Francis-Henri Graffard : « On vient de se tirer une balle dans le pied auprès de deux des principaux marchés internationaux »

Courses / 28.09.2022

Francis-Henri Graffard : « On vient de se tirer une balle dans le pied auprès de deux des principaux marchés internationaux »

La certitude que Verry Elleegant ne soit pas au départ de l’Arc a fait naître un début de "bad buzz" sur les réseaux sociaux. La décision de France Galop a été vécue comme un manque de respect dans l’hémisphère Sud et on voit poindre un certain "French racing bashing"… Son entraîneur nous a expliqué la situation.

« Pour une fois dans l’année, on aurait dû donner la priorité au sport. J’ai l’impression que l’Institution ne prend pas la mesure de ce qui est en train de se passer : on est la risée du monde des courses. C’est indéfendable et terriblement négatif pour le galop français en général. Au-delà même de l’entourage de Verry Elleegant (Zed) et La Parisienne (Zarak). L’Institution a pris une décision "court termiste". Or les conséquences vont se faire sentir à long terme. Verry Elleegant appartient à des Australiens, soit un des plus grands réservoirs de propriétaires et d’investisseurs au monde. La Parisienne appartient en majorité à un Américain. Or on voit bien chez Goffs en Irlande, ces derniers jours, l’importance que les propriétaires venus d’Outre-Atlantique sont en train de prendre à l’échelle mondiale. Historiquement les Américains ont eu une importance capitale dans les courses françaises. Ce sont eux qui ont créé l’écurie des Monceaux, le haras du Quesnay… Le fait d’avoir fermé la porte à ces deux pouliches est en train d’être massivement relayé dans les médias hippiques étrangers et sur les réseaux sociaux aussi, renvoyant une image très négative à travers le monde. En parallèle, nous avons plus que jamais besoin de tous les propriétaires – français comme étrangers – pour retrouver la compétitivité qui a été la nôtre. J’ai une pensée également pour les propriétaires français de La Parisienne, pour ses entraîneurs et pour ses éleveurs : on les prive de leur rêve d’Arc. Alors même qu’elle est certainement meilleure que plusieurs chevaux qui seront au départ.

J’ai un autre client, Australien, qui devait m’envoyer des yearlings et qui, suite à cette affaire, m’a dit qu’il ne voulait plus avoir des chevaux en France. Il restera en Angleterre. Car le problème, ce sont aussi les ratings terriblement faibles qui ont été affectés à Verry Elleegant depuis son arrivée en France. Ils envoient un message très clair à l’autre bout du monde : nous, acteurs de la filière française, méprisons le galop australien. Les Australiens, qui aiment les courses, le vivent comme un affront. Il faut bien comprendre quelle est la différence de taille entre nos deux pays : la France, c’est environ 5.000 courses de plat par an, contre 19.000 en Australie. Leur réservoir de propriétaires est infiniment plus conséquent : l’avenir, à l’échelle mondiale, ne se fera pas sans eux. Et lorsqu’ils envoient un cheval en Europe, c’est purement par esprit sportif. Au niveau des allocations, une jument comme Verry Elleegant a infiniment plus d’espoirs de gains en Australie. Tout comme La Parisienne aurait pu courir pour des allocations notablement plus élevées aux États-Unis. On punit donc des gens qui sont là pour le sport. On vient de se tirer une balle dans le pied auprès de deux des principaux marchés internationaux.

J’espère au moins que ce qui vient de se passer va provoquer un changement de la règle pour l’avenir. Pour qu’une telle situation ne se reproduire pas. On pourrait par exemple accepter tous les chevaux au-dessus de 50 de valeur.

Les chevaux français sont constamment sous-évalués par notre handicapeur et les conséquences sont multiples, tout au long de l’année, au moment de vendre un cheval ou d’engager dans des courses internationales, par exemple. L’Institution française n’aide pas les entraîneurs français dans leur démarche de prospection. Je dirais même que son attitude, son manque d’ouverture d’esprit, est une entrave à la réussite de notre filière.

Et si l’on rajoute les problèmes d’accueil constants sur les hippodromes, on arrive à une situation où il est encore plus dur d’attirer des propriétaires internationaux. Nous, entraîneurs, en sommes réduits à essayer de faire diversion pour que ces personnes qui font vivre notre filière ne voient pas l’accueil qui leur est réservé lorsqu’ils font le déplacement sur un hippodrome français. Depuis le jour où Verry Elleegant a posé un sabot sur le sol français, ce fut un chemin de croix. Impossible de l’engager dans l’Arc en amont. Des problèmes pour obtenir les agréments des propriétaires. Au même moment, l’équivalent irlandais de France Galop faisait des pieds et des mains pour que nous la courions chez eux. Les Irlandais ont bien compris que leur intérêt était de l’avoir dans une de leur course, avec des centaines de milliers de téléspectateur de l’hémisphère Sud. Ne soyons pas surpris si, dans l’avenir, les futures Verry Elleegant sont envoyées en Irlande ou en Angleterre. Ou si leurs propriétaires confient des yearlings à des entraîneurs du Curragh ou de Newmarket. Or ce sont ces mêmes chevaux, sous casaques australiennes et américaines, qui viendront nous battre dans les Groupes français. Aujourd’hui, c’est toute la France des courses, dans son intégralité, qui a perdu… Il faut remettre les propriétaires au cœur de nos priorités. Ils méritent beaucoup plus de respect et de considération au regard des sommes qu’ils investissent. »

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