vendredi 23 février 2024
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Il y a 35 ans, l’Afac voyait le jour

Il y a 35 ans, l’Afac voyait le jour

En 1988, les éleveurs français se sont rassemblés pour créer l’Afac. Autour de cette association qui regroupe les éleveurs, entraîneurs et propriétaires actifs en France, la filière du pur-sang arabe a connu un développement exponentiel et admiré à l’international. Voici comment une poignée de passionnés du Sud-Ouest sont devenus des leaders mondiaux !

En France, les courses de pur-sang arabes existent depuis le XIXe siècle. Mais au milieu du siècle dernier, elles se sont arrêtées pendant quelques années. Lorsqu’elles ont repris en 1974, le programme français en comptait moins de cinq. Une quinzaine d’années plus tard, à la fin des années 1980, l’Afac voyait le jour sous l’impulsion d’un noyau dur d’éleveurs. Sous l’impulsion de cette association, en l’espace de 35 ans, la filière française du pur-sang arabe est passée de 15 courses et 79.300 € d’allocations à 91 épreuves (x 6) et 3,47 millions d’euros (x 47). Aujourd’hui, la France est un leader mondial, dans une branche en pleine expansion du galop. Et pour cause, outre les nations où cette race a un programme bien établi de longue date – le Qatar, la Turquie, les Émirats arabes unis, les pays du Maghreb… –, on assiste à un développement réel en Arabie saoudite, à Oman et à Bahreïn.

Cela n’a tenu qu’à un fil

La population des pur-sang arabes de course en France a lentement décliné après la Seconde guerre mondiale, par absence de débouchés mais aussi par l’utilisation des juments pur-sang arabes pour produire des anglo-arabes. Cette population s’est tellement réduite qu’il ne restait qu’une poignée d’irréductibles éleveurs dans les années 70, avec des naissances annuelles se comptant sur les doigts de deux mains. À cette époque, faire perdurer ces lignées françaises de course apparaissait comme une excentricité réservée à une poignée d’éleveurs. C’était un non-sens économique aussi et ces chevaux n’avaient absolument aucune valeur. Mais dans ce reliquat de population, caché au fin fond du Sud-Ouest, il restait les juments de base qui sont devenues les matrones du stud-book international. Les choses ont repris presque dans l’anonymat, au milieu des années 70. Jean-Claude di Francesco est en quelque sorte l’historien des courses de pur-sang arabes en France. Il se souvient : « Les courses de pur-sang arabes ont repris en 1974, avec un programme limité à trois ou quatre épreuves. Il n’y avait aucun marché. Le seul acheteur, c’était les Haras nationaux qui faisaient l’acquisition de quelques prospects étalons. Pour les quelques personnes qui s’acharnaient « envers et contre tous » à produire des pur-sang arabes de course, le seul horizon était de « sortir » un cheval assez bon pour être étalon national. » Si la reprise des courses avait eu lieu ne serait-ce que cinq ans plus tard, ces origines françaises exceptionnelles auraient-elles survécu ? Telle est la question. Jean-Marc de Watrigant se souvient : « Pour un éleveur des années 70, l’ambition suprême, c’était de vendre un futur étalon pur-sang arabe aux Haras nationaux. Je suis sûr que certains auraient été capables de le donner pour avoir cet honneur. Faire naître un pur-sang arabe de course, c’était un acte de passion, pas de raison. Mon père ne vivait pas des chevaux, il était juge, mais il aimait les pur-sang arabes. Et il m’a laissé aller dans ce sens, alors que c’était considéré comme une hérésie par beaucoup de monde, en particulier sur le plan économique. Et pour être tout à fait objectif, c’était effectivement une époque difficile. Les courses pour pur-sang arabes étaient si rares qu’il fallait parfois les courir contre les anglo-arabes. Malgré une décharge très importante, un très bon cheval arabe était largement battu par les anglos à 50 % de sang arabe. »

