jeudi 13 juin 2024
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Equinox nous offre un moment hors du temps

Spécial Japan Cup

Tokyo (JP), dimanche

Japan Cup (Gr1)

Equinox nous offre un moment hors du temps

Unique. Incroyable. Des frissons… Cette Japan Cup restera longtemps dans les mémoires. Equinox (Kitasan Black) a survolé une édition exceptionnelle du Gr1, devant plus de 85.000 personnes totalement acquises à sa cause. Il y a eu, dans la ligne d’en face, ce moment incroyable où Equinox est apparu en gros plan sur l’écran géant. La foule s’est mise à rugir ! Et que dire de la ligne droite, lorsqu’Equinox a passé un Panthalassa (Lord Kanaloa) sur ses fins, tandis que personne n’arrivait à le suivre… Les spectateurs sont devenus fous. Ce fut un moment de sport hors de commun, de ferveur mais aussi de grâce, avec beaucoup d’émotion. Le plus beau de ce que les courses et un cheval peuvent nous offrir.

Par Anne-Louise Échevin

ale@jourdegalop.com

Le meilleur du monde

Equinox est considéré comme le meilleur cheval du monde aux ratings internationaux et sa victoire dans la Japan Cup confirme ce statut. Comme on pouvait s’y attendre, Panthalassa a bondi hors des stalles et a mené détaché. Et, comme on pouvait s’y attendre, il a fini par craquer. Pas de surprise non plus en voyant Titleholder (Duramente), adepte de la course en avant, mener la chasse derrière le fuyard. Equinox a sauté dans son sillage et a gambadé tout le parcours. Une fois décalé dans la ligne droite, ce fut une formalité. Le splendide poulain a accéléré et personne ne l’a revu. Liberty Island (Duramente), la gagnante de la Triple tiara qui possède pourtant une grosse accélération, n’a rien pu faire. Sans donner l’impression de faire le moindre effort, Equinox la laisse à quatre longueurs, s’imposant en 2’21’’80. C’est spectaculaire. Il est rare que la Japan Cup se gagne par une marge élevée. Le record, de ce point de vue, appartient à Tap Dance City qui, en 2003, a gagné de neuf longueurs. Equinox, avec quatre longueurs, égale la deuxième plus grande marge d’Epiphaneia (Symboli Kris S), en 2014. Le poulain est relâché pour finir : quatre longueurs qui auraient pu être six, voire plus…

La troisième place, à une longueur, revient à Stars on Earth (Duramente), la petite-fille de Stacelita (K) (Monsun), qui court de première pour sa grande rentrée. Do Deuce (Heart’s Cry) retrouve ses sensations, se classant quatrième à trois quarts de longueur, tandis que Titleholder conserve la cinquième place à deux longueurs. Irésine (Manduro) est loin de démériter, sur cette piste de Tokyo extrêmement rapide. Il finit bien pour prendre une neuvième place plus qu’honorable, lui qui avait causé quelques frayeurs à son entourage dans la semaine.

Un cheval parfait

Christophe Lemaire pleurait lorsqu’il est revenu vers les tribunes avec Equinox. Le jockey, qui remporte sa quatrième Japan Cup, a eu du mal à contenir son émotion lorsqu’il s’est exprimé devant la foule. « J’ai pris un shoot d’adrénaline ! Je tremble, je suis ému, tout est en train de redescendre et je n’arrive plus à parler… », explique-t-il. Et on le comprend. Equinox décroche son cinquième Gr1. Il avait déjà été très impressionnant fin octobre dans le Tenno Sho – Automne (Gr1). Il l’est encore plus dans la Japan Cup. Physiquement, le cheval est une peinture, statuesque. Il est encore plus impressionnant en mouvement tant il est fluide, galopant sans effort, ne touchant pas terre. Christophe Lemaire nous a dit : « Aujourd’hui, il a mis une accélération qui m’a scotché. Dans le Tenno Sho, c’était déjà le cas mais c’était sur 2.000m. Ce qu’il fait sur 2.400m aujourd’hui est incroyable. C’est exceptionnel. Il ne fait aucun effort quand il galope, il est taillé pour la course et sait utiliser son physique, ni trop léger, ni trop lourd. »

