L’ANNUS MIRABILIS DE NURLAN BIZAKOV

International / 03.12.2022

L’ANNUS MIRABILIS DE NURLAN BIZAKOV

L’ANNUS MIRABILIS

DE NURLAN BIZAKOV

Nurlan Bizakov est arrivé dans les courses au début des années 2000. Son premier achat, Askar Tau (Montjeu), était un "FR"… Il fallait certainement y voir un signe qu’il arriverait un jour ou l’autre en France ! Pour lui, tout a commencé au milieu des années 2000 outre-Manche. La scène hippique était alors bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Les Qataris n’étaient pas encore là. Galileo (Sadler’s Wells) avait encore un tarif public. En 2007, alors qu’Askar Tau inaugurait la casaque de Nurlan Bizakov, la moyenne du book 1 de Tattersalls était de 130.000 Gns, contre 300.000 Gns en 2022… Oui, le monde des courses a changé. Et beaucoup de nouveaux venus qui ont "tenté de prendre le train en marche" n’ont pas tenu la distance. Les courses, c’est un sport exigeant. Difficile même. Mais Nurlan Bizakov est un homme déterminé. Et sa détermination a fini par payer. Il a appris aussi. Voici quelques années, il a choisi d’investir en France où la majorité de ses intérêts hippiques sont désormais stationnés. Hasard ou nécessité, la saison 2022 est celle où son écurie a brillé de mille feux. Entouré par son équipe, il regarde désormais vers 2023 avec ambition. Notamment grâce à l’arrivée de Mishriff (Make Believe) au haras…

Sumbe, une nouvelle équipe et de grandes ambitions

Avec seulement quinze chevaux, Nurlan Bizakov fait partie du top 10 des propriétaires français. Pour parvenir à un tel résultat, deux solutions : soit vous gagnez l’Arc (comme Kirsten Rausing, deuxième au classement), soit vous avez beaucoup de bons chevaux ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en 2022 c’est l’avalanche de talents chez les "bleu et jaune". Souzak (Kodiac), gagnant autoritaire du Haras de Bouquetot - Critérium Arqana (Classe 2) a été vendu à la vente de l’Arc. Le lendemain, Belbek (Showcasing) s’offrait le Qatar Prix Jean-Luc Lagardère… Et un premier Gr1 à son éleveur et propriétaire. Et trois jours après, l’espoir classique Padishakh ** (Wootton Bassett) a remporté de toute une classe sa Classe 2 en faisant rêver son entourage. Le 8 octobre, Charyn (Dark Angel) a gagné le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2) ! Il a été engagé dans les 2.000 Guinées d’Irlande (Gr1). Avec Belbek, Padishakh et Charyn, l’homme de Sumbe dispose donc d’une génération de mâles de 2ans qui sort de l’ordinaire et ainsi de trois prospects étalons ! Nurlan Bizakov réagit : « Il va peut-être falloir construire d’autres boxes pour les étalons ! Cette année a vraiment été particulière pour ma casaque. C’est celle de mon premier Gr1. Même si la majorité de mes chevaux étaient jusque-là entraînés en Angleterre, c’est en France que je l’ai décroché. Il me tarde d’être l’année prochaine, car nous nourrissons de grands espoirs pour le programme des 3ans. Par ailleurs, j’ai vingt-six yearlings qui vont être entraînés en France. Nous en avons aussi acheté chez Tattersalls pour rejoindre Roger Varian et Clive Cox. Comme beaucoup de gens, j’aime les grands meetings anglais. Même si les allocations anglaises sont terriblement mauvaises. » À l’heure où nous écrivons ces lignes, Nurlan Bizakov a des chevaux chez André Fabre, Jean-Claude Rouget, Mikel Delzangles, Jérôme Reynier et Stéphane Wattel. En 2023, son effectif français à l’entraînement devrait atteindre les quarante individus.

À cheval des deux côtés de la Manche

Les résultats de Nurlan Bizakov sont donc en grande amélioration que ce soit avec les chevaux achetés aux ventes ou avec ceux issus de la production maison. « J’élève depuis 2011. Onze ans donc. Le challenge, c’est de bien connaître ses juments et de choisir le bon étalon sur cette base. Il faut aussi connaître sa terre. Toutes nos juments sont basées en France pour que leurs produits soient éligibles aux primes. Le Mézeray est en quelque sorte mon haras privé, avec seulement quelques poulinières de clients. Juste à côté, Montfort & Préaux est plus commercial car il accueille les étalons et les juments en pension. Mais de mon point de vue, ce n’est qu’une seule et même entité. Ces deux dernières années, nos yearlings ont été envoyés en Angleterre à Hesmonds Stud. Et cela a bien fonctionné. Le changement d’environnement leur fait du bien. » Sumbe a présenté un certain nombre de lots pour ses clients chez Arqana, dont plusieurs très bons chevaux à l’entraînement comme Rougir (Territorries), vendue 3 M€, ou Speak of the Devil (Wootton Bassett) exportée pour 1,95 million : « Nous sommes heureux d’aider nos clients qui veulent vendre. Mais je conserve mes foals et mes yearlings pour l’instant, afin qu’ils aillent à l’entraînement. »

