mardi 27 février 2024
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CINQ QUESTIONS POUR LE PLAT EN 2024

CINQ QUESTIONS POUR LE PLAT EN 2024

L’année 2022 a été dure, très dure pour la France du côté du plat. En 2023, notre pays a rebondi, enregistrant de jolis résultats. Nous sommes dans l’attente des ratings internationaux définitifs, lesquels seront publiés fin janvier, mais le meilleur 3ans du monde devrait bien être français et s’appeler Ace Impact (Cracksman). Le meilleur miler du monde est, à ce stade, également français. Il s’agit du 3ans Big Rock (Rock of Gibraltar). L’entraînement tricolore a brillé dans « ses Groupes » mais également à l’international. C’est une fierté et, espérons-le, le début d’un cercle vertueux. Pouvons-nous confirmer en 2024, notamment avec nos 2ans qui n’ont pas réussi à remporter de Gr1 en 2023 ? Oui, nous y croyons !

De nombreuses questions se posent. La Grande-Bretagne entre-t-elle dans une année charnière, avec de nombreux défis politiques et institutionnels ? Aidan O’Brien a-t-il vraiment le nouveau Frankel dans ses boxes et entraîne-t-il le cheval capable de réaliser un exploit dans la Breeders’ Cup Classic ? En France comme en Europe, de nouvelles casaques sont-elles en passe de bouleverser l’ordre établi ? Sommes-nous en train d’assister à des passations de pouvoir parmi les grandes nations hippiques internationales ? Nous vous apportons des éléments de réponse dans les pages suivantes.

Anne-Louise Echevin

ale@jourdegalop.com

1 – L’entraînement français peut-il poursuivre sur sa lancée ?

Après une année 2022 extrêmement difficile, dans une tendance de baisse de compétitivité constatée depuis 2015, l’entraînement français a bien performé en 2023 : nous avons remporté 81 de « nos » 116 Groupes (74 %). C’est bien au-dessus des 67 victoires de Groupe enregistrés à domicile en 2022 (57,7 % du total), véritable année noire. L’entraînement français enregistre un sursaut, assez impressionnant dans les Grs1 au niveau européen : 20 victoires au plus haut niveau pour la France en Europe en 2023, soit plus que 2022 et 2021 cumulés ! On peut rajouter à cette statistique une victoire de prestige sur la scène internationale avec Junko (Intello), gagnant en décembre du Hong Kong Vase (Gr1) lors de la grande journée de Hongkong. Les chevaux français ont remporté seize de « nos » Grs1 en 2023 : c’est autant que 2022 et 2021 cumulés (huit et huit).

Après le rebond vient le temps de la confirmation.

Du côté des 2ans 2023…

Commençons par le point négatif : nous n’avons remporté aucun des Groupes 1 français pour 2ans. Si l’on considère que les Grs1 de 2ans sont une bonne indication en vue des classiques, la conclusion est sans appel : cela va être difficile. Mais nous savons, de façon empirique, que ce n’est pas aussi simple. Il faut aussi noter les bonnes places des 2ans français dans les Gr1 : Ramatuelle (K) (Justify), battue sur le fil par Vandeek qui a confirmé ensuite être un sacré 2ans, Rose Bloom (K) (Lope de Vega), pas si expérimentée que cela dans le Boussac, Beauvatier (K) (Lope de Vega) dans un Lagardère qui a foncé, Alcantor (K) (New Bay) dans un terrain difficile lors du Critérium International…

Pas de victoires de Gr1 mais prenons les classiques 2023. Blue Rose Cen (Churchill), lauréate de la Poule d’Essai et du Diane, avait gagné le Marcel Boussac à 2ans. Cela s’arrête là. Ace Impact (Cracksman), gagnant du Jockey Club (et de l’Arc), n’avait pas vu un hippodrome à 2ans et Marhaba Ya Sanafi (Muhaarar), qui n’a pas volé sa victoire dans la Poule d’Essai des Poulains, avait gagné son maiden à la fin de son année de 2ans. Ajoutons les deux Grs1 « non classiques » mais faisant partie des engagements dits classiques : le Saint-Alary et le Grand Prix de Paris. Jannah Rose (K) (Frankel) avait débuté et gagné à 2ans et Feed the Flame (K) (Kingman), lauréat le 14 juillet à Longchamp, était encore inédit jusqu’au 9 avril au matin. L’école de la patience… et question de marge.

