jeudi 20 juin 2024
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Le haras de Saint-Pair, un élevage naturellement performant

LE TOUR DES HARAS

Le haras de Saint-Pair, un élevage naturellement performant

Les statistiques de l’élevage d’Andreas Putsch sont impressionnantes : dans la génération 2019, 90 % des chevaux ont couru, 70 % ont gagné et 30 % sont black types. Cette réussite, c’est le fruit d’une longue réflexion… quasiment une philosophie de vie !

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Avant de faire le tour de ses yearlings, Andreas Putsch et sa fille Katarina ont tenu à partager leur “philosophie” : « Nous avons fait le choix d’élever le plus naturellement possible : c’est un grand changement depuis nos débuts. Et aussi de la manière la plus extensive possible, avec 2,5 hectares par cheval. Les herbages ne sont jamais fatigués, même en période de sécheresse. Nous avons très peu de parasites, ce qui a un grand impact sur la performance en course. Grâce à des coprologies très régulières, nous ne vermifugeons qu’au-delà d’un seuil donné de parasites : c’est important pour le foie et pour les reins. Sur le haras, nous essayons d’avoir un maximum de biodiversité végétale et animale. Si tous les haras prennent leur responsabilité en élevant de manière biologique, cela fera une grande différence. L’été dernier fut très sec et, aux ventes, nous avons vu beaucoup de yearlings qui avaient manqué d’herbe. Notre chance, au haras de Saint-Pair, c’est d’avoir une faible densité de chevaux et, par conséquent, de l’herbe plus longtemps. Mais aussi d’avoir une source naturelle. La question de l’eau est devenue très importante. » Pour un éleveur, travailler en sachant qu’il y aura un prolongement renforce encore la motivation : « Mes filles Katarina et Stéphanie s’intéressent à l’élevage. C’est formidable. Mais c’est aussi beaucoup de débats car les enfants ne respectent pas l’expérience ! (Rires) Elles connaissent les juments et leur caractère parfois sur plusieurs générations. »

Une approche très réfléchie

Il est assez intéressant de constater que dans le top 10 français, il y a deux éleveurs de culture allemande (le haras de la Pérelle et Waltraut Spanner), ce qui correspond aussi à Andreas Putsch : « C’est intéressant. Je n’y avais jamais pensé. Les Allemands sont un peu comme les Japonais dans leur manière d’élever : ils sont très systématiques et pensent au long terme. L’élevage, c’est un travail sur plusieurs générations. Parfois, je fais un croisement en espérant obtenir une pouliche ! » Pour Andreas Putsch, l’élevage c’est une quête, un cheminement : « Le savoir, en matière d’élevage, est aussi vaste que l’univers. Mais, ce que l’on connaît vraiment, c’est l’équivalent d’une balle de ping-pong. L’élevage des chevaux, c’est aussi un peu de l’art, une philosophie… mais c’est très très loin d’être une science ! Très peu de livres écrits sur l’élevage sont vraiment utiles. Mais il y a tout de même ceux de Joe Estes et d’Abram S. Hewitt. À l’inverse Federico Tesio faisait aussi parfois un peu de désinformation. Dans ses livres, il ne dévoilait pas ses véritables idées. Il avait acheté la grand-mère de tous ses bons chevaux pour rien. Mais après, il a gardé une bonne pouliche de course dans la descendance de cet achat. Et c’est cette bonne compétitrice qui lui a donné des champions. C’est vrai pour Nearco (Pharos), Ribot (Tenerani), Donatello (Blenheim), Cavalière d’Arpino (Havresac)… »

