dimanche 23 juin 2024
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Bien-être animal et performance peuvent aller de pair

Bien-être animal et performance peuvent aller de pair

Peu d’études sur les athlètes équins de haut niveau ont été menées à ce jour. Alors que les JO donnent une exposition maximale aux sports équestres, la FFE fait figure de précurseur et cofinance une thèse sur ce sujet. Les premières conclusions sont inspirantes pour l’ensemble de la filière.

Depuis 2022, Romane Phélipon, doctorante en éthologie, travaille pour identifier les signes de bien-être chez les chevaux de sport de haut niveau. Sa thèse “Happy Athlete” est encadrée par Léa Lansade, chercheuse en éthologie, qui a répondu à nos questions. Elle est financée par le fonds de dotation de la Fédération française d’équitation EquiAction, en partenariat avec l’Ifce et l’Inrae.

Les premiers résultats montrent qu’un mode de vie au plus proche des besoins physiologiques du cheval est tout à fait compatible avec le haut niveau. Le projet se déroule en trois temps :

  • réaliser l’état des lieux du bien-être des chevaux de haut niveau et identifier les facteurs qui le favorisent ;
  • mettre en lien cet état avec des indicateurs positifs en compétition ;
  • évaluer la capacité du grand public à percevoir les émotions du cheval.

La thèse porte sur un échantillon d’une centaine de chevaux de concours hippique de haut niveau.

Les conditions de vie au quotidien

La première année de travail s’est concentrée sur le logement des animaux. En la matière, trois conditions sont essentielles en matière de bien-être :

  • L’accès au fourrage. Dans l’étude, 43 % des chevaux y ont un accès illimité. Ils développent statistiquement moins de comportements anormaux que ceux qui n’y ont pas accès 24h/24 ;
  • L’accès à des congénères. Il a été constaté une différence significative des comportements anormaux pour les 14 % de chevaux qui avaient des interactions physiques partielles ou totales avec leurs congénères.
  • L’accès à des périodes de liberté, sans cavalier, sans longe et hors marcheur. Plus les chevaux sortent en liberté et moins ils expriment des comportements anormaux. Les chevaux sortant régulièrement en liberté en extérieur présentaient moins de zones d’alopécie (zone sans poil sur le corps, sans lien avec le frottement du harnachement ou des protections) que leurs congénères vivant exclusivement en box.

Les contraintes du haut niveau

Chercheuse en éthologie, Léa Lansade (Ifce) codirige l’équipe Cognition, éthologie et bien-être animal. Au sujet de la thèse de Romane Phélipon, elle analyse : « Moins on restreint ces trois axes, mieux les chevaux vont. Nous avons constaté beaucoup de pratiques exemplaires dans notre échantillon. Notre travail portait aussi sur la spécificité du très haut niveau. Le fait de partir en compétition, avec un déplacement en camion et un logement différent, abaisse-t-il les effets de ces bonnes conditions de vie à la maison ? De fait, ce n’est pas le cas. L’autre interrogation concerne les contraintes liées à la valeur de ces chevaux, notamment lorsque l’on veut les mettre en liberté avec des congénères. Or certains cavaliers vont déjà jusqu’au bout de cette recommandation. Enfin, il faut bien avoir conscience qu’il y a un gradient dans la mise en place de ces trois axes. Les données chiffrées doivent donc être analysées avec prudence. » Léa Lansade poursuit : « Tout le monde a sa vision du bien-être du cheval. Pour certains, il s’agit de poser des bandes de repos… Là où la science nous éclaire, c’est qu’elle met l’accent sur le fait que le bien-être se joue certainement sur des questions plus simples, comme les trois axes que nous venons d’évoquer. » Jean-Luc Vernon (vice-président de la FFE) et Alexia Bret-Morel (chargée de projets bien-être animal à la FFE) concluent : « Nous souhaitons informer le grand public au fur et à mesure que la thèse avance. Et utiliser ces résultats dans des modules de formation que nous dispensons aux professionnels de demain. »

La suite de l’étude

La deuxième étape consiste en l’analyse de vidéos de centaines de chevaux en situation de compétition afin d’essayer de détecter la présence d’athlètes équins heureux dans la pratique du sport. Dès lors, deux questions se posent. Ces chevaux qui vont bien en compétition sont-ils les mêmes qui montrent des signes positifs à la maison ? Ces éléments ont-ils un lien avec la performance ? Léa Lansade analyse : « À mon avis, le lien n’est pas aussi évident qu’il n’y paraît. Il n’y a pas forcément besoin d’être “heureux” pour être performant. Mais on peut “performer” tout en étant heureux. Cela n’a rien d’antinomique. Par contre, en cas de problème de santé et/ou de douleur, un cheval va être moins performant. Mais pour le moral, c’est plus compliqué. On le voit chez les athlètes humains. Il est possible de gagner une médaille olympique dans une période difficile moralement parlant. » Léa Lansade supervise une autre thèse, sur les chevaux de course, qui est menée par Noémie Hennes, en lien avec la F.N.C.H., LeTrot et France Galop.

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