Nous pouvons avoir de l’espoir pour un bon score en 2024 si l’on se base sur nos performances dans l’ensemble des Groupes pour seuls 2ans. L’an passé, l’entraînement français en a remporté douze sur vingt-et-un, soit plus de la moitié. C’est mieux qu’en 2022, où nous avions enregistrés neuf victoires (sur vingt-et-un) dans les Groupes pour 2ans.

Des espoirs pour les 4ans et plus de 2024

Nous devons attendre fin janvier pour connaitre les ratings internationaux définitifs de 2023 et la liste des chevaux à 115 et/ou plus – le 115 symbolisant le niveau Gr1. À ce stade, le site de la Fédération Internationale des Autorités Hippiques propose le classement provisoire des chevaux à 120 et plus. Théoriquement, les données des chevaux français ne devraient pas être grandement chamboulées, même si de possibles ajustements de ratings restent possibles. Le classement ne prend par ailleurs pas en compte la réunion de Hongkong mais, si l’on en croit le site de France Galop, notre Junko est estimé en 117 de rating. Les comparaisons par rapport aux années précédentes restent imparfaites à ce stade, mais des grandes lignes se détachent. La France est de retour dans le top du classement et a particulièrement bien performé en 2023 sur l’ensemble des indicateurs par rapport aux cinq dernières années : nombre de chevaux à 120 ou plus (et proportion) ainsi que le rating moyen.

Les chevaux français à 120 et plus

Année

Nombre français à 120 et +

% du total

Rating moyen

2023 *

5

10%

123,6

2022

3

4,60%

122,6

2021

2

3,90%

121,5

2020

4

7,10%

122,75

2019

2

3,50%

125,5

2018

3

5,10%

122

2017

6

10,10%

121,6

2016

2

4%

124,5

2015

9

15,50%

122

* Classement provisoire

La bonne nouvelle à tirer du classement (provisoire) 2023 des éléments à 120 ou plus français est que sur les cinq, trois restent à l’entraînement en 2024 : Big Rock (Rock of Gibraltar), pris en 127 et considéré comme le meilleur miler du monde – va-t-il être rejoint par Golden Sixty ? –, ainsi que les hongres Irésine (Manduro) et Horizon Doré (Dabirsim), actuellement en 120. Notons que parmi les chevaux européens à 125 ou plus, seul Big Rock sera revu en 2024. À cette liste, ajoutons Junko et aussi Blue Rose Cen. Elle est pour l’instant en 118 mais elle a été l’an passé une des meilleures – la meilleure ? – pouliche de 3ans en Europe. Elle reste à l’entraînement, avec un beau programme européen à disposition et autant d’espoirs.

Tout autant de raisons d’y croire pour 2024 !

2 – La Grande-Bretagne vit-elle une année charnière ?

Si vous lisez régulièrement la presse hippique britannique, il ne vous aura pas échappé que l’ambiance est assez tendue du côté de la Grande-Bretagne, si ce n’est délétère par moments. Le pays historique des courses est-il en train de tousser ?

Une année contrastée sportivement

L’année 2023 n’a pas été de tout repos. La Grande-Bretagne a évolué un ton en-dessus de ses standards habituels l’an passé, au moins au top niveau : 38 victoires de Gr1 (contre 48 en 2022 et 44 en 2021), dont 13 en Europe (20 en 2022 et 18 en 2021). A domicile, le score se maintient cependant : la Grande-Bretagne a remporté 25 de ses 36 Grs1 (28 en 2022 et 26 l’an passé). Moins performants à l’étranger au top niveau, avec un paradoxe : les Britanniques comptent à ce stade 14 chevaux à 120 de rating ou plus. C’est moins qu’en 2022 (19) mais plus que de 2021 à 2015. Tout ne va donc pas si mal !

