jeudi 25 juillet 2024
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« À chacun, j’essaye de donner toutes les opportunités de devenir black type »

« À chacun, j’essaye de donner toutes les opportunités de devenir black type »

Peu de professionnels ont eu la chance d’entraîner de bons chevaux dans trois pays différents. Andreas Schütz a beaucoup de recul sur son métier et son témoignage est passionnant.

Andreas Schütz a entraîné d’authentiques sujets de classe internationale dans sa carrière : « Shirocco (Monsun), Samum (Monsun), Elle Danzig (Danzig)… étaient vraiment de très bons chevaux. Mais le meilleur de ma première période européenne, c’était assurément Next Desert (Desert Style). Il a survolé le Derby allemand (Gr1) où mes pensionnaires ont pris les trois premières places, comme cela avait déjà été le cas deux ans auparavant. Dans l’histoire de ce classique, cela n’est arrivé qu’à deux autres reprises. Next Desert n’a couru qu’en Allemagne et est donc très peu connu à l’étranger. D’autant qu’il n’a pu prouver toute l’étendue de son potentiel à cause d’une blessure. À 2ans, il galopait comme un 3ans, et à 3ans il allait comme un 4ans. Mais sur l’ensemble de ma carrière, le meilleur, c’était assurément Good Ba Ba (Lear Fan), le champion de mes années Hongkong. Une véritable machine. »

Avec Jaber Abdullah, des décennies de fidélité 

 « Germany (Trempolino) est arrivé chez nous lorsqu’il était yearling en 1992. Il a couru une fois à 2ans. Ensuite, le poulain a eu une fracture. Son propriétaire, Jaber Abdullah, a voulu lui donner une chance de vivre. Germany a donc retrouvé son box après une opération et cinq ou six vis dans la jambe. Après quelques victoires mineures, Germany a finalement remporté le Bayerisches Zuchtrennen et le Grosser Preis von Baden (Grs1). L’histoire est belle car c’est devenu un bon étalon d’obstacle. Je connais Jaber Abdullah depuis toujours. Mon père entraînait déjà pour lui et pour Maktoum Al Maktoum. Je suis proche de Jaber Abdullahi et de son fils : parlant anglais, c’est moi qui assurais la liaison. Plus tard, mon père étant souffrant, j’ai commencé à entraîner en 1998 sous mon propre nom. Et Jaber Abdullah m’a alors soutenu – avec réussite – jusqu’à mon départ pour Hongkong en 2005. Le lien ne s’est jamais rompu et nous discuttions régulièrement malgré la distance. Si bien que lorsque je suis arrivé à Chantilly, il a été le premier à me soutenir avec des chevaux. Je suis très heureux que Marhaba Ya Sanafi le récompense de sa fidélité. J’en suis fier même. » Andreas Schütz a actuellement quatre chevaux pour Jaber Abdullah, dont deux 2ans inédites et Alia’s Rose, impressionnante lauréate à 2ans en débutant à Chantilly face à une ligne qui a répété (avec les futures black types Tigrais, Frozen et Greygoria). Elle n’a pas été revue depuis son unique sortie en juillet 2022 : « On va la revoir en piste au second semestre. Alia’s Rose K (Lope de Vega) a beaucoup de potentiel. J’espère pouvoir la préparer pour aller vers le Prix de l’Opéra (Gr1) ou une course de ce calibre. »

Se relancer en France fut très difficile 

« Lorsque je suis revenu de Hongkong, beaucoup de gens ici n’arrivaient même pas à prononcer mon nom. La plupart des propriétaires français ne connaissent pas mon parcours et la majorité de ceux avec qui j’avais travaillé en Allemagne ne sont plus actifs.  Quand ils veulent courir en France, les propriétaires italiens font confiance à un Italien installé dans le pays. Pas les Allemands  : en France, ils veulent un entraîneur français. Et quand vous avez peu de chevaux… vous avez peu de partants. Dès lors, vous n’êtes que très peu visible. Notamment dans le classement des entraîneurs. Néanmoins, avec un tout petit effectif, l’écurie a remporté huit stakes, dont cinq Groupes en trois saisons. Je ne me concentre pas sur les réclamers ou la province : j’essaye de maintenir l’écurie au meilleur niveau possible, dans l’espoir de retrouver des chevaux et des propriétaires pour les bonnes courses. Au départ, la majorité de mes partants s’élançait à des cotes très élevées. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, les parieurs commencent à me faire confiance. J’espère que le parcours de Marhaba Ya Sanafi saura aussi convaincre les propriétaires français. »

