lundi 17 juin 2024
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Pierric Rouxel : « Il faut régler le problème des impayés »

SPECIAL ÉLECTIONS

Pierric Rouxel : « Il faut régler le problème des impayés »

Par Guillaume Boutillon

gb@jourdeglaop.com

Jour de Galop. – Tout le monde vous connaît au travers l’Asselco (l’Association des éleveurs de l’Ouest) et le haras de Maulepaire, mais votre nom figure pour la première fois comme tête de liste de la Fédération des éleveurs, où vous succédez à Loïc Malivet. Pourquoi vous engagez-vous politiquement ?

Pierric Rouxel. – Au fil de toutes ces années au côté de Loïc Malivet, j’ai appris à bien appréhender le fonctionnement de France Galop. Je suis le représentant de la Fédération des éleveurs depuis trois mandatures au Conseil de l’obstacle, ce qui m’a permis de parfaire ma culture institutionnelle. Cela fait deux mandatures que je suis vice-président de la Fédération des éleveurs et Loïc Malivet ne pouvant se présenter à cause de la limite d’âge, c’était à mon sens tout à fait naturel que cela soit moi qui prenne la tête de la liste.

Quelles sont les mesures phares de votre programme ?

Nous souhaitons des mesures très techniques. C’est ce qui est important pour nous. Nous ne sommes pas convaincus qu’il faille revoir de fond en comble le fonctionnement de France Galop, car nous ne pensons pas – contrairement à ce qu’affirment certains – que ce dernier soit réellement si mauvais. Reste qu’il y a des points très précis sur lesquels nous voulons que les choses évoluent. D’abord, et c’est un gros problème pour les éleveurs, il faut régler le problème des impayés. Nous sommes des prestataires de services. Et, à tous les niveaux de la prestation, nous sommes confrontés à de mauvais payeurs, que ce soit pour les pensions des juments comme des produits. Les étalonniers, en ce qui concerne le paiement des saillies et les frais de monte, sont aussi concernés. Et nous ne pouvons absolument pas nous tourner vers France Galop. La société-mère refuse de prendre en compte nos dossiers. Or, chaque éleveur est désormais membre agréé de France Galop. Il nous paraît normal que nous ayons accès aux mêmes aides dont bénéficient les entraîneurs. Une mesure concernant les suffixes nous paraît également judicieuse. Lorsqu’on envoie une jument à la saillie à l’étranger, le poulain va naître dans le haras à l’étranger. La jument va rester tout au plus deux mois à l’étranger avec son foal avant de revenir sur notre sol. Malheureusement, partout ensuite, on voit que les chevaux sont affublés d’un suffixe qui correspond à l’endroit où ils sont nés. Nous trouvons tous que, par rapport à la véracité du lieu d’élevage, il ne faudrait pas considérer que les produits en importation temporaire soient automatiquement affublés du suffixe du lieu de naissance. Voir systématiquement des “GB” ou “IRE” sur des poulains élevés en France nous contrarie. Cette mesure permettrait également de donner plus de visibilité à l’élevage français.

Le thème de la traçabilité des chevaux est souvent revenu ces dernières années. Où en êtes-vous sur ce sujet ?

Nous sommes très demandeurs du passeport sanitaire numérique. Ce sujet nous tient vraiment à cœur et nous travaillons grandement dessus. L’Ifce, qui s’était montré un peu frileux au départ, a désormais bien pris les choses en main. Nous avons bon espoir que ce passeport se fasse car nous aurons ainsi toutes les informations sur le cheval. Depuis la naissance, tous les éléments importants y seront inscrits. La transparence sera bien plus importante. Les risques de dopage seront diminués, que ce soit en phase d’élevage ou d’entraînement. En outre, ce passeport numérique renforcera notre statut de high health breeding et permettra ainsi des passages de frontières bien plus aisés et rapides. Les éleveurs sont horrifiés de voir que des juments ou des poulains peuvent rester des heures sur un parking des douanes, anglaises ou françaises, car tous les processus y sont très longs.

Comment se portent les éleveurs français, selon vous ?