On peut chercher et trouver quelques explications. La plus évidente est certainement Godolphin et son entraîneur numéro 1, Charlie Appleby. Ils ont passé une saison européenne difficile et cela n’est pas sans répercussion sur le score au top niveau du pays, tant leur force de frappe est grande. Les chevaux d’âge des Boys in Blue restés à l’entraînement n’ont pas performé comme attendu : Modern Games a tout de même gagné les Lockinge, il est vrai, mais Hurricane Lane, Adayar et autres Native Trail ont déçu. Ils sont pardonnés ! Reste que Moulton Paddocks n’a remporté « que » trois Grs1 européens en 2023, contre sept en 2022. L’année en Europe s’est terminée sur une note d’optimisme avec le succès d’Ancient Wisdom (Dubawi) dans les Futurity Trophy Stakes.

On ne peut pas rejeter la faute uniquement sur Godolphin. Si l’on prend les victoires britanniques dans les Groupes français, elles sont en chute : 25 en 2023 contre 34 en 2022. C’est un peu moins que 2021 (26), où l’on peut avancer l’excuse de la mise en place du Brexit, et un peu plus qu’en 2020 (23), mais c’était l’année du Covid avec de grosses restrictions de déplacement. En 2019 et 2018, les Britanniques avaient remporté 34 et 38 de nos Groupes. Peut-être faut-il chercher des raisons plus matérielles, dans un pays où l’inflation avait explosé fin 2022 et début 2023, ceci allié aux coûts de déplacement vers l’Union européenne qui ont fortement augmenté suite au Brexit. Combinez les deux…

Une crise politique ?

Un point de désaccord, si ce n’est de réelle tension, entre l’institution des courses britanniques et le gouvernement est celui des « affordability checks », soit un nouveau système destiné à lutter contre l’addiction au jeu et avec lequel les parieurs doivent être en mesure de fournir des documents pour justifier de revenus suffisants pour parier, au risque de voir leur compte purement et simplement gelé. Cela pose des questions d’atteinte à la vie privée – avez-vous envie de divulguer vos comptes en banque à votre bookie ? – et les professionnels des courses comme les parieurs s’en émeuvent.

Le système qui part certainement d’une bonne intention peut avoir des effets pervers non-négligeables, humain comme économique : détourner des parieurs vers le marché noir et les jeter dans les bras de bookmakers illégaux, qui n’auront guère de scrupules à vérifier qui est solvable ou se met potentiellement en danger et qui, évidemment, ne reversent absolument rien à la filière. D’autres pourraient tout simplement décider de changer de hobby. L’institution hippique britannique a raison de s’inquiéter. Dans un pays où les allocations sont faibles, en dehors de quelques grandes courses et grands meetings, chaque source de financement est essentielle – d’où des débats aussi sur le reversement des droits télévisuels actuellement. L’industrie des courses britanniques a estimé que les « affordability checks » pourraient entraîner une perte de 250 millions de livres en cinq ans. Une pétition contre le système a été lancée et a atteint les 100.000 signatures fin novembre 2023, synonyme d’un renvoi devant le Parlement pour examen.

Une autre inquiétude récemment soulevée est celle autour de l’immigration. Comme beaucoup de pays d’Europe, les écuries et haras britanniques manquent cruellement de main d’œuvre. Le gouvernement britannique souhaite durcir encore les conditions d’entrée sur le territoire. La British Horseracing Authority (BHA) est bien au courant du sujet et devra réussir à plaider, au besoin, sa cause de façon favorable devant le gouvernement sur les métiers en tension.

Une crise institutionnelle ?

Le lien est-il rompu entre la BHA et un certain nombre de professionnels des courses britanniques ? Le choix de la BHA de mettre en place une disqualification des chevaux pour usage abusif de la cravache a créé une vague de tension énorme entre le régulateur et nombre d’acteurs des courses. En France, il y a eu quelques débats sur le sujet mais, en comparaison, la réforme est passée comme une lettre à la poste. Depuis, chaque position et annonce de la BHA semblent passer sous le feu virulent des critiques. A raison ou à tort.