Miser sur la jeunesse et le sang neuf

Son premier pied en France, Nurlan Bizakov l’a posé avec l’achat de Montfort & Préaux en 2019. Il a ensuite racheté l’élevage qui touchait ses terres, c’est-à-dire le haras du Mézeray. L’homme de Sumbe a conservé Hesmonds Studs en Angleterre. En Normandie, il a recruté de jeunes cadres et des personnes d’expérience qui ne sont pas issus du microcosme de l’élevage hexagonal : « Investir en France, ce fut une décision très importante. Tony Fry a même déménagé ici avec sa famille. Pour nous, c’était une évidence car le système français soutient les éleveurs. Quand nous avons acheté Montfort & Préaux, Le Havre (Noverre) était là. Perdre un tel étalon, c’est difficile. Mathieu Alex, une personne avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler, a fait le choix de partir vers d’autres aventures. Il y a eu de grands changements dans l’équipe. Tony Fry été rejoint par Mathieu Le Forestier qui a de l’expérience en tant qu’entraîneur et un bon réseau en France. Il est chargé des étalons et des effectifs à l’entraînement. Ronan Losq est le manager de Montfort & Préaux après avoir été l’assistant de Mathieu Alex. Cela arrive très vite pour lui. Mais c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Il apprend rapidement. C’est déjà un bon manager et j’ai confiance en sa capacité à progresser. Tony, avec toute son expérience, est à ses côtés. Claire Billet-Legros est jeune elle aussi. Elle a beaucoup d’énergie, beaucoup d’enthousiasme. Des connaissances aussi. J’ai vraiment envie de travailler avec ces jeunes gens. Ils ont parfois des choses à apprendre aux gens de ma génération ! Dans les bureaux, Olivier Devaux et Pauline Larcher sont très impliqués. Je suis très satisfait de mon équipe actuelle… »

Murzabayev, la fierté du Kazakhstan

Nurlan Bizakov a longtemps été le plus célèbre Kazakh des courses européennes, car presque personne ne sait que l’entraîneur Waldemar Hickst y a ses racines ! Mais aujourd’hui, il y a aussi Bauyrzhan Murzabayev. Un jockey annoncé tous les ans en France… mais pour l’instant, il ne s’agit que de spéculations. Nurlan Bizakov connaît bien son compatriote : « Bauyrzhan Murzabayev a déjà trois cravaches d’or en Allemagne ! J’ai eu une longue discussion avec lui cette année. J’essaye de le convaincre de venir en France. Mais il est heureux en Allemagne. Et pour l’instant, il y a un peu aussi la barrière de la langue. J’ai demandé à André Fabre ce qu’il pensait de lui et il m’a dit qu’il considérait Murzabayev comme un véritable homme de cheval. C’est une personne humble. Et pourtant, il va obtenir une quatrième cravache d’or allemande avec beaucoup de marge cette année ! En tant que Kazakh, je suis très fier de ce qu’il a accompli. Les courses, c’est un sport populaire au Kazakhstan, mais il se pratique dans un format différent, sur de longues distances. J’espère que mon expérience va pousser d’autres personnes à tenter l’aventure et que plusieurs propriétaires importants au Kazakhstan vont commencer à faire courir Europe ou aux États-Unis. Lors de la vente de novembre, les Kazakhs ont acheté vingt-cinq ou trente chevaux à l’entraînement à petit prix… »

Autour de Mishriff, une synergie a vu le jour

C’est un peu la rançon du succès. Toute l’Europe des courses s’accorde pour dire que le Prix du Jockey Club (Gr1) est une véritable stallion making race. Et de plus en plus de lauréats de ce classique font la monte en Angleterre ou en Irlande. L’arrivée de Mishriff au haras en Normandie est donc d’autant plus une bonne nouvelle.

