mardi 25 juin 2024
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Philippe Germond : « Je vais me présenter aux élections du Comité »

Philippe Germond : « Je vais me présenter aux élections du Comité »

L’ancien président du PMU sera candidat au Comité de France Galop, sur la liste de l’Association des éleveurs-propriétaires indépendants (Aepi). Il détaille sa motivation et ses projets, en exclusivité pour Jour de Galop.

Jour de Galop. – La rumeur vous prête l’intention de vous présenter au Comité de France Galop sur une liste socioprofessionnelle. Qu’en est-il ?

Philippe Germond. – La rumeur dit vrai puisqu’effectivement, je vais me présenter aux élections du Comité de France Galop. Je serai sur la liste de l’Association des éleveurs-propriétaires indépendants (Aepi). Je suis pour l’instant associé dans un premier cheval chez Franck Forési et je compte investir dans un second qui sera entraîné en région parisienne.

Pourquoi avoir choisi cette association ?

Parce que c’est celle qui est la plus en ligne avec mes convictions. Au cours des derniers mois, nous avons eu plusieurs discussions ensemble. Et je me sens très bien sur leur liste.

On associe généralement l’Aepi à une association “sociale”, en ce sens qu’elle défend plutôt la base de la pyramide ; alors que votre image est celle d’un grand patron, donc plutôt libéral et/ou élitiste…

Je suis un homme de terrain qui a appris les courses et le PMU dans les points de vente, sur les hippodromes et en assistant aux entraînements sur les Aigles à Chantilly, auprès des hommes et femmes qui font le succès des courses !

Mais ce paradoxe social/libéral ? 

Vous voulez dire qu’on ne m’attendait peut-être pas sur cette liste ? Ce que je sais, c’est que nous avons beaucoup de points communs. Pour commencer, nous faisons la même analyse de la situation actuelle : aujourd’hui, France Galop est structurellement déficitaire – avec un déficit cumulé d’un peu moins de 100M€ entre 2016 et 2023. Je ne conteste pas le rôle de la Covid dans ce résultat, mais cela amène à s’interroger sur la profitabilité de France Galop, ne serait-ce qu’en 2024 et 2025. L’autre élément sur lequel nous nous retrouvons, c’est sur les causes et les conséquences du manque de chevaux à l’entraînement. J’ai été président du PMU pendant cinq ans et demi ; je connais donc parfaitement la sensibilité des enjeux au nombre de partants et l’impact clair que cela a sur les ressources de la filière. Il faut rompre ce cercle vicieux.

Quelles solutions proposez-vous ?

Nous avons besoin de plus de chevaux, donc de plus de propriétaires… L’Aepi, comme vous l’avez rappelé, représente la base de la pyramide. Mais dans notre esprit, il ne faut surtout pas opposer le bas au haut car tout le monde est complémentaire. Simplement, une fois que vous avez compris que le pari hippique est un marché d’offres, ce sur quoi tout le monde est d’accord à présent, cela veut dire qu’il faut plus de courses ; et ces courses supplémentaires ne peuvent concerner que des chevaux en dessous du programme de sélection – car l’élite n’est pas extensible. Mais pour avoir ces nouveaux propriétaires de chevaux modestes, il faut que le taux de couverture par les gains soit meilleur. Aujourd’hui, il est tombé à environ 35 % des coûts. C’est trop faible ! Cela pose donc la question d’une meilleure répartition des allocations pour attirer de nouveaux propriétaires. Si vous voulez plus de propriétaires et plus de chevaux, il faut donner plus d’argent aux chevaux hors sélection. En dix ans, la France a perdu 25 % des propriétaires qui possédaient au moins un cheval à 100 %. Cela nous amène à nous interroger sur l’attractivité du produit hippique.

De manière plus générale, que pensez-vous du niveau actuel d’allocations ?

Quand on regarde l’évolution des encouragements depuis 2014, on se rend compte qu’ils ont baissé de quasiment 20 %. Et cela est encore accentué par l’inflation. J’en reviens au constat-clé que je vous ai déjà exposé : c’est le bas de la pyramide qui apporte le plus gros du financement pour la filière. Donc il faut repenser la question, sans pour autant contester cette nécessité absolue d’avoir un sommet de la pyramide hyper performant.

Où tout cela se joue-t-il ? À France Galop ?  

Avec l’Aepi, nous partageons un plan d’action qui passe, entre autres, par le PMU. Nous avons clairement besoin d’une relance au PMU. Comme tout le monde, je me réjouis de voir qu’il retrouve de la croissance. Mais cette croissance reste en deçà du reste du marché des jeux d’argent et en deçà de l’inflation. Donc on ne peut pas s’en satisfaire.

Quelle est votre motivation ? Et que voulez-vous apporter au galop français ?

Je suis un chef d’entreprise. J’ai dirigé de grands groupes comme SFR, Atos, Europcar – et le PMU, où, avec mon équipe, nous avons sorti des niveaux historiques de résultats financiers, au-delà de 850 millions d’euros de 2011 à 2014, alors même que les conditions fiscales n’étaient pas aussi avantageuses pour le PMU qu’aujourd’hui. En me présentant, je veux apporter cette double compétence : à la fois permettre à France Galop de se renforcer dans plusieurs domaines et aider l’équipe du PMU dans sa transformation.