Un autre point de cristallisation est une réforme du programme mise en place par la BHA en 2024, avec les « Premier racedays ». L’idée, en simplifiant, est de renforcer et aménager les week-ends pour qu’ils soient plus attractifs pour les parieurs et en attirer de potentiels nouveaux, avec des courses mieux dotées et plus compétitives. Un des points de tension est la mise en place d’une fenêtre plus « protégée » pour les courses dans l’après-midi, avec moins de meetings se chevauchant et plus de temps entre chaque compétition pour mieux les mettre en valeur et permettre de la pédagogie. Certains hippodromes n’ont évidemment pas apprécié de se voir retirer des courses de cette fenêtre temporelle porteuse côté paris et public. Une autre interrogation est un renforcement des courses le dimanche en Grande-Bretagne, avec les questions d’organisation qui se posent pour les écuries notamment en raison de la crise du personnel. Les « Premier racedays » ont été accueillis plutôt tièdement par les professionnels. La BHA estime que ce remodelage – si ce n’est révolution – du programme pourrait rapporter 90 millions de livres de plus aux finances des courses britanniques. Le temps le dira mais le premier bilan 2024 sera scruté avec attention.

3 – Aidan O’Brien imbattable en 2024 ?

Aidan O’Brien a remporté vingt Grs1 en 2023. Pas mal mais loin de son score de 2017 : 28 Grs1 en une année, record de Bobby Frankel battu. L’homme de Ballydoyle aura en tout cas des cartes très importantes en 2024.

Côté 2ans

Le programme européen propose treize Grs1 pour seuls 2ans. Aidan O’Brien en a remporté cinq (38 %), auxquels on peut ajouter le succès d’Unquestionable (Wootton Bassett) dans la Breeders’ Cup Juvenile Turf (Gr1). En 2023, dans les Groupes 1 de 2ans, l’entraîneur a surtout « péché » sur le créneau de la vitesse. Sur ceux de 1.400m et plus, traditionnellement révélateur de prospects classiques surtout dans la méthode Ballydoyle, Aidan O’Brien a nettement dominé (5 victoires dans les neuf courses concernées) : Boussac (Opera Singer), Critérium de Saint-Cloud (Los Angeles), Fillies’ Mile (Ylang Ylang), National Stakes (Henry Longfellow) et bien entendu Dewhurst Stakes avec l’invaincu City of Troy (Justify).

Pour le moment crédité d’un rating 125 canon, City of Troy est à une livre du rating de Frankel au même âge et les comparaisons vont bon train. Il est un peu présomptueux d’affirmer que le poulain est le nouveau Frankel même si, du côté de Coolmore, la phrase a été évoquée. Aidan O’Brien a dans ses boxes le meilleur mâle de 2ans de 2023 en City of Troy, mais aussi la meilleure femelle de 2ans de 2023 avec Opera Singer (Justify), créditée d’un 118 après sa démonstration dans le Boussac. Les deux s’annoncent comme les capitaines pour les classiques 2024. Et il y a des lieutenants prometteurs derrière…

Et si l’énigme Auguste Rodin réussissait le « casse du siècle » ?

Aidan O’Brien aurait potentiellement le nouveau Frankel dans ses boxes. Si l’on en croit l’entraîneur et les lads, il aurait d’ores et déjà un potentiel cheval pour tenter un exploit : gagner la Breeders’ Cup Classic (Gr1). Ce cheval est Auguste Rodin (Deep Impact), qui reste à l’entraînement en 2024 après avoir soufflé le chaud et le froid l’an passé. Son entourage a été étonné par sa gestion du dirt le matin, à Santa Anita. Après tout, c’est un descendant de Sunday Silence. Reste que voler sur le dirt le matin est différent de gérer une course à l’américaine (qui barde) face aux spécialistes de la surface. Le défi serait beau. Certains bookmakers proposent d’ores et déjà le poulain entre 10 et 16/1 pour la Classic. À vous d’y réfléchir !

Outre Auguste Rodin, Aidan O’Brien pourrait avoir d’autres cartouches du côté des 4ans et plus. On pense à Continuous (Heart’s Cry), lequel a très bien couru dans l’Arc quinze jours après sa victoire dans le St Leger (Gr1), ou à Luxembourg (Camelot), qui est loin d’avoir démérité à Hongkong et peut trouver son jour au top niveau l’an prochain s’il reste bien et si les planètes s’alignent.

4 – De nouvelles casaques peuvent-elles troubler l’ordre établi ?