Quand les chevaux français font sensation

En 1985, Kempton accueille l’une des premières réunions internationales pour pur-sang arabes et plusieurs Français tentent leur chance. À cette époque, les premiers clients venus du Golfe n’ont pas connaissance de la qualité des chevaux français et c’est l’Angleterre qui est encore le centre du monde. Venu des Landes, Jean-Marc de Watrigant a fait le grand saut dans l’inconnu avec deux chevaux dont il est entraîneur, éleveur et propriétaire, Benji (Chéri Bibi) et Cherifa (Chéri Bibi). Il se souvient : « Je suis arrivé en Angleterre comme un plouc qui emmène ses oies au marché. Mais Benji a gagné de dix longueurs et Cherifa s’est envolée. » Trois ans plus tard, avec le futur chef de race Dormane (Manganate), Jean-Marc de Watrigant va encore une fois ridiculiser l’opposition en Angleterre : « Ce cheval avait une puissance et une capacité de récupération fantastiques. Lorsqu’Éric Hoyeau l’a monté à Kempton Park, dans ce qui constituait alors le Championnat du monde des pur-sang arabes, Dormane avait écrasé l’épreuve. En descendant de cheval, il m’avait dit qu’il était deux fois meilleur que les autres ! » Ces succès anglais ont largement participé au lancement des pur-sang arabes français sur le marché international. Soudainement, ces chevaux un peu méprisés en France ont pris une valeur internationale.

Quand la Fac devient l’Afac

Jean-Claude di Francesco poursuit : « Progressivement, les pur-sang arabes ont eu un peu plus de courses. Le nombre de partants a modérément progressé, avec l’arrivée de nouveaux propriétaires et éleveurs français, comme Renée-Laure Koch. Les quelques passionnés que nous étions ont ressenti le besoin de se fédérer. La première association a été la Fac (France Arabe Course), présidée par Renée-Laure Koch. On y retrouvait des noms comme ceux de Jean-Marc de Watrigant, Jean-Luc Jardel, Yves Plantin, Jean Biraben… Rapidement, la Fac s’est transformée en Afac (Association française du cheval arabe de course) au mois de janvier 1988, sous la présidence de Jean-Luc Jardel. » En s’investissant dans l’associatif, les éleveurs vont trouver des financements, en payant certains prix de course de leur poche, mais aussi en lançant un long travail de recherche de sponsors pour compléter les faibles allocations allouées par France Galop. La première course parisienne fut organisée à Évry au mois de septembre 1987. Et c’est Jean-Marc de Watrigant qui s’est imposé en tant qu’éleveur, entraîneur et propriétaire de Cherifa. Renée-Laure Koch, grande personnalité de cette filière, se souvient : « Dès le départ, avec France Arabe Course, l’accent fut mis sur la dimension culturelle du pur-sang arabe, un cheval qui trouve son origine dans le Golfe. Et je me souviens d’une remise des prix organisée à l’Institut du monde arabe. Venant de notre province, demander qu’on nous ouvre cette institution, c’était un peu culotté. Mais c’est certainement le propre de la jeunesse… Progressivement, le sponsoring est arrivé. »