Une communion

L’ambiance était exceptionnelle et la ferveur autour d’Equinox s’est pleinement ressentie. Christophe Lemaire a commenté : « J’avais un peu le trac et de pression avant la course mais Equinox me donne tellement de confiance. Je n’avais qu’à tenir les rênes. C’est le numéro 1 mondial, il y avait beaucoup d’attentes. Je me doutais que Panthalassa allait partir devant et Titleholder allait être tout de suite là, j’avais le numéro 2 dans les boîtes et il fallait que je sois tout près. Je crois que tout le monde réalise que nous avons devant les yeux un cheval exceptionnel. J’ai pu me faire plaisir dans la ligne droite, profiter de cette foule. Pour l’avenir, je suppose que tout est possible ! » Equinox est entraîné par Tetsuya Kimura, âgé de 51 ans, qui décroche son sixième Gr1. Cinq ont été décrochés avec Equinox et un avec Geoglyph (Drefong) qui a remporté les 2.000 Guinées japonaises… devant Equinox, lequel partait de la stalle 18 sur 18 ! Il porte les couleurs du “club” Silk Racing. Il y a 500 porteurs de part sur le poulain, pour un peu plus de 500 € la part. Il y a certainement eu un véritable effet Equinox (et Liberty Island) sur les paris : l’équivalent de 159.500.000 € a été joué sur la seule Japan Cup, en hausse de 22,9 % par rapport à 2022.

Irésine fait sa valeur dans les circonstances

Terrain rapide, rythme de course soutenu, 18 partants, une foule impressionnante… Irésine réalise une belle performance dans des circonstances qui étaient contre lui ou inconnues. Il n’est pas un débouleur et s’est retrouvé en seconde partie de peloton le long de la corde, avant de bien finir. Marie Velon était fière de son cheval et nous a dit : « Je suis vraiment ravie ! Il découvrait beaucoup de choses aujourd’hui. Il était vraiment serein, malgré la foule. C’est une course où on part et on ne reprend jamais. Il a eu un petit temps mort dans ces circonstances mais, malgré cela, il a ensuite tracé une magnifique ligne droite. La piste est très belle, il n’y a rien à dire, mais ce n’est clairement pas dans ses aptitudes. Je suis vraiment très contente de sa performance. Et j’ai des étoiles plein les yeux ! J’ai essayé de profiter de tout, de la musique, de la foule… C’était un moment exceptionnel. »

Jean-Pierre Gauvin a ajouté : « Marie était contente du cheval. Le rythme de course n’est pas pour lui, il ne sort pas vite des boîtes même si elle a essayé d’anticiper car le starter ne prévient pas du départ comme en France. Il ne sort pas très bien et elle a pris l’option de la corde pour faire le moins de chemin. Dans le tournant, on lui a mis la pression et il a eu un passage à vide. Il réenclenche bien sur une piste rapide. Il court bien. C’était une victoire d’être au départ et il fait sa valeur. Le niveau est très élevé. Je ne savais pas, avant, comment il allait courir. Ce pouvait être très bien ou très mal étant donné le contexte. Sachant les soucis qu’il a eus, la difficulté pour les étrangers dans la Japan Cup, je suis satisfait de la performance du cheval. Sa cote, avant le départ au Japon, nous plaçait neuvième et les parieurs ne se sont pas trompés ! Une nouvelle saison commencera l’an prochain ! Le gagnant est un extraterrestre. »

Où l’on reparle d’Alec Head et de Roland de Chambure

Equinox est issu de la première génération de Kitasan Black (Black Tide), qui avait tiré sa révérence dans l’édition 2017 de l’Arima Kinen après deux places obtenues en 2016 et 2015. Il avait le profil parfait pour l’Arc mais son propriétaire, âgé, n’a pas souhaité faire le long voyage et était bien content de courir le cheval devant ses fans au Japon. À raison, car Kitasan Black était très aimé des turfistes. Il a gagné sept Grs1 et a fait ses débuts au tarif de cinq millions de yens (35.500 €). Sa première génération était composée de 83 foals, la deuxième de 82. En attente de ses premiers partants, il n’a eu que 55 et 72 produits lors de ses générations suivantes. Alors que son tarif a été baissé à trois millions, les bons résultats ont lui permis de remonter à cinq millions et il a sailli 178 juments en 2022. Shadai Stallion Station le propose en 2023 à dix millions de yens (environ 63.700 €).

La mère d’Equinox, Château Blanche (King Halo), a remporté les Mermaid Stakes (Gr3) et a donné un autre gagnant de Groupe, Weiss Meteor (King Kamehameha), sur quatre produits en âge de courir. La souche est arrivée au Japon en 1988 avec l’achat (410.000 $) de la quatrième mère, Blanche Reine (Nureyev), dénichée par Patrick Barbe à Keeneland Novembre. Sœur des gagnants de Groupe Bellypha (Lyphard) et Bellman (Riverman), elle a été élevée par Alec Head et Roland de Chambure. Avant de partir pour le Japon, Blanche Reine a donné l’étalon Balleroy (Kaldoun), lauréat du Prix de Guiche (Gr3) et deuxième du Prix Jean Prat. Après Equinox, Château Blanche a donné un 3ans par Just a Way (Heart’s Cry), encore inédit, et une pouliche de 2ans par Kizuna (Deep Impact). Au repos en 2022, elle est suitée d’une pouliche par Kitasan Black.

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