En France, l’écurie Wertheimer & Frère a été sacrée au classement des propriétaires en 2023. Rien d’inhabituel jusque-là. Le reste du podium a été beaucoup plus étonnant : Gousserie Racing pointe en deuxième position – battu d’un nez pour la victoire – et la Yeguada Centurion est troisième. Sommes-nous en train d’assister à un changement potentiel du côté des propriétaires en France ? La casaque de la famille Chehboub n’est pas nouvelle en elle-même. Evidemment, l’Arc d’Ace Impact apporte beaucoup dans la place au classement des propriétaires, même en touchant 50 % de l’allocation au gagnant – au prix d’un investissement assurément conséquent. Il faut rajouter les performances d’Horizon Doré, de Showay (Galiway), de Skazino (Kendargent) et de nombre de plus « petits » chevaux. Gousserie Racing a de jeunes 3ans prometteurs dans ses boxes, avec Classic Flower (Calyx) et Tomakay (K) (Toronado) notamment. Pour la famille Chehboub, désormais derrière le haras de Beaumont et ses quatre étalons dont Ace Impact et Sealiway, l’élevage est le prochain grand défi à relever. Et cela est du long terme.

La casaque de la Yeguada Centurion, structure de Leopoldo Fernandez Pujals, est arrivée pour la première fois sur un hippodrome en 2019, l’élevage étant d’emblée lié au projet. Sibila Spain (K) (Frankel) avait véritablement propulsé la casaque sur le devant de la scène et la consécration est arrivée en 2023 avec Blue Rose Cen et Big Rock, lesquels restent à l’entraînement en 2024. La réussite de l’écurie a été exceptionnelle, aussi bien avec ses représentants que ses élèves (en plat et en obstacle, de Jigmé à Hard to Justify ou Ramatuelle). Au 6 janvier, la Yeguada Centurion a 29 chevaux déclarés chez Christopher Head, dont quatorze 2ans, et nous devrions encore entendre parler de la structure en 2024.

Wathnan Racing, après une année de lancement

Côté européen, 2023 a vu arriver sur les hippodromes la casaque de Wathnan Racing, acheteur mystère arrivé en 2022 du côté des ventes. Derrière Wathnan se trouve le Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, émir du Qatar. Conseillé par Richard Brown, Wathnan Racing a fait des investissements conséquents, notamment sur les chevaux clés en main et a déjà gagné deux courses à Royal Ascot dont la Gold Cup (Gr1) avec Courage Mon Ami (Frankel). La casaque est passée à une courte-encolure de la gloire classique avec Isaac Shelby (Night of Thunder) dans la Poule d’Essai des Poulains. Avant la saison européenne, Wathnan va certainement faire parler du côté du Qatar, avec des éléments de première classe chez les pur-sang anglais – Simca Mille, acheté en vue de l’Amir Trophy – comme les pur-sang arabes. Avoir un investisseur comme Wathnan Racing est une chance pour l’Europe des courses, si cela se concrétise sur le long terme… Et ce serait une chance pour la France que de les voir se fixer dans notre pays ! Il est difficile de retracer les achats de Wathnan Racing aux ventes : certains sont revendiqués Wathnan, notamment chez les chevaux à l’entraînement, d’autres non. On a vu un Richard Brown actif pour un client mystère sur le haut du marché du côté des yearlings, après avoir été vu en compagnie des hommes de Wathnan. Faites jouer l’esprit de déduction.

Dans les jeunes casaques, citons aussi Amo Racing – non pas sans débat ici et là. Les couleurs de Kia Joorabchian, agent de football, ont remporté leur premier Gr1 en 2023 (Bucanero Fuerte, Phoenix Stakes), puis un second avec King of Steel (Wootton Bassett) dans les Champion Stakes (Gr1). Désormais aussi active sur la scène américaine, a par ailleurs désigné David Egan comme son premier jockey en décembre dernier – pour combien de temps, telle est la question. En 2023, Amo Racing a fini troisième au classement des propriétaires en Grande-Bretagne, derrière Shadwell et Godolphin, mais devant Juddmonte et les associés de Coolmore. Ce n’est pas rien et les équipes d’Amo ont encore une fois été actives aux ventes en 2023.

5 – L’échiquier international hippique est-il en pleine mutation ?