France Galop peut être plus efficace et réduire ses charges avec une analyse stratégique bien pensée et un plan de transformation solide. C’est comme cela que nous pourrons notamment augmenter les encouragements.

Le lien est très stratégique entre les sociétés-mères et le PMU…

Je pense que s’il y avait eu plus de compétences au sein de France Galop sur le sujet PMU, la filière aurait évité l’accident industriel de l’équipe de direction mise en place en 2018. France Galop aurait dû voir que son analyse stratégique était erronée et que, sous prétexte de gommer les irritants, le PMU était en train d’abîmer le Quinté+, ce qui a causé la perte d’une partie des joueurs occasionnels. France Galop aurait dû voir que la réduction drastique des budgets marketing et publicitaires rendait le PMU invisible et inaudible. France Galop aurait dû voir que le PMU se focalisait sur les enjeux alors que ce qui est important, c’est le produit brut des jeux, qui est le vrai chiffre d’affaires de l’entreprise – puisque le reste appartient aux joueurs. À chaque fois que le PMU commettait une erreur, il n’y avait aucun questionnement en face. Et la conséquence a été la baisse de 100 millions d’euros du résultat net du PMU en 2019 par rapport au niveau atteint au début des années 2010, avec un impact sévère sur les finances de France Galop.

Si je suis élu au Comité, mon expérience de dirigeant d’entreprises qui a poursuivi de nombreuses transformations y compris au PMU sera au service de France Galop et bien évidemment en partenariat avec LeTrot. Je sais appréhender une situation où il faut améliorer les choses et j’ai une connaissance profonde du PMU qui peut aider son équipe dirigeante actuelle – et aider France Galop à poser les bonnes questions à l’équipe de direction actuelle.

Pourriez-vous être candidat à la présidence de France Galop ?

Très clairement, je ne suis pas candidat à la présidence de France Galop ! Et ce pour des raisons assez évidentes. D’abord c’est un véritable engagement, quasiment un plein temps, ce que je ne peux pas donner en termes de disponibilité car je suis associé dans une banque d’affaires. Par ailleurs, je n’ai pas la connaissance pointue de la partie régalienne des courses. Je pense aujourd’hui que je peux apporter un vrai plus, mais pas en tant que président.

Souhaiteriez-vous, si vous êtes élu au Comité de France Galop, rejoindre son Conseil d’administration ?

Si le nouveau président souhaite que je m’engage plus, je l’envisagerai très positivement.

France Galop détient plusieurs postes d’administrateur au sein du PMU, que vous avez présidé par le passé : aimeriez-vous être l’un d’eux ?

C’est possible aussi. Mais il ne faut pas que cela soit vécu de façon négative par l’équipe dirigeante du PMU. Si France Galop pense que je peux avoir une valeur ajoutée en étant plus impliqué au Conseil d’administration du PMU, je m’investirai. Mais vraiment, la base de ma démarche, c’est mon souhait d’aider les courses. Cela fait neuf ans que je suis parti et j’ai toujours observé la filière. Il y a deux ans, j’avais écrit à ses décideurs pour tirer la sonnette d’alarme. Ne croyez pas que tout soit éternel : la filière pourrait progressivement se restreindre, et cette réduction se ferait d’abord par la base. Mais si la base n’est plus là pour assurer les partants, l’ensemble de la filière n’aura plus de ressources financières.

Pensez-vous que la situation soit aujourd’hui inquiétante ?

Il y a quelques jours, je regardais la part de marché du PMU en produit brut des jeux sur le marché cumulé des jeux d’argent (courses, sport, poker, loteries) : en 2014, le PMU détenait 35 % de parts de marché ; en 2022, ce chiffre est tombé à 19 % ! La part du PMU a donc très nettement décru sur son marché de référence. Ça, c’est une vraie comparaison. Beaucoup plus parlante et pertinente que de comparer le chiffre d’affaires du PMU de l’année N à celui de l’année N-1. Je sais que les paris sportifs sont sujets à débat dans la filière. Mais vous êtes d’accord avec moi pour dire que c’est à la fois un marché très profitable et en forte croissance, comme le prouvent les résultats records réalisés par les opérateurs de paris sportifs ? Le sportif est très rémunérateur ; pourtant, le PMU est passé en dix ans d’une part de marché de 25 % à une part inférieure à 3 % sur ce marché. Là aussi, nous ne nous sommes pas posé les bonnes questions.

Quelle pourrait être la priorité du galop français ?

Il y a deux autres chantiers à lancer rapidement. Tout d’abord construire un plan France Galop 2030, qui permettra de définir des objectifs à court et à moyen terme qui seront donnés aux équipes de direction de France Galop mais aussi à celles du PMU, en collaboration étroite avec LeTrot. En parallèle, il faut renouer, sur la base de ce plan, un dialogue constructif avec l’État, qui a tout intérêt d’apporter son soutien à la bonne santé de la filière. Si je suis élu, je mettrai mon expérience professionnelle et ma connaissance du fonctionnement de l’État et de ses acteurs au service de France Galop avec une forte motivation !

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