’équipe de football australien du Hawthorn Football Club (les Hawks) avec lui dans l’aventure hippique. Enfin, John O’Neill est président directeur général de QMS Media… Si vous souhaitez louer un panneau publicitaire dans les grandes villes australiennes comme Melbourne ou Sydney, faites appel à lui. Il est le JCDecaux australien et a d’ailleurs "piqué" le marché de Sydney à l’entreprise française récemment…

Ils ont gagné la Melbourne Cup, pris la deuxième place et acheté le troisième !

Brae Sokolski, Ozzie Kheir, John O’Neill et Jonathan Rosham ont des postes importants et les moyens financiers qui en découlent. Ils ont investi des sommes colossales dans les courses et ont réussi un petit exploit en 2021. Ils ont remporté la Melbourne Cup avec Verry Elleegant mais comptaient également parmi les copropriétaires du deuxième, Incentivise (Shamus Award). Ils ont donc" ramené la Cup à la maison" et empoché une partie des allocations du premier et du deuxième !

Qu’ont-ils donc fait de tout cet argent ? En ce qui concerne Brae Sokolski, cela lui aura été utile pour payer l’amende de 10.000 A$ infligée par les commissaires australiens pour ne pas avoir respecté les protocoles Covid sur l’hippodrome, emporté par l’émotion du moment… Il aura aussi fallu financer la grande fête de la victoire, rassemblant plus de cent personnes. Plusieurs personnes – dont Ozzie Kheir – sont reparties de la soirée positives à la Covid-19. Les tabloïds australiens ont apprécié et surnommé cette fête : la Covid Cup Party.

Mais au-delà de cela, nos quatre hommes d’affaire ont… réinvesti, pardi ! Une semaine après la Melbourne Cup, il a été annoncé que le troisième de la course, Spanish Mission (Noble Mission), jusque-là représentant de Team Valor et Gary Barber, a été acheté par des propriétaires australiens parmi lesquels nos "quatre fantastiques"… Objectif Melbourne Cup 2022 ! Le cheval est désormais entraîné par Peter Moody – l’homme de Black Caviar (Bel Esprit) – et est cinquième favori de la course chez les bookmakers.

Ascot pas impossible, 2023 aussi

Jeudi matin, Brae Sokolski a donné une interview à Sky Racing Australia. Les plans pour Verry Elleegant pourraient ne pas s’arrêter à l’Arc. Il a expliqué : « Nous sommes ravis de courir l’Arc. C’était une décision unanime. Je pensais que nous, les propriétaires, allions devoir convaincre son entraîneur, mais il nous a devancés et nous a dit qu’elle avait encore progressé sur sa deuxième sortie et qu’il voulait la courir et pensait qu’elle avait une belle carte à défendre. Cela nous suffisait. Nous sommes tellement enthousiastes à l’idée de courir ! J’ai essayé de convaincre James McDonald [qui montait Verry Elleegant en Australie, ndlr] de se mettre en selle mais il a des engagements, ici, à Sydney et cela aurait été difficile de les manquer, c’est compréhensible. Nous aurions aimé l’avoir pour une course si spéciale mais ce n’était pas possible. Nous n’avons pas encore de jockey et peut-être en saurons-nous plus d’ici 48 h. En ce qui me concerne, je serai présent le jour de l’Arc : je ne peux pas manquer cela ! Je pars jeudi prochain et serai sur place deux jours avant la course. D’autres vont venir aussi. Qu’elle gagne ou non, nous sommes fiers de la jument ! L’Arc n’est pas prévu comme étant sa dernière course : elle pourrait aller vers le Champions Day à Ascot, ensuite, pour disputer les British Champion Fillies & Mares Stakes (Gr1). Cette course a lieu deux semaines après, cela dépendra de sa performance dans l’Arc et de sa récupération. Et si elle continue à montrer des progrès, rien ne dit qu’elle ne sera pas en piste l’an prochain. Nous pourrions peut-être prévoir, dans ce cas, une tournée européenne d’adieu durant l’été européen, avec pourquoi pas une tentative à Royal Ascot ! »