Une première transaction qui va tout changer

L’arrivée des acheteurs du Golfe va soudainement donner une valeur marchande importante à ces chevaux qu’on pouvait acheter pour presque rien quelques années auparavant. Le 15 mai 1988 restera une date charnière dans l’histoire du pur-sang arabe de course en France. Renée-Laure Koch se souvient : « Nénuphar Al Maury (Baroud III) a débuté par une victoire de trois longueurs à Dax. J’étais son éleveur, son entraîneur et son propriétaire. À notre grande surprise, nous avons reçu une offre d’Oman. Ce fut notre première transaction vers les pays du Golfe. Une première qui nous a permis de réinvestir car jusque-là, j’avais un peu le sentiment que mes achats de pur-sang arabes de course, faute de marché, ressemblaient à un coup de folie. Avec la vente de Nénuphar Al Maury, c’est devenu plus viable. Nous étions un peu sur un nuage. » Rapidement, les courtiers français et étrangers vont écumer les campagnes du Sud-Ouest pour acheter des pur-sang arabes de tous les âges. Les éleveurs français, avec l’argent des premières ventes, vont commencer à augmenter leurs effectifs, à mieux élever et à pouvoir financer un entraînement de meilleure qualité. Avec les années, quasiment tous les grands propriétaires du Golfe vont commencer à avoir des pur-sang arabes en France pour profiter de notre exceptionnel programme de jeunes chevaux mis en place par l’Afac et France Galop. Ces mêmes propriétaires ont dans un deuxième temps acheté des haras en France et leurs étalons ont petit à petit remplacé ceux des Haras nationaux. Aujourd’hui, tous les bons chevaux arabes de course à travers le monde sont d’origine française – que ce soit en partie ou en totalité – et les seuls véritables éleveurs commerciaux se trouvent dans notre pays. 

Les années 2000, la décennie des grands changements

L’année 2004 marque la création des Breeders’ Cups pour pur-sang arabes avec quatre épreuves de Gr1 PA à Toulouse. Avec inscriptions à la naissance à tarif avantageux pour les adhérents de l’Association. Un an plus tard, en 2005, l’Afac et Arqana ont lancé la vente de pur-sang arabes de Saint-Cloud, lors de la semaine du Prix de l’Arc de Triomphe. Ce n’est pas la première vacation de ce type. Mais cette vacation s’est révélée la plus pérenne. Et elle va bientôt avoir deux décennies d’existence et elle reste sur plusieurs éditions où le marché fut fort. Depuis le départ, une partie des profits de cette vente alimentent les allocations du programme français.

En 2008, le Qatar Racing and Equestrian Club a commencé à sponsoriser le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), avec la Qatar Arabian World Cup (Gr1 PA) au programme. Ce soutien fut marqué par le doublement de l’allocation de l’Arc qui passait alors à 4 millions d’euros. En 2009, le programme français passe à 68 courses et dépasse le 1,5 million d’allocations.

Première partie des années 2010, tout s’accélère

Le programme atteint 75 courses et 1,68 million d’euros d’allocations. Cette année 2010 est marquée par la création du Breeders’ Challenge pour juments de 4ans à Longchamp, le samedi du week-end de l’Arc. Toujours en 2010, Axelle Nègre de Watrigant est nommée au bureau de l’Afac en charge du programme de courses pur-sang arabes et des relations avec l’Institution France Galop. En 2011, l’enveloppe des allocations atteint les deux millions pour 82 épreuves annuelles. En 2012, toujours grâce au sponsoring, 2,58 millions d’euros sont distribués sur 83 courses. Cette année-là, on voit apparaître le Derby des 4ans à Chantilly, le jour du Prix de Diane. L’épreuve est sponsorisée par Al Shahania Stud à hauteur de 150.000 €. La Qatar Arabian World Cup atteint les 700.000 €. L’année 2012, c’est aussi la sortie du premier numéro de The French Purebred Arabian en partenariat avec Jour de Galop, un périodique depuis renommée JDG Arabians. C’est le premier mensuel hippique en anglais et en français à destination des lecteurs de France… et du monde entier !

