Spécial Japan Cup : bienvenue à Tokyo - Fushu !

International / 28.11.2022

Spécial Japan Cup : bienvenue à Tokyo - Fushu !

Dimanche 27 novembre, l’hippodrome de Tokyo a accueilli la Japan Cup (Gr1). Jour de Galop était sur place et nous vous proposons une visite guidée du site, un "méga-hippodrome" à l’asiatique : huit étages et une multitude de choses à faire.

Par Anne-Louise Échevin

Coup de cœur pour le musée

Les bras m’en sont tombés en découvrant le musée de la Japan Racing Association, situé en face du dernier tournant et ouvert en 1991. Les yeux ébahis, j’ai parcouru les différentes salles. Même sans comprendre le japonais, on arrive à saisir l’essence du lieu. Sur le rez-de-chaussée, à droite en rentrant, une grande salle est dédiée aux enfants, avec un dessin animé racontant une course. Un des membres de la J.R.A. nous explique qu’il venait, tout petit, au musée et que son envie de travailler dans les courses hippiques est née à ce moment-là. Sur la gauche de l’entrée, une salle retrace toute l’histoire des courses au Japon. Les illustrations sont nombreuses et d’anciens trophées sont exposés.

Au second étage, l’histoire des courses hippiques est retracée, depuis les courses de char jusqu’à celles des temps modernes. Dans ce long couloir, des photos des champions du monde entier sont exposées : pour la France, on aperçoit Miesque, Allez France ou Three Troikas par exemple. En sortant du couloir, on trouve des stalles de départ et, en face, l’escabeau du starter. Le public est invité à monter sur un cheval dans les stalles tandis qu’une autre personne prend la place du starter. C’est un cérémonial au Japon, avec une fanfare et le drapeau rouge agité pour indiquer l’entrée dans les stalles ! La personne prenant la place du starter agite le drapeau et, ensuite, les stalles s’ouvrent. Génial !

Toujours au second étage, dans la salle avoisinante, il y a tout ce qu’il faut pour comprendre l’aspect plus technique des courses : de quoi est composée la piste et comment on l’entretient, quels sont les harnachements et artifices utilisés, les grands lieux des courses mondiales, ainsi que des replays des courses et des vidéos pour mieux connaître les champions japonais. Celle de Deep Impact, par exemple, commence avec des vidéos du cheval foal. Mais mon plus grand coup de cœur se trouve au premier étage. C’est le Hall of Fame.

Un Hall of Fame splendide !

Quarante-quatre chevaux ont été admis au Hall of Fame de la J.R.A. (lancé en 1984). Le plus ancien est Kumohata, né en 1936, et le plus jeune Kitasan Black, né en 2012. La presse vote pour admettre les chevaux et le minimum requis pour avoir sa place dans le Hall of Fame est d’obtenir 75 % des voix. Almond Eye n’en a eu que 70 % l’an passé et n’a pas été admise mais cela ne saurait tarder, nous confie-t-on. Chaque cheval a droit à une fiche de présentation avec une photo, mais aussi un tableau et une sculpture. Ses performances et son pedigree sont précisés et, parfois, un de ses fers est aussi exposé. Il y a une scénographie : les gagnants de Triple couronne sont honorés en ayant leur vitrine au centre des pièces, les autres étant placés le long du mur.

Dimanche, du monde se pressait dans le musée, et particulièrement dans l’espace du Hall of Fame. Le directeur du musée nous a expliqué que, depuis le succès du jeu vidéo Uma Musume Pretty Derby – les filles-cheval dont nous vous avons parlé précédemment –, il voyait beaucoup de jeunes gens visiter le Hall of Fame pour voir les chevaux dont les noms sont utilisés dans le jeu. Si vous avez la chance de vous rendre à Tokyo, nous vous conseillons vraiment de vous rendre au musée de la J.R.A., et particulièrement d’aller marcher dans les traces de tous les grands chevaux du Hall of Fame. C’est une très belle visite, émouvante. Ah, si nous pouvions avoir un tel lieu en France, cela laisse rêveur !

Photo 4 : Le sanctuaire en l’honneur des chevaux

Un merveilleux jardin japonais derrière le rond

Juste derrière le rond de présentation se trouve un petit jardin japonais, absolument splendide, avec les couleurs de l’automne. En son sein, un charmant petit lac dans lequel nagent les célèbres carpes japonaises (les koi). C’est un vrai havre de paix au sein de la frénésie de l’hippodrome, où le public peut déjeuner par exemple. À l’entrée du jardin trône la statue de Tokino Minoru, champion des années 50 et mort dix-sept jours après le Derby. De la nourriture a été posée en offrande au pied de la statue. Quelques mètres plus loin, on découvre un shrine (sanctuaire) qui déborde d’offrandes ! Il y a beaucoup de sanctuaires de ce type au Japon. Celui-ci est en l’honneur des chevaux et il n’est pas le seul au Japon. On en trouve un peu partout. Ces monuments existent pour remercier et honorer les chevaux qui, durant leur vie, sont des compagnons des hommes et partagent leur vie avec nous. Les offrandes sont des remerciements. Très touchant.