Cinq employés pour 15 chevaux

« Je n’ai pas changé ma manière d’entraîner en arrivant à Chantilly. J’ai juste eu besoin de temps pour apprendre à utiliser les pistes. Au départ, j’ai équipé mes pensionnaires d’un suivi GPS, comme beaucoup d’autres professionnels. Je voulais savoir à quelle vitesse ils allaient sur chaque piste. Cela m’a permis d’expliquer à mes cavaliers à quelle vitesse je veux qu’ils évoluent. Et désormais, je n’utilise plus de technologie. Car après cette phase d’apprentissage, je pense apprendre plus en observant le cheval, son comportement, sa respiration, sa transpiration… qu’en contrôlant son rythme cardiaque. Peut-être que dans dix ans, tous les chevaux de France seront équipés d’un appareil à l’entraînement. Moi, je travaille à l’ancienne. À chaque lot, je regarde chaque cheval à quatre reprises. Quand je suis arrivé en France, personne ne me connaissait et j’ai dû travailler avec qui voulait bien venir chez moi. Mais rapidement, j’ai eu l’opportunité de constituer une petite équipe très compétente et composée à 99 % de Français. J’ai cinq employés pour 15 chevaux et c’est un privilège de pouvoir travailler dans ces conditions. C’est un vrai plus pour les chevaux. Mais aussi pour le personnel car ils ont le temps de bien travailler. Chacun sait ce qu’il a à faire et je me concentre à 100 % sur les chevaux. Cela fait au moins trois ans que je n’ai plus connu de problème de recrutement et c’est autant de temps que je peux consacrer à mes pensionnaires. Quand un poulain arrive à l’écurie, j’essaye de faire un plan sur le long terme. Je ne pousse pas mes 2ans pour courir dans les réclamers et améliorer mes statistiques. À chacun de mes pensionnaires, j’essaye de donner toutes les opportunités de devenir black type. C’est cela qui m’a permis de gagner autant de classiques. » Bruce Raymond nous a d’ailleurs confié lundi : « Une des choses que Jaber Adbullah apprécie chez Andreas Schütz, c’est qu’il ne va pas plus vite que la musique. Il ne demande jamais trop ni trop tôt. »

La compétitivité française

« En Angleterre et en Irlande, la capacité d’investissement des éleveurs et des propriétaires est infiniment supérieure. Et cela se ressent clairement sur la qualité de l’élevage français. Dès qu’un reproducteur montre “quelque chose”, il est difficile de le retenir en France. J’ai beaucoup voyagé, y compris en Angleterre et en Irlande. À mon sens, l’entraînement français ne pose pas de problème. Chacun à son style : vite ou moins vite, dur ou moins dur. Mais il n’y a pas de méthode magique. Chaque entraîneur s’adapte à ses conditions de travail. Je ne veux pas accabler les éleveurs français. Mais ils n’ont pas la même capacité d’investissement. La majorité des bons yearlings français sont exportés et cela a un impact sur la sélection dans le pays. C’est la même chose en Allemagne où la conséquence est que certaines courses sont menacées de rétrogradation. Peut-être qu’un jour, le label Gr1 du Derby allemand sera menacé. L’exemple des Pays-Bas et de la Belgique est tout aussi criant. La France n’est pas encore touchée, mais l’Europe en général souffre. Surtout en comparaison avec l’Australie et l’Asie. »

Olivier Doleuze : « Andreas, c’est Michael Schumacher »

C’était l’un de ses jockeys à Hongkong. Olivier Doleuze et Andreas Schütz ont collaboré pendant près de cinq ans, remportant six Grs1 avec Good Ba Ba. Olivier Doleuze se souvient : « J’ai été introduit par Winfried Engelbrecht-Bresges, le directeur du Hongkong Jockey Club. Et pour la première victoire d’Andreas Schütz à Hongkong, j’étais en selle. Nous avons eu la chance de tomber sur Good Ba Ba, l’un des meilleurs chevaux que j’aie eu l’occasion de monter. Andreas est un homme de cheval. Il sait les régler aux boutons, les respecter et les avoir au mieux de leur forme. C’est un excellent préparateur. Quand il disait que les chevaux étaient prêts à gagner, il ne se trompait pas. Nous avons d’excellents souvenirs ensemble. Moi, je comparais Andreas à Michael Schumacher. Les deux hommes ne montrent pas beaucoup leurs sentiments et il faut creuser pour découvrir qui ils sont vraiment. Andreas est aussi très direct. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié chez lui. Peut-être qu’il n’était pas fait pour Hongkong. Car là-bas, on entraîne plus les propriétaires que les chevaux ! »

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