De plus en plus de sponsors

En 2016, l’enveloppe dépasse les trois millions, on assiste à la création de deux courses à Craon, avec le sponsoring du haras du Grand Courgeon. En 2017, grâce au sponsoring d’Abu Dhabi Sports Council, The President of the UAE Cup – Coupe d’Europe des Chevaux Arabes (Gr1 PA) est dotée de 100.000 €. Shadwell sponsorise une troisième course, le Prix Bengali d’Albret, en plus de la Coupe du Sud-Ouest et du Critérium des Pouliches début juillet à La Teste. Toujours en 2017, en association avec Jour de Galop, l’Afac lance The French Arabian Yearbook et l’Association recrute Mélanie Vanlemberghe (assistante de direction). En 2018, la French Arabian Breeders’ Challenge Classic est promue Gr1 PA et sponsorisée par le Sheikh Mansoor Festival. En 2019, Axelle Nègre de Watrigant, jusque-là vice-présidente, succède à Yves Plantin en tant que présidente de l’Afac. L’association lance les « Jardins de l’Afac » lors de chaque réunion de courses sur l’hippodrome de La Teste et un pique-nique participatif est organisé le jour de la vente de Saint-Cloud. 

Les années 2020, la consolidation 

La décennie commence malheureusement avec la Covid, mais également avec la création de trois nouvelles courses sponsorisées par le Sheikh Mansoor Festival et de deux autres épreuves sur l’hippodrome de Vichy. En 2021, le programme français atteint 89 courses et 3,27 millions d’euros, avec deux dédoublements d’épreuves. Cette même année, avec la disparition du cheikh Hamdan, les courses sponsorisées par Shadwell passent sous la bannière du Sheikh Mansoor Festival. L’association lance son répertoire des étalons, l’Afac Stallion Book . Un grand réceptif est organisé sur la terrasse panoramique de l’hippodrome de La Teste : c’est désormais un rendez-vous incontournable et apprécié de tous (adhérents, sponsors, entraîneurs…) En 2022, La Teste accueille les Liwa International Stakes – Sheikh Mansoor Festival (Gr1 PA), une course pour juments de 4ans et plus précédemment organisée à Newbury sous le nom de Hatta International Stakes (Gr1 PA). Le Critérium des Pouliches – Sheikh Mansoor Festival est promu Gr1 PA et un nouveau sponsor fait son apparition, la Royal Cavalry of Oman. Toujours en 2022, Auctav et Osarus se lancent sur le marché des ventes de pur-sang arabes et un partenariat, sous l’impulsion de sa présidente, voit le jour avec l’Afac. 

Cette année

En 2023, la France organise 91 courses pour 3,47 millions d’allocations. Il y a eu cinq dédoublements à l’heure où nous écrivons ces lignes. De nouveaux sponsors font leur apparition (Al Nujaifi Racing et l’élevage de Bozouls). La newsletter Afac voit le jour à destination des adhérents. La première breeze up au monde pour les pur-sang arabes est organisée par Osarus. Le marché de la vente de Saint-Cloud a été fort pour la deuxième année consécutive. On voit apparaître de nouveaux acheteurs venus du Golfe.

Trente ans plus tard…

Plus de trois décennies après la création de l’Afac, les « FR » dominent totalement les classements internationaux selon les ratings. Désormais, on trouve des courses millionnaires au Qatar, en Arabie saoudite, à Dubaï, à Abu Dhabi… Dans une filière en pleine expansion à l’échelle internationale, la France occupe une place de choix avec les grands pays du monde arabe. Le nombre de pur-sang arabes à l’entraînement n’a jamais été aussi élevé. Avec le recul, Jean-Claude di Francesco analyse : « Le développement de l’Afac et des courses de chevaux arabes dans son ensemble ne m’a pas surpris. Dès le départ, on y croyait énormément et il y avait un intérêt naissant. Nous pouvons être fiers de ce qui a été accompli car ce n’était pas joué d’avance. Les élus de France Galop et certains acteurs du monde des courses ne nous voyaient pas forcément d’un bon œil. Les grands entraîneurs ne s’intéressaient pas du tout à ce cheval arabe. Dans notre univers, il y avait surtout des permis d’entraîner, hormis Jean-Marc de Watrigant qui était un vrai professionnel. Il était le chef de file de la voie à suivre. Quand d’autres entraîneurs sont arrivés, les choses ont évolué. La concurrence est toujours très bonne mais il faut des idées et toujours se renouveler, car le marché peut se déplacer. »

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