A ce stade, les ratings internationaux 2023 sont toujours provisoires mais, si vous les consultez avec attention, vous aurez peut-être été surpris de quelques éléments qui ne devraient guère changer. Le meilleur cheval du monde en 2023 devrait être japonais : Equinox est en tête en 129 et il reste à savoir si les handicapeurs internationaux vont confirmer le 133 attribué par celui de la Japan Racing Association pour sa performance dans la Japan Cup (Gr1). Un japonais au top du classement, c’était impensable il y a vingt ans mais, en 2024, ce n’est pas une surprise. C’est déjà arrivé avec Just A Way en 2014. En revanche, Equinox serait une nouveauté dans le sens où il serait le premier à être sacré meilleur cheval du monde sur une performance dans une course japonaise. Cela est symbolique.

Le Japon possède aussi, à ce stade, la meilleure pouliche de 3ans du monde (Liberty Island) et, chose beaucoup plus surprenante, le co-meilleur 3ans du monde sur le dirt : Derma Sotogake, deuxième de la Breeders’ Cup Classic (Gr1) – pas un mince exploit ! – est à égalité avec Arcangelo, gagnant des Belmont et Travers Stakes (Grs1). Et le Japon possède aussi le (co)deuxième meilleur cheval d’âge du monde sur le dirt avec Ushba Tesoro, gagnant de la Dubai World Cup. Il est en 122, à égalité avec Cody’s Wish et un point derrière White Abarrio, le lauréat de la Classic. Encore une fois, le classement est provisoire et des ajustements sont possibles. De grands bouleversements semblent improbables du côté américain puisque le classement prend en compte les performances de la Breeder’s Cup.

Les Etats-Unis toussent violemment

Cette performance du Japon sur le dirt est aussi lié au déclin des Etats-Unis et 2023 devrait rester comme une année noire pour le grand pays. A ce stade, on trouve six chevaux américains dans le classement à 120 et plus, pour un rating moyen de 121,5. C’est le score le plus catastrophique du pays depuis au moins 2015 ! Sur cette période, il y a toujours eu un minima de onze chevaux entraînés aux Etats-Unis dans le classement, avec un rating moyen toujours supérieur à 122 (sauf en 2019, à 121,8) et allant jusqu’à 124. Ne trouver aucun cheval américain avec un rating de 125 ou plus, c’est une première sur cette période.

Une mauvaise année, cela arrive. Mais la tendance à la baisse est continue et cela est inquiétant. Il faudra attendre les classements définitifs des chevaux à 115 et plus de 2023, qui symbolise le niveau Gr1. Mais si l’on reprend les listes de 2008 à 2022, l’effondrement des Etats-Unis est visible. En 2008, les chevaux américains représentaient 29 % des chevaux à 115 et plus, soit presque un tier du classement. En 2022, ils ne représentaient plus que 22 %. Les Etats-Unis sont passés sous la barre des 25 % de présence dans le top du classement en 2013 et ne l’ont jamais réatteinte depuis.

La crise est réelle et multifactorielle : crise de confiance (médication et scandales de dopage), baisse continue des naissances, entre un quart et un tiers des catalogues de sélection chez les poulinières qui partent à l’étranger (notamment au Japon), phénomène peut-être amplifier par de puissants syndicats et partenariats de propriétaires gérant les carrières « façon business ». Acheter des éléments prometteurs, si ce n’est confirmés, les valoriser et vibrer dans les grandes courses et, en fin de carrière, vendre car l’élevage n’est pas dans le plan… Il semblerait que, derrière, les poches des grands éleveurs américains aient une limite.

Rebondir et se projeter

Les Etats-Unis vont devoir rebondir. Des changements sont en cours, notamment avec l’implantation de l’HISA (Horseracing Integrity and Safety Act), qui vise à harmoniser les règles autour des courses dans le pays. Cela ne se fait pas sans douleur et débat : trop brusque, disent certains. En 2024, les Américains ne peuvent qu’espérer une grande génération de 3ans pour les aider à redresser la barre mais ce n’est pas un combat d’une seule année. En attendant, l’Europe tient bien le coup, le Japon a vécu une grande année… Sur le long terme, les grands changements pourraient venir de Hongkong et de son développement avec la Chine avec, comme l’expliquait Winfried Engelbrecht-Bresges, une volonté de développer l’élevage. Possiblement la plus grande révolution hippique à venir dans les prochaines années.

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