mardi 23 juillet 2024
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POURQUOI LE SHUTTLE NE FONCTIONNE-T-IL QUE DANS UN SENS ?

POURQUOI LE SHUTTLE NE FONCTIONNE-T-IL QUE DANS UN SENS ?

Ces dernières 72 heures, plusieurs étalons australiens ont brillé en France. Pourtant, le shuttle semble au point mort. Pourquoi ? Est-ce aussi le cas dans l’autre sens, c’est-à-dire les étalons européens qui vont faire la monte en Australie ?

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Dimanche, c’est Dubai Honour (Pride of Dubai) qui a remporté le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1). La veille, Mgheera (Zoustar) survolait le Prix Hampton (L). Deux produits d’étalons australiens mais qui ont été conçus en Europe. À bien y regarder, cela devient rarissime. Si on épluche la longue liste des épreuves black types déjà courues cette année en Europe, on retrouve trace des succès de Bright Stripes (Starspangledbanner) en Irlande, de Stay Alert (Fastnet Rock) en Angleterre, d’Atzeco (Fastnet Rock) en Italie et de Maigret (Counterattack) en Allemagne. Cela représente donc six victoires sur les 300 épreuves black types qui se sont courues depuis le mois de janvier dans les cinq principaux pays européens. Une goutte d’eau dans un océan de caractère gras.

Le shuttle est-il cassé ?

Parmi les pères de ces lauréats black types, seul Starspangledbanner (Choisir) continue à prendre l’avion. Pride of Dubai (Street Cry) et Zoustar (Northern Meteor) n’ont pas fait la monte cette année en Europe. Fastnet Rock (Danehill) n’a plus sailli dans l’hémisphère Nord depuis 2021 (et il a pris sa retraite en 2024). Counterattack (Redoute’s Choice) n’a jamais officié dans l’hémisphère Sud. En Angleterre, cette année, il n’y avait tout simplement plus aucun étalon né en Australie offert à la monte publique. En Irlande, il n’en reste que deux, Kuroshio (Exceed and Excel) et Starspangledbanner. Si on regarde le top 50 des étalons pour la saison européenne 2024, on ne trouve qu’un australien de naissance (encore et toujours Starspangledbanner) mais trois américains (No Nay Never, Justify et Caravaggio).

Au même moment, on a appris ce matin à l’aube que Too Darn Hot (Dubawi) ne ferait plus le voyage et qu’il allait désormais uniquement saillir en Europe. Après quelques échecs retentissants en Europe d’étalons confirmés aux antipodes – de So you Think (High Chaparral) à Redoute’s Choice (Danehill) –, on peut donc se demander si “la double saison” est un concept mort et enterré.

Deux salles, deux ambiances

Dans les faits, on constate que le top 50 des pères de gagnants en Australie compte toujours un nombre significatif d’étalons nés dans l’hémisphère Nord : Teofilo (12e), Toronado (13e), American Pharoah (20e), Shalaa (31e), Maurice (36e), Justify (43e), Almanzor (49e) et Fiorente (50e). En Australie, Coolmore continue à proposer Churchill (Galileo), St Mark’s Basilica (Siyouni) et Wootton Bassett (Iffraaj). De son côté, Darley propose aux éleveurs des antipodes Blue Point (Shamardal), Ghaiyyath (Dubawi), Harry Angel (Dark Angel), Native Trail (Oasis Dream), Pinatubo (Shamardal) ou encore Victor Ludorum (Shamardal).

On ne prend pas le risque d’envoyer un étalon à l’autre bout du monde pour faire du tourisme. S’ils y vont, c’est que le marché local s’intéresse à eux. En matière de navette, en 2024, c’est donc un peu “deux salles, deux ambiances” : l’Europe ne veut pas ou plus de sires australiens, mais l’Australie et la Nouvelle-Zélande ouvre encore un peu la porte aux jeunes étalons venus d’Europe.

Cela ne marche-t-il vraiment pas ?

Le marché, partout dans le monde, est devenu ultra-sélectif, alors même qu’en matière de sport hippique et d’élevage, la réussite reste l’exception. C’est particulièrement vrai en Irlande et en Angleterre. Et le marché, justement, a besoin d’exemples positifs auxquels se raccrocher pour lancer une tendance. Une bonne partie des premiers fils au haras de Dubawi (Dubai Millennium) ou de Pivotal (Polar) n’ont pas fait de miracles, mais il suffit de quelques réussites marquantes (Siyouni, New Bay, Zarak, Night of Thunder…) pour qu’ils soient perçus comme des pères de pères. Quand Justify (Scat Daddy) ou No Nay Never (Scat Daddy) “sortent” des classiques, on a déjà oublié les autres fils de Scat Daddy (Johannesburg) qui sont sortis par la petite porte pour faire la monte hors d’Europe… Ma question est la suivante : dans l’océan de jeunes sires qui débutent tous les ans, a-t-on suffisamment essayé d’étalons australiens en Europe pour être certains que c’est un échec complet et total ?

Pour être tout à fait honnête, je n’en suis pas certain. Car au final, ils ont toujours été une ultraminorité parmi les dizaines de nouveaux venus qui débarquent tous les ans dans le parc européen. Or, on le sait, même parmi les meilleurs profils, il faut en essayer énormément pour “sortir” une perle. En outre, plusieurs ont eu des résultats tout à fait enviables avec leurs produits conçus lors de leurs saisons européennes, comme Fastnet Rock (13 % de black types par partant), Exceed and Excel (12 % de black types par partant) ou encore Starspangledbanner (13 % de black types par partant). Un tel taux de réussite correspond au top 20 des étalons actifs en Europe (selon ce critère). Mais pour marquer les esprits et convaincre les éleveurs européens d’aller chercher plus d’australiens, il aurait fallu une réussite équivalente – aux ventes et dans les Grs1 – à celle d’un Lope de Vega (Shamardal), d’un Wootton Bassett ou d’un Kingman (Invincible Spirit). C’est la force de l’exemple positif. En contrepartie, tout ce qui ne correspond pas à cela n’est pas considéré comme une réussite. Il n’y a aucune nuance, aucune “souplesse” dans le jugement de la “main invisible” : c’est noir ou c’est blanc. Certains étalons australiens ont transmis des problèmes respiratoires qui ont refroidi les acteurs européens. Et quand un cheval comme Redoute’s Choice échoue – contre toute attente – en Europe, les éleveurs sont comme

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