La rencontre de Tesio et des Yoshida

Cette exigence en matière de qualité sportive fut donc celle de Tesio. Et c’est aussi celle des Yoshida par exemple : « Nous essayons de conserver des juments black types ou ayant fait preuve de qualité en course, avec un rating de 90 au minimum [environ 40 de valeur française, ndlr]. Si elles n’ont pas couru, il faut qu’elles aient montré quelque chose de peu ordinaire à l’entraînement qui justifie leur entrée au haras. Parfois, on se trompe et on laisse partir la mère d’un bon cheval. Mais il faut voir le côté positif des choses. Vendre Via Medici (Medicean) fut une erreur dans un premier temps. Mais ayant donné le triple lauréat de Gr1 Admire Mars (Daiwa Major)… tous les japonais veulent acheter dans cette souche. Parfois, certaines erreurs peuvent se révéler positives… » Le lot 111 est un fils de Frankel et de Via Pisa (Pivotal) qui a remporté le Prix Coronation (L) et s’est classée troisième du Premio Lydia Tesio (Gr1 à l’époque). Avec Frankel, Via Pisa a donné Green Fly (placé du Derby du Midi, L) et au haras de Saint-Pair, cette souche a aussi “sorti” Integrant (Frankel) que l’on devrait revoir rapidement dans les Groupes. La deuxième mère, Via Medici a remporté le Prix de Lieurey (Gr3) et a produit à Northern Farm un certain Admire Mars : « Je crois que Frankel réussit chez tout le monde et avec toutes les juments ! Il a déjà bien fonctionné avec le sang de Pivotal [cinq gagnants de Gr1 dont Naswha et Cracksman, ndlr], d‘où le croisement de ce yearling. Cette famille remonte à celle de Ribot (Tenerani) et la septième mère est d’ailleurs sa propre sœur. »

L’un des trois Kingman au catalogue

Longtemps concentré sur octobre, le haras de Saint-Pair s’est en partie recentré sur la vente d’août : « Tout ce qui est “présentable” selon le vétérinaire… passe en vente. Je préfère vendre en octobre. Mais le marché reste plus fort en août car deux mois plus tard, les acheteurs reviennent à Deauville en ayant dépensé tout leur argent. » Ainsi Andreas Putsch présente l’un des trois produits de Kingman au catalogue, le lot 11. Sa mère Pearl Banks (Pivotal), a gagné un Gr3 en Allemagne et a donné trois black types en première génération, dont Pearls Galore (Invincible Spirit) lauréate de quatre Groupes et en particulier des Matron Stakes (Gr1) : « Dans cette famille, les bons chevaux sont tous issus de pères de vitesse. La mère a donné une gagnante de Gr1 – Pearls Galore – avec Invincible Spirit (Green Desert). C’était logique d’aller à son fils Kingman (Invincible Spirit). Pearls Galore est à la maison, elle est pleine de Frankel. Sa mère, Pearl Banks, est suitée d’une Galiway (Galileo) exceptionnelle. J’ai pas mal utilisé cet étalon. C’est un avantage de pouvoir rester en France. On voit clairement la différence sur les poulains. J’aimerais que le parc étalon français se développe encore ! Nous ne faisons pas voyager les juments de plus de 14ans. Tout comme celles qui sont pleines d’une saillie très chère. C’est trop de stress. » La famille est très vivante : petite-fille de Pearl Banks (Pivotal), Eternal Pearl (Frankel), double lauréate de Gr3, est restée à l’entraînement chez Charlie Appleby.

Ce qu’il y a de positif en France

« Il est très positif qu’en France, certains soient encore très attachés à une famille en particulier. Pour l’élevage commercial, il faut une page du black type proche, quelle que soit sa qualité. » Au sujet des étalons, Andreas Putsch poursuit : « En Angleterre ou en Irlande, Wootton Bassett (Ifraaj) et Siyouni (Pivotal) n’auraient eu aucune chance. Ils n’auraient pas été assez soutenus pour parvenir à se lancer. La force de la France, c’est donc aussi cette capacité à faire sortir des étalons. Les éleveurs français cultivent leur souche et ils donnent leur chance au haras à de bons chevaux de course, sans forcément être ultracommerciaux. Outre-Manche, le vent tourne très vite. Trop vite même. Un bon étalon comme Muhaarar (Oasis Dream) y a été trop vite mis de côté : les pinhookers l’ont tué commercialement. Le marché se trompe tout le temps sur les jeunes étalons. Mr. Market est aveugle ! Je suis content que Muhaarar soit au haras en France. Nous l’avions utilisé à l’époque. Et nous allons continuer à l’utiliser dans le futur… » Andreas Putsch est un citoyen du monde, avec une vision internationale du sport hippique : « En Australie, tout l’élevage se concentre sur la production de 2ans et de sprinters. Ils n’ont d’autres solutions que d’acheter en Europe ou en Nouvelle-Zélande pour avoir des chevaux qui tiennent 2.000m. Or quasiment toutes les grandes courses sont sur la distance, et le domaine d’excellence de l’Europe, c’est ce créneau, et dans le même temps, cette orientation change. Si bien que les lots entre les courses sur 2.000m et plus se creusent chez nous. Ce qui affecte le niveau de la compétition, c’est un danger pour l’élevage. Dans la préparation des 2ans en vue de Royal Ascot… combien passent à la trappe ? »