Les écrans géants… géants !

On trouve trois écrans géants qui n’ont pas volé leur qualificatif à Tokyo. L’un borde le rond de présentation et deux autres sont au niveau de la ligne droite, avec celui à l’entrée de cette partie de la piste plus petit que l’autre. Pour les parieurs, c’est une mine d’informations. Les cotes, mais aussi les poids des chevaux (et leur évolution), les chevaux marchant dans le rond… Le samedi, étaient notamment diffusées les interviews des entourages des chevaux internationaux, ainsi que les vidéos de leur entraînement. Certains parieurs bougent peu de leur place, surtout au moment d’une grande course : ils campent au rond pour voir les chevaux tandis que d’autres se sont assurés une première place le long de la ligne droite ou du rond du gagnant. Chacun son endroit favori et, où qu’ils soient, l’information doit venir à eux. Au Japon, comme à Hongkong, on ne fournit jamais trop de données et d’informations aux parieurs !

Les petits plats dans les grands pour les entourages des partants

Tous les entraîneurs internationaux présents pour l’édition 2022 de la Japan Cup ont salué l’organisation et l’accueil exceptionnels de la J.R.A. Le vendredi soir, tous les entourages des partants ont été conviés pour le dîner de gala de la Japan Cup, qui se tenait pour la première fois depuis la Covid-19. Tous les chevaux ont été présentés, ainsi que leurs entourages. Les propriétaires ou leurs représentants ont ensuite été invités à se rendre sur l’estrade pour être salués et mis en valeur.

Des tribunes XXL

Les tribunes de Tokyo s’élèvent sur huit étages et, après les avoir parcourues en long, large et travers, mes pieds ont commencé à protester ! Il y a tant à faire et tant à voir à l’intérieur des tribunes. Les halls de paris sont immenses, ressemblant presque à un aéroport. Côté restauration, l’offre est exceptionnelle : des restaurants proposant beaucoup de variétés de plats japonais, mais aussi italiens, des pizzas ou encore un Burger King et un Seven Eleven. Il y en a pour tous les goûts et toutes les envies. Le public peut trouver un endroit où manger sur le pouce, debout, ou des espaces où il est possible de se poser avant de repartir à l’aventure.

Il y a toujours quelque chose à voir ou à faire dans les tribunes de Tokyo. Au rez-de-chaussée, on trouve un espace consacré aux Grs1 de Tokyo. Les lauréats des années récentes sont présentés, avec la peluche à leur effigie. Une sorte de sapin de Noël avec des centaines de peluches a été mis en place : inspiration pour le Noël à venir… Il faut donc trouver les peluches et, pour cela, rendez-vous au Turfy Shop !

Parlons-en, du Turfy Shop. C’est comme être un gamin à Disney. Par rapport à notre visite de 2017, la boutique proposait moins de marchandises cette année : certainement en raison de la Covid et d'une envie d’aérer l’espace pour éviter que les visiteurs ne soient collé les uns aux autres. Dimanche, il fallait tout de même faire la queue pour pouvoir y rentrer ! Côté merchandising, la J.R.A. est incroyable : peluches, mais aussi stylos, casquettes, porte-clés, tasses et livres. Vous y trouverez forcément votre bonheur ! La star du Turfy Shop est la blanche Sodashi.

Retournons dans les tribunes. On trouve une représentation grandeur nature de Deep Impact, juste à côté d’une grande carte du monde, avec tous les plus célèbres hippodromes du monde indiqués et présentés en photo (Longchamp et Chantilly pour la France)… Les chevaux sont mis à l’honneur un peu partout : les couleurs des gagnants de Japan Cup, de grandes affiches des lauréats des principaux Grs1 de Tokyo. La J.R.A. fait tout pour les parieurs mais souhaite avant tout créer des fans des courses et on sent, sur l’hippodrome de Fuchu, l’envie de développer une culture hippique en mettant en avant les champions.

Les points principaux sont situés sur les premiers étages, sachant qu'en montant, on arrive aux tribunes avec sièges réservables et enceintes professionnelles. Moins d’animations, avec tout de même de la restauration. Au cinquième étage, on retrouve deux spots Umajo, une curiosité japonaise. C’est la marque développée par la J.R.A. pour les femmes, afin de les inciter à venir sur les hippodromes, lieux qu’elles pouvaient trouver intimidants. Seules les femmes peuvent s’installer aux cafés et jardins Umajo, à l’abri des regards. Un merchandising Umajo, tout rose, a aussi été développé. Cela peut paraître sexiste et le concept ne serait probablement pas implantable dans tous les pays du monde, mais cela fonctionne au Japon.

Dernière chose incroyable : en quittant l’hippodrome, le soir, il n’y a pas un ticket ou papier par terre. Mais non, le ménage n’a pas encore été fait ! Un autre monde.