mardi 27 février 2024
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Blue Point champion en piste comme sur le marché

LE CLASSEMENT DES ÉTALONS DE PREMIÈRE PRODUCTION

Blue Point champion en piste comme sur le marché

Lundi, en fin d’après-midi, sur la P.S.F. de Wolverhampton, la pouliche Graceful Mary, élevée par Godolphin et vendue 18.000 € yearling, est devenue la 43e gagnante de son père, Blue Point. Ce dernier était toutefois assuré du titre de meilleur étalon de première production depuis fin août, lorsqu’il avait franchi le cap des 30 gagnants en Europe…

Par Franco Raimondi

fr@jourdegalop.com

L’étalon Darley a creusé l’écart. Il a maintenant 17 gagnants d’avance sur Inns of Court (Invincible Spirit), 18 sur Soldier’s Call (Showcasing) et 19 sur Ten Sovereigns (No Nay Never) et Too Darn Hot (Dubawi) qui sont sur la même ligne pour l’obtention de la quatrième place. De mardi soir à mercredi, Blue Point (Shamardal) aura quatre partants encore maidens et il peut espérer faire jeu égal, voire devancer Sioux Nation (Scat Daddy), qui, avec ses 44 gagnants sur les pistes européennes en 2022, possède le deuxième meilleur score actuel. Le record de Mehmas (Acclamation) – 55 gagnants en 2020 – n’est nullement en danger pour encore de longues années, mais Blue Point est arrivé à 37 lauréats sur les îles britanniques, soit un de plus qu’Havana Grey (Havana Gold) l’an dernier.

Il a établi le record de gains

Mehmas est intouchable pour ce qui est du record de gagnants mais Blue Point a fait tomber celui des gains établi l’an dernier par Havana Grey. Ses juniors ont remporté 1,66 million d’euros… sans compter les 520.000 $ (487.000 €) décrochés par Big Evs dans le Breeders’ Cup Juvenile Turf Sprint. Havana Gold avait terminé l’année 2022 avec 1,51 M€. Sauf surprise, Blue Point terminera tête de liste des pères de gagnants de 2ans en Europe comme sur les îles Britanniques. Pour réussir le Grand chelem, il lui manquera le classement par gains sur le vieux continent… No Nay Never (Scat Daddy) compte en effet 199.000 € d’avance. Il y a une explication à cela : dans le Goffs Million, la course pour les juniors la plus riche d’Europe, sa pouliche, Cherry Blossom, s’est classée deuxième, décrochant alors 246.000 € quand la meilleure Blue Point, Storm Miami, a échoué au pied du podium avec à la clé un chèque de 74.000 €.

City Light champion de France

Le meilleur parmi les first crop sires en France est City Light (Siyouni), huitième dans le classement européen avec 18 gagnants sur 35 partants, soit le meilleur ratio parmi les dix premiers. Il lui manque deux gagnants pour égaliser le record des first crop sires stationnés en France réalisé en 2018 par Anodin (Anabaa), qui en avait eu 20. Parmi les lauréats de City Light, 14 ont brillé sur les pistes de l’Hexagone. L’étalon n’est qu’à un lauréat du record (15), qui appartient toujours conjointement à Goken (Kendargent) et au père de City Light, Siyouni (Pivotal). C’est assurément trop demander au jeune étalon de devenir un autre Siyouni mais ces deux sires ont d’autres points communs : ils ont démarré leur carrière au même tarif (7.000 €) et ils sont à 18 gagnants avec, pour le fils, l’avantage notable qu’il reste encore 46 jours d’ici la fin de l’année. Parmi les produits de City Light qui ont couru en France sans parvenir à s’imposer, 12 ont déjà décroché des allocations.

Les meilleurs étalons de première production en Europe

Étalon Tarif 2020 (€) Produits Partants Gagnants Gagnants B.T. Gains (€) Moyenne yearlings 2023 (€) Tarif 2024 (€)
1 Blue Point 45.000 161 105 43 5 1.660.625 169.404 60.000
2 Inns of Court 7.500 169 81 26 1 660.535 18.393 5.000
3 Soldier’s Call 10.000 121 71 25 1 633.598 29.832 9.775
4 Too Darn Hot 65.000 120 64 24 4 1.074.231 135.979 74.750
5 Ten Sovereigns 25.000 150 72 24 3 892.086 64.456 17.500
6 Calyx 22.500 103 49 19 2 738.279 32.024 12.500
7 Land Force 7.475 117 61 19 0 288.512 17.955 6.500
8 City Light 7.000 90 35 18 0 419.891 28.237 7.000
9 Phoenix of Spain 15.000 97 42 17 1 411.181 28.440 10.000
10 Advertise 28.750 103 54 15 0 218.863 17.602 11.500

La réponse du marché aux résultats

Le titre de champion first crop sire est très convoité mais quel poids a-t-il sur le marché ? Les indicateurs que nous pouvons prendre comme repère sont au nombre de trois : le prix moyen des premiers yearlings (et le tarif de début), le prix moyen des yearlings qui passent aux ventes quand les premiers juniors sont sur les pistes et enfin le tarif de la cinquième saison qui est fixé par les étalonniers lorsqu’ils ont déjà connaissance des statistiques. En 2010, Iffraaj (Zafonic) avait remporté la couronne avec 38 gagnants conçus au tarif de 12.000 €. Le prix moyen de ses premiers yearlings vendus (60) s’était fixé à 36.019 €. Douze mois plus tard, grâce au coup de boost lié à la réussite de ses produits en piste, il était passé à 41.200 €. Iffraaj était un bon sprinter gagnant de Gr2 et passé près du succès dans la July Cup (Gr1). Son tarif, qui s’était effondré à 6.000 € en 2010, est remonté à 15.000 € soit 25 % de plus que l’année de ses débuts. Iffraaj a produit pas moins de 48 gagnants de Groupe, dont un certain Wootton Bassett, issu de sa première saison, qui officiera à 200.000 € en 2024.

