AQPS : cent ans mais de la suite dans les idées

Courses / 05.12.2022

AQPS : cent ans mais de la suite dans les idées

Dimanche à Auteuil a eu lieu la 100e édition de l’Assemblée générale des AQPS, une association qui compte plus de 600 adhérents. Après avoir observé une minute de silence en hommage à Pascaline de Lageneste, plusieurs intervenants se sont succédé au micro tout au long de la matinée. Le plan de restructuration des courses a été au centre des échanges.

Par Guillaume Boutillon

Hervé d’Armaillé : « Hors de question de supprimer le Conseil de l’obstacle ! »

 « Nous nous réunissons aujourd'hui (lire samedi 3 décembre) pour participer à notre 100e Assemblée générale des AQPS. Ce n'est bien sûr qu'un symbole, mais peu d'événements hippiques en France ont cet âge et cela nous permet de mesurer le poids de notre héritage. Nous avons fêté ce centenaire cet été, à Auteuil, dans la tribune présidentielle. Et malgré les horaires chamboulés par la canicule, ce fut un beau succès. Nous avons donc peuplé seuls l'hippodrome. Et même s’il n’était pas souhaitable pour la bonne santé de notre activité, cet événement en happy few reste mémorable. »

Des reproches faits au PMU

« Jacques Détré, vice-président de France Galop et président du Conseil de l'obstacle, vous détaillera les mesures de France Galop pour réduire le nombre de courses premium creuses. En effet, ces épreuves à moins de huit partants pénalisent beaucoup le chiffre d'affaires des opérateurs. Et en particulier du PMU. Une fois encore, contrairement à ce qui avait été dit dans le cadre du séminaire de l'obstacle, le PMU n'a apporté aucune solution pour adapter son offre aux courses creuses, en plat dans les courses de Groupes, comme en obstacle dans certaines catégories. C'est donc encore une fois à nous de nous adapter. Malgré tout, la participation de nos élus et de nos alliés aux débats dans les instances a permis de limiter les dégâts. Reste des aménagements de bon sens qui devront faire leurs preuves, je pense notamment au décalage du meeting de Pau jusqu'à la mi-février. Cela dit, les associations d'AQPS sont habituées à défendre leur calendrier. Nous avons déjà dû réduire par le passé notre programme de plat d'une trentaine de courses au cours des dix dernières années sans baisser notre enveloppe, en créant des épreuves sur les haies qui ont d'ailleurs très bien marché. On dit d'ailleurs que la créativité a besoin de contraintes pour s'exprimer vraiment. Ça tombe bien, les éleveurs d'AQPS n'ont jamais manqué d'inventivité. C'est ainsi que nous avons atteint l'âge vénérable de 100 ans. À ce sujet, les éleveurs peuvent et doivent compter sur les ventes de leurs produits pour financer leur activité et leurs investissements. »

Les exportations, une nécessité

« Il se trouve que les ventes sont souvent destinées à l'export, ce qui a pour conséquence indirecte de vider certaines épreuves. France Galop nous le reproche. Il faut savoir que nous n'exportons pas toujours de gaieté de cœur, mais simplement car on ne peut pas compter que sur les allocations pour subsister. Nous ne pouvions pas davantage nous reposer sur la seule demande des propriétaires français, qui reste faible. Ce n'est certainement pas notre seul fait. Et puis il faut lever une certaine ambiguïté qui devient un peu pesante. Parlez-moi d’une activité française qui exporte, et bien, une grande partie de sa production, en serait-elle malheureuse ? Irait-on reprocher à un grand élevage normand d'avoir réussi des bonnes ventes à Deauville ? Le but de l'élevage est de produire les meilleurs chevaux possible. Qu'ils trouvent leur destin à l'étranger après que l'éleveur s'en est séparé ne devrait pas pouvoir nous être objecté. »

Du bon et du moins bon

« Pour revenir à nos courses plates, nous devons nous réjouir d'avoir pu remplir les épreuves pour 3ans, mais nous avons été moins performants avec les 4ans et 5ans. Le Prix Chloris (Gr2 AQPS) et ses six partants en est le témoignage. Ce Groupe avait le désavantage de se retrouver à dix jours à peine d'une épreuve de Nantes décalée à Dieppe, qui appelait les mêmes concurrents. En revanche, le Prix de l'Avenir (Gr3 AQPS) a réalisé les enjeux parmi les plus forts de la journée. Cela prouve que le contexte de course est parfois aussi déterminant que sa nature. En obstacle, nos steeple-chases de 4ans n'ont pas été très bons à l'automne, car nous n'avons jamais réussi à avoir plus de huit partants. Nous allons d'ailleurs en transformer un en une course de haies en 2023. »

