VENTE D’ÉLEVAGE ARQANA : Éric Hoyeau & Ludovic Cornuel : « Cette vente s’inscrit dans un cercle vertueux »

Institution / Ventes / 02.12.2022

VENTE D’ÉLEVAGE ARQANA : Éric Hoyeau & Ludovic Cornuel : « Cette vente s’inscrit dans un cercle vertueux »

VENTE D’ÉLEVAGE ARQANA

Éric Hoyeau & Ludovic Cornuel : « Cette vente s’inscrit dans un cercle vertueux »

Dernière vacation de l’année pour Arqana, la vente d’élevage est devenue un rendez-vous incontournable et international. Il y a vingt ans, cette vente représentait entre 7 et 8 millions d’euros. L’an dernier, le chiffre d’affaires a atteint 42 millions. Éric Hoyeau, président-directeur général d’Arqana et Ludovic Cornuel, directeur bloodstock ont répondu à nos questions…

Jour de Galop. - L’édition 2021 de la vente d’élevage a été exceptionnelle. Comment situer le catalogue 2022 ?

Éric Hoyeau & Ludovic Cornuel. – Comme l’an dernier, le catalogue est fort et il ne compte pas moins de quarante gagnantes de stakes à l’entraînement ou sortant de l’entraînement. Cette année, nous avons une offre très dense de pouliches bien saillies.

Comment expliquez-vous l’afflux de juments de course de premier plan dans les ventes publiques ces dernières années ?

Historiquement, ce type de transactions avait plutôt tendance à se réaliser à l’amiable. Et c’est un faisceau d’éléments qui a permis de basculer dans les ventes aux enchères, comme celle de décembre à Deauville. Cette vacation a beaucoup gagné en crédibilité. Lorsque certaines juments atteignent des valorisations fortes, la confiance autour de la vente monte et un cercle vertueux voit le jour. Si certains vendeurs préfèrent le ring de Deauville par rapport aux amiables pour leur gagnante de Groupe, c’est qu’ils pensent que nous sommes capables d’offrir une valorisation supérieure.

En outre, il faut aussi souligner le fait qu’il y a un important travail de classement, de montage et d’agencement des lots dans le catalogue. Nous essayons de positionner chaque lot dans la journée qui nous paraît la plus favorable pour ce dernier. Au cœur de la journée du samedi, nous travaillons sur un montage et un ordonnancement particulier des top lots. 

Nous travaillons beaucoup sur le marketing, avec de fortes campagnes dans les médias spécialisés et les réseaux sociaux, notamment la prospection et le service client. Nous avons affrété un avion en provenance de Newmarket.

Quels arguments employez-vous pour inciter les principaux acheteurs internationaux à faire le déplacement ?

La réussite des chevaux achetés les années précédentes représente un argument très efficace. Après leur passage à la vente d’élevage, Family Way (Uncle Mo), Purplepay (Zarak), Rougir (Territtories), Speak of the Devil (Wootton Bassett), Grand Glory (Olympic Glory)… ont remporté leur Groupe, voire leur Gr1. Au Japon, les juments issues de notre vacation de décembre ont donné les deux premiers du St Leger local (Gr1), une épreuve très prisée, et Serifos (Daiwa Mjor), le gagnant du Mile Championship (Gr1). Là encore, c’est un argument très fort auprès des acheteurs internationaux, dont certains ont vraiment leurs habitudes à Deauville. Plusieurs ont déjà annoncé leur présence. Et une partie ne vient d’ailleurs désormais qu’à Deauville lors des ventes d’élevage européennes de fin d’année.

Il y a une réelle reconnaissance du niveau des courses françaises, mais aussi de la capacité des chevaux qui en sont issus à réaliser de belles carrières à l’international.

Enfin, il faut souligner que l’évolution des taux de change – vis-à-vis du yen et du dollar – joue en notre faveur.

Les gagnants de Groupe en Europe atteignent aujourd’hui des prix sans commune mesure avec ce que l’on a pu connaître par le passé. Pourquoi ?

Il y a un grand intérêt à l’international pour ce type de profils. Chaque pays de course a sa propre culture au moment de choisir ses poulinières. Mais il est vrai qu’on constate, par exemple, que les Japonais croient beaucoup dans les gagnantes de Groupe pour devenir poulinières. Et leur ascension sur la scène sportive internationale, avec les produits de juments achetées en Europe, est tout à fait spectaculaire.

Par ailleurs, à travers le monde, il y a un programme de premier plan pour les bons chevaux sur le gazon, avec des allocations d’un niveau remarquablement élevé. C’est le cas en Arabie Saoudite, en Australie, au Japon, aux États-Unis… Avant d’entrer au haras, beaucoup de bonnes femelles peuvent donc tirer leur épingle du jeu dans ce contexte. L’ensemble de ces raisons permet d’expliquer pourquoi les gagnantes de Groupe se vendent beaucoup plus cher aujourd’hui qu’il y a vingt ans.

La vente de décembre ayant réussi à faire naître de la confiance du côté des vendeurs, nous avons la chance d’accueillir au catalogue de très bonnes juments françaises, mais aussi de remarquables profils venus d’Allemagne, d’Italie et même d’outre-Manche. Or certaines ne se vendaient pas en France par le passé.

La vente de foals est moins inscrite dans la culture française, mais ce segment a lui aussi fortement progressé l’an dernier. Les mentalités sont-elles en train de changer ?

La culture française, c’est vraiment le yearling. Mais le segment des foals a progressé ces dernières années… comme l’ensemble du marché. La particularité de Deauville, c’est qu’avec une petite sélection de foals – 292 au catalogue –, on voit apparaître des chevaux de très haut niveau. Ce fut le cas de Native Trail (Oasis Dream), Cœursamba (The Wow Signal), Al Riffa (Wootton Bassett), Rougir, Alenquer (Aderlflug), Speak of the Devil, Tribhuvan (Toronado)…