La situation est très variable selon les régions. Si l’on considère uniquement les éleveurs professionnels, ces derniers sont obligés de réaliser de gros investissements en matière de saillies, ainsi que pour renouveler leur jumenterie s’ils veulent monter en gamme. Cela devient de plus en plus onéreux. Bien sûr, comme dans tous les milieux, certains sont plus en difficulté que d’autres. Mais ce qui est rassurant, c’est qu’il y a de nombreux jeunes éleveurs qui arrivent. Ils ont, pour la plupart d’entre eux, une culture internationale et n’hésitent pas à traverser la Manche pour acheter en Angleterre. Ils sont beaucoup plus “entreprenants” que ne l’étaient les générations précédentes. Et cela permet d’avoir confiance en l’avenir.

« Notre combat est de bien faire ancrer l’élevage du pur-sang dans une activité agricole »

Avec le retour du taux réduit T.V.A. pour l’élevage, une belle victoire a été obtenue. Quelle est l’étape suivante et que comptez-vous faire ?

Comme vous dites, c’est une très belle victoire qui a été obtenue pour les éleveurs, le fruit d’un travail de longue haleine. Cela ne concerne en réalité que la reproduction et il nous paraît logique que l’on aille plus loin désormais. Il faudrait que l’on obtienne ce même statut à 5,5 % pour l’ensemble de l’activité de l’élevage. C’est-à-dire pour les foals, les yearlings et les sujets plus âgés avant leur entrée à l’entraînement. Notre combat est de bien faire ancrer l’élevage du pur-sang dans une activité agricole. Au ministère du Budget, cette idée est de mieux en mieux perçue. Il faudra être extrêmement persévérant et ne jamais lâcher le cap. C’est pour cela qu’il est très important d’être en bons termes avec les représentants politiques de chaque région.

La discipline de l’obstacle est importante pour l’élevage français. Que préconisez-vous pour que cette situation s’améliore ? Faut-il inscrire le 2/3 1/3 aux statuts ?

J’ai un avis très tranché sur la question. Nous avons besoin de l’obstacle, ne serait-ce que pour conserver le 50-50 avec Le Trot. Si l’on affaiblit l’obstacle, on affaiblira le galop dans son ensemble. Il faut tout mettre en œuvre pour que l’obstacle se redynamise, ce qui semble déjà être le cas. On commence à voir du mieux sur le nombre de partants. Pour autant, je ne suis pas sûr qu’il faille inscrire le 2/3 1/3 aux statuts. On ne sait jamais de quoi l’avenir va être fait et il serait dangereux de graver dans le marbre des répartitions d’allocations sans savoir exactement quels seront les effectifs dans 5, 10, 15 ans dans l’une ou l’autre des spécialités.

En obstacle comme en plat, un problème se pose avec la baisse des effectifs…

C’est l’un des points sur lesquels la prochaine équipe devra se pencher. Élargir l’échelle des encouragements a été une mesure mais peut-être faut-il encore aller plus loin ? Quand on sait qu’une course de moins de huit partants ne génère pas d’enjeux, il serait peut-être judicieux de verser une allocation jusqu’à la huitième place. Cela permettrait de gonfler un peu les lots. Selon moi, les exportations ne sont pas les seules responsables de la situation des effectifs en obstacle. Pendant longtemps, les éleveurs d’obstacle ont été les parents pauvres du galop car ils n’arrivaient pas à vendre leurs élèves. On ne peut empêcher personne de vendre ses chevaux. La solution au problème lié aux effectifs passe plus par le recrutement de nouveaux propriétaires.

Votre association est très ancrée dans les régions. Que faut-il faire pour aider ces dernières ? Que fait-on des hippodromes ? Faut-il tous les conserver ?

Les hippodromes régionaux sont la base de notre sport, là où naissent les passions. Toutes les sociétés de course régionales ont accompli d’énormes efforts afin d’essayer de se mettre au niveau. Que ce soit en matière de sécurité pour les chevaux et les hommes comme en matière d’accueil. Un certain nombre d’hippodromes ont fermé leurs portes ces dernières années. Et je pense qu’il faut arrêter de “gratter dans le dur”. Je ne vois à l’heure actuelle aucune petite société régionale qui ne mérite pas d’organiser de courses !

Il y a quatre ans, la Fédération des éleveurs avait soutenu Édouard de Rothschild. Allez-vous cette année soutenir un candidat déjà annoncé ?

Pour l’instant, il est encore un peu tôt. Nous jugerons sur pièce en fonction des candidatures… lorsque toutes seront officielles. Quoi qu’il arrive, nous attendrons la fin du premier tour avant de nous décider. Il reste du temps…

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