De nouvelles juments

Le lot 50 est le premier produit de Satomi (Teofilo) lauréate du Grosser Preis Hansa-Preis (Gr2). Andreas Putsch l’a en quelque sorte “pinhooké” car il l’a revendu peu après la poulinière à Willie Carson. Avant de partir pour l’Angleterre, Satomi a eu le temps de lui donner ce mâle par Lope de Vega (Shamardal) : « Teofilo (Galileo) est un père de mère exceptionnel. C’est un produit très réussi, très élégant. Il s’agit de la descendance de l’exceptionnelle Schwarzgold (Alchimist) du Gestüt Schlenderhan qui avait battu les mâles de vingt longueurs dans le Derby allemand (Gr1). » Le lot 221 est aussi issu d’un achat récent. Ce produit par le très actuel No Nay Never, Scat Daddy, a été acquis in utero avec sa mère Gallic (Kodiac). À ce jour, quatre chevaux issus de croisements ont couru – No Nay Never sur Kodiac – deux ont gagné, et notamment The Fixer, lauréat du Prix La Flèche (L) : « Gallic est une jument que nous avons achetée à Newmarket lors de la dispersion de Lady Rothschild. La mère a un rating de 90 environ. Nous l’avons confiée à Paddy Twomey, un entraîneur exceptionnel, mais elle a eu un problème et n’a pas pu confirmer. Nous l’avons donc fait saillir car elle était bonne et très belle aussi. Le yearling plaît beaucoup à toutes les personnes qui sont venues. La jument à une Victor Ludorum et elle est pleine d’Harry Angel. »

Ces juments qui sont nées au haras

Le lot 105 est un petit-fils de Célèbre Vadala (Peintre Célèbre), laquelle a produit trois black types à Saint-Pair, dont l’étalon Vadamos (Monsun), lauréat du Prix du Moulin de Longchamp (Gr1) : « C’est le premier produit de Vadivina (New Approach) qui était certainement meilleure que ne l’indique son palmarès. New Approach (Galileo) est un père de mère exceptionnel. Célèbre Vadala étant morte, nous avons souhaité assurer la continuité. Cette famille, même avec des étalons de tenue, conserve sa vitesse. François Boutin avait acheté à Keeneland la quatrième mère Vadsa (Halo), née chez E.P. Taylor. Vadivina est allée à Pinatubo (Shamardal) que j’aimais beaucoup en tant que cheval de course. Le yearling est très signé Shamardal, un très bon père de père. Vadivina est suitée de Zarak… qui a tout pour faire, un jour, un bon père de mère. » Le lot 60 est issu de l’inoxydable Oasis Dream – Green Desert et l’inédite Setsuko (Shamardal) : « Setsuko a eu un accident à l’entraînement. Son papier – Shamardal sur Montjeu – est extraordinaire. C’est une grande souche française, celle de Lady Berry (Violon d’Ingres). Deuxième de Classe 2, son produit Sous La Neige (Shalaa) est un bon cheval. Ce yearling est un magnifique Oasis Dream. Il marche bien, et dans les herbages, il galope avec un geste impressionnant. Le sang de Montjeu (Sadler’s Wells), c’est extraordinaire. Peu de champions sur 2.400m sont capables de transmettre autant d’accélération que lui. Si on rajoute un peu vitesse sur Montjeu, pour renforcer cette qualité, cela à l’air de très bien fonctionner. Comme dans le cas de Paddington (Siyouni sur Montjeu) par exemple. »

Les lots de la vente d’août

Lot Sexe Père Mère
11 F. KINGMAN PEARL BANKS
50 M. LOPE DE VEGA SATOMI
60 M. OASIS DREAM SETSUKO
105 M. PINATUBO VADIVINA
111 M. FRANKEL VIA PISA
221 M. NO NAY NEVER GALLIC
225 F. LE HAVRE GLAD EYE

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