vendredi 14 juin 2024
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Manon Scandella-Lacaille : « Le plus important, c’est la constance »

Manon Scandella-Lacaille : « Le plus important, c’est la constance »

Palerma (Alex the Winner) lui avait offert l’an dernier une première victoire black type, dans une Listed italienne, après s’être classée troisième du Prix de la Grotte (Gr3). La logique aurait voulu que Manon Scandella-Lacaille remporte son premier Groupe en plat, avec un effectif majoritairement tourné vers cette discipline. Mais la Cravache d’or féminine 2012, installée comme entraîneur à Calas depuis quatre ans, adore aussi l’obstacle. Et après une Listed remportée en fin d’année 2023 par Super Quartz, c’est à Auteuil qu’elle a vécu la première consécration de sa carrière d’entraîneur. Une victoire dans le “Président de la République”, un handicap labellisé Gr3, grâce à Hasard de Brion, que monte chaque matin son mari, Édouard Lacaille. De retour dans son Sud-Est chéri, et après une matinée passée la fourche à la main, pour faire les boxes, Manon Scandella-Lacaille nous a livré sa vision de son métier. Une vision empreinte de sagesse pour une jeune femme pas encore quadragénaire !

« Quand je félicitais Daniela Mele pour sa victoire dans le Président, jamais je n’aurais pensé que deux ans plus tard, les rôles seraient inversés ! » Lundi, Manon Scandella-Lacaille a retrouvé sa base des plaines de l’Arbois, à Cabriès, forte d’une première victoire de Groupe, acquise en obstacle, grâce à Hasard de Brion. « Mon effectif étant à 80 % composé de chevaux de plat, la probabilité de gagner un Groupe en obstacle était limitée ! On peut très bien entraîner un cheval d’obstacle à Calas, même si j’aimerais qu’on puisse avoir des haies sur le gazon. Mon père l’a prouvé, Richard Chotard aussi… En revanche, le programme de courses d’obstacle est très réduit dans la région. Il ne nous reste plus que Nîmes ! Pour savoir si on a le niveau pour Paris, il faut passer par Lyon ou Toulouse. Logiquement, peu de propriétaires du Sud-Est sont motivés pour avoir des sauteurs. Une pouliche comme Manon, que j’ai vendue en Irlande après deux deuxièmes places à Auteuil, je l’ai achetée yearling pour moi… Je les dresse et si je décèle un potentiel, je peux ensuite les proposer à mes clients. »

Hasard, 7ans mais toujours pas mature !

Hasard de Brion, le héros du Président, est un cas bien différent. Le cheval a commencé sa carrière chez Pierre Fertillet. Quand ce dernier a changé d’orientation professionnelle, Robert Aubaud a décidé de le confier à Manon : « Monsieur Aubaud habite dans le Var, et il avait envie que le cheval ne soit pas trop loin de chez lui. C’est un propriétaire extrêmement patient. Heureusement car je pense qu’à 7ans, Hasard n’est pas encore adulte ! Pierre Fertillet en a pris soin, l’arrêtant quand il en avait besoin. C’est un très grand cheval, très anxieux, avec une force herculéenne. Il peut avoir des réactions bizarres, comme ce fut le cas lors du Finot. Il avait été déclaré non-partant car cela s’était très mal passé sur la haie d’essai. C’est mon mari, Édouard, qui le monte tous les matins, et je peux vous dire que ce n’est pas de tout repos ! Mais je crois que le changement d’environnement lui a fait beaucoup de bien. J’ai la chance d’être installée dans un petit coin de paradis, au milieu des champs, à l’extérieur du centre d’entraînement mais avec accès aux pistes. Les chevaux ont accès à des paddocks et vivent au milieu de chèvres, d’une génisse… Ils voient nos enfants jouer. Je crois que ça leur change les idées ! C’est lors de sa victoire de Lyon, où il était pour la première fois vraiment “aux boutons”, que nous avons su que nous pourrions aller sur le Président avec une chance. J’avais dit à James de le monter sans pression. Il a pris beaucoup de moral en doublant les autres ! » Pour autant, Manon reste les pieds bien sur terre. « Le Grand Steeple ? Non, pas cette année ! Le cheval ne compte que 17 courses. Il n’est pas assez mûr pour une telle course. Nous allons essayer de le préparer pour les Drags. Ensuite, il ira profiter de l’herbe en Normandie. Je le pense meilleur dans les terrains un peu pénibles, donc pourquoi ne pas viser les bons steeples de l’automne avec lui ? »

Un tandem complémentaire

Installée depuis quatre ans seulement, Manon Scandella-Lacaille forme un tandem redoutable avec son mari, Édouard Lacaille, ancien jockey également. « Nous sommes parfaitement complémentaires. Édouard adore les 2ans, la précocité, alors que j’aime préparer les chevaux d’âge, leur donner du moral, et l’obstacle, c’est ma partie ! Je n’ai pas honte de dire qu’il y a deux ans, suite à une croissance importante de notre effectif, nous avons un peu perdu pied. Cela nous a permis de comprendre que notre façon de travailler n’était pas compatible avec un effectif de plus de 65 chevaux. Cela nous a aussi obligés à effectuer un tri. Je veux connaître tous mes chevaux sur le bout des doigts. Et ça, ce n’est pas possible quand on excède un certain nombre… Nous avons actuellement une quinzaine de 2ans. C’est un bon ratio, je pense, car avoir trop de juniors peut mettre en difficulté lorsque vous tombez sur une génération un peu creuse… »

Redorer l’image du Sud-Est

Manon Scandella-Lacaille, outre une vie professionnelle et familiale bien remplie (les Lacaille sont les heureux parents de cinq jeunes enfants !), prend aussi le temps d’œuvrer pour la collectivité, puisqu’elle est membre du Comité régional du Sud-Est. « J’ai accepté d’être la porte-parole des entraîneurs de la région… Nos combats, c’est avant tout la conservation de nos courses, car nous avons perdu beaucoup de petits hippodromes qui nous faisaient vivre… Nous avons aussi à cœur de faire changer les mentalités quant au Sud-Est. Je suis très fière de voir Jérôme Reynier tête de liste actuellement. Quand Jean-Claude Rouget, qui a été mon patron et que j’admire beaucoup, dit qu’aujourd’hui, il n’est pas facile de gagner un maiden à Marseille car il y a une vraie opposition, je me dis qu’on va dans le bon sens. » Quant à ses objectifs personnels, la jeune femme est pragmatique : « Bien sûr, nous avons envie de gagner de belles courses. Mais le plus important, dans notre métier, c’est la constance. Alors j’attache beaucoup d’importance à garder la même ligne de conduite, celle qui nous a menés où nous en sommes. Je sais, depuis le temps que je suis dans ce métier, que rien n’est jamais acquis. Restons humbles. Et remercions nos chevaux ! »

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