La flamme classique

Courses / 24.05.2023

La flamme classique

C’est une grande et belle histoire qui pourrait s’écrire au pied des grandes écuries du château de Chantilly, le dimanche 4 juin prochain, dans le Jockey Club (Gr1), avec Feed the Flame (K) (Kingman). Gérard Larrieu, qui gère les intérêts de Jean-Louis Bouchard, nous a confirmé que le pensionnaire de Pascal Bary serait supplémenté dans le classique – si tout va bien d'ici là –, avec Christophe Soumillon en selle. L’entourage de Feed the Flame connaît le goût de la victoire dans le classique cantilien. Jean-Louis Bouchard a vu sa casaque s’y imposer à trois reprises, toujours avec des poulains entraînés par Pascal Bary et achetés par l'homme de Chantilly Bloodstock. Souvenez-vous : Celtic Arms (Comrade in Arms), en 1994, puis Ragmar (Tropular), en 1996, et Blue Canari (Acatenango), en 2004, soit le dernier Jockey Club sur 2.400m. Et il faut ajouter Dream Well (Sadler’s Wells), détenu en association avec la famille Niarchos et entraîné par… Pascal Bary.

Feed the Flame veut dire "entretenir la flamme". C’est l’un des défis à relever dans toute longue relation, pour ne pas voir cette flamme vaciller et s’éteindre. Le poulain a un nom avec une portée particulièrement symbolique. Jean-Louis Bouchard, avec Pascal Bary et Gérard Larrieu, a visiblement trouvé comment le faire. Cela fait environ quarante ans qu’ils collaborent. Ensemble, avec Feed the Flame, ils rêvent… Jean-Louis Bouchard confiait, après les débuts victorieux du poulain dans le Juigné, avoir déjà l’Arc dans un coin de la tête. Et les yeux embués de Pascal Bary lorsqu’il a survolé le Prix de Ferrières (Classe 2) ne sont pas passés inaperçus. Gérard Larrieu commente avec humour : « Nous savons tous les trois que nous sommes proches de la porte de sortie (rires) ! Des poulains comme lui, nous n’en aurons probablement plus beaucoup… »

Dans les traces de Reliable Man

Combien de poulains ont remporté le Prix du Jockey Club "nouvelle version" (Gr1) sans avoir couru à 2ans et pour leur troisième sortie seulement ? Un seul ! Il s’agit de Reliable Man (Dalakhani). C’est dire la tâche qui attend Feed the Flame le 4 juin. Le représentant de Jean-Louis Bouchard va relever le plus grand défi de sa jeune carrière. Gérard Larrieu nous a livré les dernières nouvelles du poulain : « Feed the Flame a travaillé mardi, avec Christophe Soumillon en selle. Christophe lui sera associé et il était vraiment très satisfait. Le Jockey Club sera sa troisième course seulement mais je me souviens que Trêve (Motivator) a été capable de gagner le Diane avec seulement deux sorties dans les jambes, par exemple… »

Remporter un Derby ou des Oaks avec aussi peu d’expérience n’est pas mission impossible, juste très difficile. Mais il y a des exemples récents : Reliable Man, Trêve, Valyra (K) (Azamour)… On peut également citer Sarafina (K) (Refuse to Bend), gagnante du Diane pour sa troisième tentative mais, contrairement aux autres éléments indiqués, elle avait couru un Gr1 précédemment, remportant le Saint-Alary pour son deuxième parcours. Ce n’était pas un moindre exploit. Tout récemment, en Grande-Bretagne, Desert Crown (Nathaniel) a réussi à gagner le Derby d’Epsom (Gr1) pour sa troisième sortie seulement, mais il avait couru à 2ans et fait ses preuves au niveau Groupe dans les Dante Stakes (Gr2). Et, évidemment, comment ne pas parler de Lammtarra (Nijinsky), qui a réalisé l’incroyable exploit de remporter le Derby pour sa rentrée et sa deuxième sortie.

Limites inconnues

De classe, l’invaincu Feed the Flame n’en manque a priori pas. Qu’a-t-il battu et quelles sont ses limites ? Ce sont d’autres questions qui n’ont pour le moment pas encore de réponses. Le Jockey Club pourrait donc bien nous en apprendre un peu plus… Feed the Flame n’a pas été engagé par manque d’estime de la part de son entourage, comme nous le rappelle Gérard Larrieu : « Le poulain s’est avéré très tardif mais Pascal Bary l’aime depuis toujours. Il pensait le courir dans le Prix de Crèvecœur (Inédits) à 2ans, puis il a beaucoup grandi et nous lui avons laissé du temps. Il n’a donc pas été engagé dans les classiques car nous pensions, au moment des inscriptions, que cela arriverait trop vite. Mais il a évolué de très belle façon en peu de temps. C’est rare de voir un poulain capable de changer aussi vite. Feed the Flame est encore très immature et il sera au départ du Jockey Club avec plusieurs interrogations. Nous ne savons pas ce qu’il a battu. Les impressions visuelles laissées étaient magnifiques. Elles peuvent être subjectives mais ses temps partiels étaient quant à eux excellents. Nous ne savons pas ce qu’il vaut, ses limites sont donc inconnues. Et si le Jockey Club devient une sorte de préparatoire à l’Arc comme ce fut le cas pour Trêve, cela me va (rires) ! »

Feed the Flame, c’est une histoire de copains. C’est aussi, quelque part, une histoire de revanche, comme nous l’avait dit Jean-Louis Bouchard : « C’est une belle histoire qui se poursuit car j’ai eu son frère Sacred Life (Siyouni), qui avait gagné le Prix Thomas Bryon (Gr3). Ensuite, ce dernier était favori du Critérium International (Gr1) mais il n’avait pas pu courir car les courses avaient été annulées pour cause de grève ce jour-là ! C’est pour cette raison que j’ai acheté Feed the Flame aux ventes : je n’ai pas pu résister… » Sacred Life n’a jamais remporté son Gr1 et cette journée du 29 octobre 2017 aura laissé un goût amer à beaucoup de monde. À son petit frère de le venger.

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