Les AQPS avec Alliance Galop pour les élections 2023

« L’année 2023 est aussi celle des élections à France Galop. Comme lors de l'édition précédente, nous renouvelons notre partenariat avec Alliance Galop. Et je lance aujourd'hui la mobilisation générale. L'obstacle – on le voit – a toujours besoin d'être représenté. Est apparue une proposition de modification des statuts de France Galop, prévoyant la disparition du Conseil de l'obstacle et du plat et de la vice-présidence du Conseil de l’obstacle et du plat pour un Comité réduit. J'y vois une volonté affirmée de France Galop de réduire l'influence des socioprofessionnels et leur représentativité au bénéfice des choix plus personnels. Au lieu de devoir consulter ceux qui sont élus, on préférerait consulter ceux qui sont du même avis, c'est évidemment plus facile. À titre personnel, je voterai contre cette proposition au Comité de France Galop et j'encouragerai mes collègues du Comité à en faire de même. Il est hors de question de supprimer le Conseil de l'obstacle, avec des membres reflétant les résultats des élections et un président réputé indépendant et efficace. »

Le livre du centenaire des AQPS sortira au printemps

« Le livre de Céline Gualde est en cours de réalisation et nous cherchons encore quelques belles illustrations. Nous vous encourageons à vous manifester si vous en détenez. Nous espérons pouvoir lancer la commercialisation de cet ouvrage pour le week-end du Grand Steeple. »

Jacques Détré : « L’ajustement de l’offre était absolument nécessaire »

« Concernant le plan de restructuration des courses, la base de tout est la réflexion sur les enjeux, et de fait sur les partants. Au départ, ce plan était prévu pour un redimensionnement de l’offre concernant 149 épreuves d’obstacle, ce qui était extrêmement important. Je me souviens très bien de que m’avait dit Jacques Cyprès à la sortie du Conseil d’administration : "149 courses en moins, c’est 149 victoires en moins pour des propriétaires." C’est un langage qui me parle, car une même la victoire d’une petite course P.M.H. est importante pour un propriétaire. Son cœur bat la chamade, l’adrénaline monte et c’est ce qui lui permet de continuer à avoir des chevaux. Nous avons donc repris notre travail et sommes allés plus au fond de choses. Mais il faut bien comprendre le paradoxe dans cette affaire : nous avons été obligés de supprimer des courses P.M.H. qui se couraient sur de bons hippodromes pour pouvoir amener plus de partants sur des réunions premium. Car ce sont les premium qui donnent des enjeux et les enjeux qui financent les allocations. Ne parlons pas du 2/3 – 1/3, car s’il était dans les statuts à l’heure actuelle, il serait soumis à rude épreuve… »

Un ajustement avant la "grande" réforme

« Cet ajustement était absolument nécessaire. Mais croyez-moi, on va mettre la pression sur le PMU pour qu’ils mouillent aussi leur chemise, parce qu’on a l’impression que nous sommes les seuls à faire des efforts dans cette histoire-là. Et surtout, nous allons reprendre le programme national des courses P.M.H., sachant que c’est un travail énorme. Ce chantier se fera en collaboration avec les professionnels. Ces derniers seront à la base même de la réflexion, afin que ce travail ne donne pas lieu à des contestations de leur part. Nous allons reprendre hippodrome par hippodrome et voir quels sont ceux qui peuvent continuer à exercer la discipline de l’obstacle tout en respectant le bien-être animal, les qualités d’arrosage… Nous allons rentrer dans les vraies, vraies discussions. Nous souffrons du fait que le programme n’a pas été touché pendant des années. Hubert Tassin disait : "Nous n’avons pas besoin d’ajustements, mais d’une grande réforme". Nous allons l’attaquer, la réforme. Avec cet ajustement, nous avons attaqué la première partie de cette réforme. »

Saisonnalité : « La France n’est pas l’Angleterre »

« Un autre chantier auquel nous allons devoir nous attaquer est celui de la saisonnalité des courses. Va-t-il falloir ne laisser que les hippodromes marins courir l’été et arrêter les courses d’obstacle ailleurs, et notamment sur les champs de course qui ne sont pas capables de maintenir un niveau de pénétrométrie suffisamment élevé ? On ne peut pas non plus faire comme le font les voisins. La France n’est pas l’Angleterre. Certains propriétaires aiment voir leurs chevaux courir à Clairefontaine l’été, notamment. Il faut de tout faire un monde et nous ne sommes pas là pour faire les Pol Pot du programme non plus. »

Auteuil bientôt rénové

 « Auteuil sera rénové. L’investissement consenti sera de l’ordre de 42 millions d’euros. L’année 2023 sera celle de la mise au point des études de faisabilité, du choix de l’architecte, etc. Une fois de plus, nous allons rénover des bâtiments sur des terrains qui appartiennent à la mairie de Paris, ce qui nous met toujours dans une situation délicate. Le but de cette rénovation sera de redonner une identité et une fraîcheur à cet hippodrome. Nous allons en faire un hippodrome "vert", le débétonner. Dès qu’une réunion est associée aux manifestations des "hippodromes en famille", on s’aperçoit que cela fonctionne très bien. Si la mairie nous en donne l’autorisation, nous ferons tomber la tribune du pavillon, probablement aussi la tribune publique et nous ne garderons que la grande tribune mixte, laquelle sera complétement rénovée, tranche par tranche. Les travaux se termineront, si tout se passe bien, fin 2025. »