Les débuts de Siyouni

L’histoire des débuts de Siyouni est moins liée au commerce qu’à la réussite de ses produits. En 2013, les premiers yearlings de l’étalon de Son Altesse l’Aga Khan, conçus à 7.000 €, ont affiché un prix moyen de 30.879 € pour 29 vendus. Après la réussite de ses 2ans, le prix moyen des yearlings de sa deuxième génération est monté de 58 %, à 48.868 €, pour 38 vendus. Et il a atteint 94.080 € pour la troisième promotion. Une aubaine pour les éleveurs qui avaient investi 7.000 € lors de sa première année de reproducteur. Le tarif de Siyouni en cinquième saison est bien logiquement monté en flèche à 20.000 €. Dix fois moins que ce qu’il faudra débourser en 2024…

No Nay Never, un tarif multiplié par quatre

On avance dans le temps jusqu’en 2018, lorsque No Nay Never avait remporté le titre avec 29 gagnants. L’américain avait déjà cartonné quand ses premiers yearlings, issus de saillies à 20.000 €, sont passés sur les rings avec un prix moyen de 114.663 €. Sur cette réussite et avant le verdict de la compétition, son tarif, qui avait baissé à 17.500 €, est remonté à 25.000 €. Dans la première génération de No Nay Never, on retrouvait notamment le gagnant des Middle Park (Gr1) Ten Sovereigns. Le prix moyen, lors des ventes 2018, est monté à 142.789 € en hausse de 24,5 %. Le tarif de No Nay Never en cinquième saison a été multiplié par quatre à 100.000 €.

Gutaifan, une histoire pas comme les autres

Les premiers yearlings de Gutaifan (Dark Angel), conçus au tarif de 12.500 €, ont reçu un très bon accueil aux ventes avec 112 vendus au prix moyen de 41.692 €. Douze mois plus tard, ils ont assuré à l’étalon le titre d’étalon champion de première production avec 32 gagnants, mais pas un seul lauréat black type. La réponse du marché a été assez glaciale, avec un prix moyen de 17.490 €, c’est-à-dire presque deux fois et demie de moins. Pour un étalon, faire beaucoup de gagnants ne suffit plus et Yeomanstown Stud a choisi de baisser à 6.000 € son tarif en cinquième saison, avant de le vendre en France. L’élevage commercial est souvent impitoyable… surtout dans le créneau vitesse et précocité qui propose chaque année des dizaines de prospects. On verra désormais qui a eu raison du vendeur ou de l’acheteur.

Mehmas, l’année de tous les records

2020 a été marquée par le record de Mehmas. L’étalon avait bien vendu ses premiers yearlings au prix moyen de 35.673 € et, en plus du nombre de gagnants, il avait produit Supremacy, lauréat des Middle Park (Gr1), et Minzaal, qui a remporté à 2ans les Gimcrack (Gr2). Son tarif (12.500 €) avait baissé en 2020 et les yearlings de sa deuxième génération, conçus à 10.000 €, ont affiché un prix moyen de 52.078 €, en hausse de 45 %. Une hausse qui aurait été bien plus conséquente sans l’effet Covid sur les ventes. Tally-Ho Stud l’a proposé à 25.000 € en cinquième saison avant de le pousser jusqu’à 60.000 € sur la vague d’une réussite constante. Le haras irlandais a travaillé de la même façon avec le champion de 2021, Cotai Glory (Exceed and Excel), qui a fait ses débuts à 6.000 € et a produit le gagnant du Prix Robert Papin (Gr2) Atomic Force. Le prix moyen de ses yearlings est passé de 24.487 € à 36.612 € (+ 49,5 %) et le prix de saillie pour la cinquième saison est monté, pratiquement dans les mêmes proportions, à 8.500 € avant d’atteindre 12.500 €.

Sioux Nation ou Havana Grey ?

En 2022, nous avons eu deux champions : Sioux Nation en Europe et Havana Grey sur les îles Britanniques. Le marché a alors donné des réponses différentes. Les yearlings de Sioux Nation sont passés d’un prix moyen de 42.941 € à 52.965 (+ 25 %), alors qu’ Havana Grey a presque doublé cet indicateur de 33.621 € à 66.775 €. Sioux Nation, dont le tarif avait baissé de 12.500 € à 10.000 €, est remonté à 17.500 € et, après six nouveaux vainqueurs de Groupe, en 2023, a été boosté à 27.500 €. Havana Grey avait effectué ses débuts à 8.000 £ (9.200 €). Quand ses premiers juniors ont commencé à gagner, il est monté à 18.500 £ (21.275 €). En 2024, après le doublé de Gr1 Morny & Middle Park de son poulain Vandeek, il officiera à 55.000 £ (63.250 €).

Blue Point, une réussite attendue

Blue Point est dans une autre ligue. Darley avait placé la barre très haut à 45.000 €, faisant également une sélection des poulinières. Le prix moyen (112.922 €) de ses premiers yearlings (77 vendus) a donné satisfaction aux éleveurs qui lui ont fait confiance. Ceux qui ont eu l’opportunité de vendre ses produits cette année, après la réussite de Rosallion (Qatar Prix Jean-Luc Lagardère) et de Big Evs, ont été pleinement récompensés avec un prix moyen de 169.404 € (+ 50 %). Darley, après avoir baissé le tarif jusqu’à 35.000 €, l’a poussé à 60.000 €, soit un tiers de plus que lors de la première saison. Les éleveurs qui lui ont envoyé 192 poulinières en 2023 peuvent se réjouir, même si l’élevage commercial est toujours une activité compliquée…

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