Mishriff (Make Believe) est un sacré cheval de course. Double lauréat sur le dirt, il a survolé le Jockey Club. À 4ans, il a gagné le Dubai Sheema Classic (Gr1) devant Chrono Genesis (Bago), quadruple lauréate de Gr1 au Japon. Il a ensuite survolé, par six longueurs, les Juddmonte International Stakes (Gr1). Et cette année, à 5ans, Mishriff est encore monté deux fois sur le podium au niveau Gr1. Dès lors, ils sont nombreux les haras qui auraient aimé accueillir l’élève et représentant du prince Faisal. Nous avons donc demandé à Nurlan Bizakov comment il avait fait pour "remporter la partie" : « Le prince a beaucoup d’expérience. Que ce soit dans la production de chevaux de haut niveau, ou dans la mise en place de partenariats pour faire réussir des étalons au haras. Presque tous ont réussi. C’est le cas de Kodiac (Danehill), Invincible Spirit (Green Desert), Make Believe (Makfi), Belardo (Lope de Vega)… Nous avons donc essayé de trouver une solution qui satisfasse les deux parties. La proposition que nous avons formulée allait dans ce sens. C’est un partenariat dont nous sommes majoritaires. Mais le prince a conservé un intérêt significatif. Et nous allons travailler en équipe pour donner toutes les chances à Mishriff de réussir au haras. Ted Voute et John Gosden veulent jouer un grand rôle dans la carrière de cet étalon. Puisse Mishriff bénéficier de la réussite et de l’enthousiasme de ses nombreux soutiens ! » Tony Fry ajoute : « Dans ce genre de transactions, la conversation peut parfois s’étaler sur beaucoup de temps. Mais je crois que le prince Faisal et son équipe ont été sensibles à l’argumentaire de monsieur Bizakov qui a été très clair sur ses motivations. Une synergie a vu le jour. Enfin, le courant est très bien passé entre le prince et monsieur Bizakov : ce n’est pas qu’une question de négociation. C’est aussi une histoire d’hommes. Je pense que le prince a un bon feeling avec notre équipe. Et nous sommes tous d’accord pour dire que la France est vraiment le pays idéal pour un étalon comme Mishriff. »

Dans les traces de Le Havre

Nurlan Bizakov prend alors la parole : « Ne vous y trompez pas, lancer un étalon, ce n’est facile nulle part. Mais en France, bien sûr, le jeu est plus ouvert. Je vais largement soutenir Mishriff, avec au moins vingt juments, dont certaines que nous allons acheter dans cet objectif. J’espère que les éleveurs français saisiront cette opportunité. » En rejoignant Montfort & Préaux, Mishriff marche donc dans les traces de Le Havre. Entre ces deux chevaux, les points communs sont nombreux. Un pedigree original. Trois courses à 2ans. Une victoire dans le Prix du Jockey Club sur 2.100m. Autant de caractéristiques communes, cela ne peut pas être une coïncidence ! Nurlan Bizakov réagit : « Nous sommes allés le voir quatre ou cinq fois chez les Gosden. C’est un cheval extraordinaire. Il a été le meilleur cheval au monde selon les ratings pendant une période. Il a battu les américains sur le dirt dans une course sur 1.800m. Il a gagné sur 2.400m. Comme Le Havre, c’est un vrai sujet de distance intermédiaire. » Mathieu Le Forestier explique : « C’est un cheval avec un peu de taille, de l’envergure, une bonne locomotion. Il a un bon tempérament. Sa régularité au meilleur niveau force le respect. Et il sera une vraie solution pour les juments ayant le sang de Sadler’s Wells (Northern Dancer), Acclamation (Royal Applause), Pivotal (Polar Falcon)… Cela lui ouvre une très large palette de croisement. Nous invitons les éleveurs à venir nous rencontrer pendant les ventes d’élevage sur le site d’Arqana ou au haras. » Tony Fry précise : « C’est le type de chevaux qui n’a pas vraiment besoin de présentation ! Physiquement, vous le remarquez tout de suite. Il sort du lot. Gagner au meilleur niveau sur le dirt et sur le turf, dans quatre pays différents et sur cinq distances… On ne devrait pas revoir cela de sitôt. Mishriff a le potentiel pour améliorer beaucoup de juments : les nôtres et celles des éleveurs qui lui feront confiance. Courir quinze fois au niveau Gr1 en vingt et une sorties, ce n’est pas donné à tout le monde. Il n’a quasiment jamais signé une mauvaise performance. »

Une année cruciale pour Golden Horde

Le premier étalon que Nurlan Bizakov a acheté depuis son arrivée en France, c’est Golden Horde (Lethal Force). Il sera représenté par ses premiers foals dans quelques jours chez Arqana, et Nurlan Bizakov explique : « Voir ses premiers poulains, ce fut l’un des moments forts de l’année. J’ai vraiment hâte d’être en 2024 pour avoir ses premiers partants en France, en Irlande et en Angleterre. Les éleveurs ont l’air très satisfaits et cela devrait l’aider à continuer à attirer de bonnes juments pour les saisons de monte à venir. » Non sans humour, Tony Fry conclut : « Le problème des éleveurs c’est qu’ils passent leur vie à penser aux années à venir ! Les premiers Golden Horde sont à peine arrivés que nous voudrions déjà les voir en course… Nous en avons une quinzaine dans les paddocks. Si je prends n’importe lequel de vos lecteurs avec moi, il sera capable de les identifier instantanément. L’étalon signe vraiment sa production, avec de la qualité, de la force, de la locomotion… En plus, ils ont l’air très faciles. »