Pierre Laperdrix : « Attention aux courses d’obstacle pour les chevaux d’âge AQPS »

« Au 29 novembre, 735 chevaux AQPS différents ont couru en plat. C’est plutôt un bon score, au-dessus des chiffres de 2019, avec 704 chevaux. En obstacle, le chiffre est de 1.539. Là aussi c’est mieux qu’en 2019, avec 1.512 chevaux différents ayant couru. En revanche, le nombre de chevaux différents ayant gagné une course est inférieur à celui de 2019, c’est-à-dire qu’un nombre plus important de chevaux différents court, mais moins de chevaux arrivent à gagner (500 en 2022 contre 529 en 2019).

Du côté de l’entraînement, en revanche, il y a matière à réflexion. En comparant les chiffres de 2019 et 2022 arrêtés au 1er novembre, on note une augmentation des effectifs de jeunes chevaux, les 2ans et les 3ans. Sur les 3ans, par exemple, on assiste à une vraie progression avec 360 sujets de 3ans AQPS au 1er novembre 2022 contre 306 au 1er novembre 2019. En revanche, sur les 4ans et plus, les effectifs ont baissé (618 en 2019 contre 551 aujourd’hui). Cela se traduit par une basse du nombre de partants, notamment sur les courses d’obstacle.

Les courses de Groupes de plat pour 3ans AQPS atteignent une moyenne de 10 partants en 2022 : c’est le meilleur score depuis 2019. Il faut souligner la grande performance du Prix Jacques de Vienne (Gr1 AQPS), avec 18 partants, qui s’est disputé, pour des raisons de calendrier, à Fontainebleau. Pour les courses de Groupe de plat réservées aux chevaux d’âge AQPS, on est à 8,3 de moyenne, soit au même niveau qu’en 2021. Il faudra néanmoins s’intéresser au Prix Chloris (Gr2 AQPS) et ses six partants, où se pose peut-être un problème de programme, de concurrence ou encore de distance.

Pour les courses d’obstacle AQPS, deux points d’attention sont à avoir sur le programme. Le premier concerne la filière qui mène sur le Prix Coq Gaulois, réservé aux 4ans à l’automne : en l’espace de deux mois, on a quatre courses – dont le Coq Gaulois – qui s’adressent au même type de chevaux. Logiquement, ces courses dévissent, comme le Prix Adrien Besnouin qui a réuni quatre partants en étant seulement 18 jours avant le Coq Gaulois. L’autre point d’attention concerne les chevaux d’âge, où la baisse des effectifs se répercute sur le nombre de partants. Nous étions déjà à un pourcentage de courses creuses élevé (33 %) et une moyenne de 8,7 partants par course en 2019, et en 2022, on arrive à 7,7 partants par course et une moyenne de courses creuses de 50 %. »

Le Cadran ouvert aux AQPS depuis 2022

« Nous avons fait évoluer la règle et désormais les Listeds et les Groupes sur 2.800m et plus sont bien ouvertes aux AQPS, c’est-à-dire qu’un AQPS pourrait courir le Qatar Prix du Cadran (Gr1). Pour l’instant, cela n’a pas pris, mais cela ne signifie pas qu’il s’agit d’une mauvaise idée. Du côté de France Galop, nous avons essayé de solliciter des chevaux pour remplir ces courses, dont par exemple Earlofthecostwolds (Axxos), qui avait gagné l’All Weather Marathon Championships face à des pur-sang spécialistes de la P.S.F. à Newcastle. »

Les précisions d’Henri Pouret sur les modalités de calcul des effectifs

« La société-mère a fait un travail important pour avoir une meilleure connaissance des effectifs de chevaux. Désormais, lorsqu’un entraîneur rentre un cheval à l’effectif, il doit donner une orientation de discipline, ce qui permet d’avoir une meilleure connaissance des populations de chevaux. Nous travaillons aussi avec une société spécialisée dans la collecte, le traitement et l’analyse de données. En 2010, 1.200 chevaux de plus qu’aujourd’hui avaient couru au moins une fois. J’ai lu ici ou là que nos données sur les chevaux à l’entraînement seraient parcellaires car elles ne prenaient pas en compte le développement de l’activité de préentraîneurs et qu’il existait un réservoir de chevaux au préentraînement non intégrés dans les données de France Galop. C’est pour cela qu’avec cette société, nous avons travaillé sur un chiffre de chevaux différents ayant couru dans l’année. »